Verdict au procès Shafia: la mère et le fils en appel?

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Tooba Yahya et son fils, Hamed Shafia ont été reconnus coupables des meurtres prémédités de trois des filles du couple.(CP / Frank Gunn)
Tooba Yahya et son fils, Hamed Shafia ont été reconnus coupables des meurtres prémédités de trois des filles du couple.(CP / Frank Gunn)

L'avocat d'Hamed Shafia a annoncé qu'il fera appel du verdict de culpabilité de meurtres prémédités prononcé contre son client.

Me Patrick McCann a déposé un avis d'appel devant la Cour d'appel de l'Ontario lundi matin. Il estime que le juge n'aurait pas dû accepter le témoignage de la spécialiste en crimes d'honneur. Elle n'était pas suffisamment qualifiée, selon lui.

Me McCann croit aussi que le juge Maranger n'aurait pas dû accepter les témoignages des copains des victimes, de leurs enseignantes et de leur directrice d'école.

Il dit aussi s'attendre à ce que les avocats de Mohammad Shafia et de Tooba Yahya déposent également un avis d'appel.

Mohammad Shafia, son épouse, Tooba Yahya, et leur fils Hamed ont été reconnus coupables des meurtres prémédités de trois des filles du couple, Zainab, Sahar et Geeti et de la première épouse de M. Shafia, Rona Amir Mohammad, au palais de justice de Kingston, dimanche. Ils ont été automatiquement condamnés à la prison à vie, sans possibilité de libération avant 25 ans. Ils faisaient face à 12 chefs d'accusation.

Refus d'entendre la cause?

La Cour d'appel pourrait refuser d'entendre la cause. Le juge Maranger a été très méticuleux au cours du procès pour qu'il n'y ait pas de motifs d'appel basé sur les procédures.

De plus, selon la professeure Marie-Pierre Robert, qui étudie les crimes d'honneur, « il ne faut pas s'inquiéter outre mesure de la question de l'appel ». La jurisprudence montre que les appels dans les précédentes affaires de crimes d'honneur n'ont fait que confirmer les verdicts de culpabilité des jurys, explique-t-elle.

Réactions de la communauté musulmane

Hassibulah Fazel, le cousin de Tooba Yahya, qui est aussi administrateur de la Maison afghane-canadienne de Montréal, accepte le verdict et insiste sur le fait que plusieurs personnes de la communauté afghane sont troublées par les crimes commis par les Shafia. « On ne veut pas que ce cas-là ternisse l'image de la communauté, parce que ça ne fait pas partie de nous. »

Plusieurs leaders de la communauté islamique ont pris la parole, lundi, notamment pour dénoncer la violence contre les femmes.

Pour la présidente de Centre culturel Noor de Toronto, Samira Kanji, il ne faut pas mettre trop d'accent sur le motif présumé de crime d'honneur. Il convient mieux, selon elle, de parler de violence domestique. « Honneur ou pas, ce sont des meurtres et ils seront traités comme des meurtres ».

Mme Kanji se dit par ailleurs offensée par les commentaires du juge Maranger, qui a estimé que le jugement confirmait les valeurs canadiennes. « Je ne crois pas que le respect de la vie est une valeur essentiellement canadienne ou essentiellement occidentale. Je crois que c'est une valeur universelle », dit-elle.

« C'est juste tellement tragique, de tellement de façons », s'est pour sa part désolé l'imam de la communauté de Kingston, Sikander Hashmi, qui a eu une pensée pour les plus jeunes enfants de la famille Shafia.

Quant à l'activiste des droits des femmes musulmanes Djemila Benhabib, auteure du livre Ma vie à contre-Coran, le jugement de dimanche représente « l'échec de tous ceux quoi se cachent derrière leur religion, derrière leur culture, derrière leur tradition pour aliéner les femmes. »

« On assiste à une énorme victoire, celle des femmes de culture et de foi musulmane qui ont choisi soit de rompre, soit de prendre leur distance avec un système qu'elles jugent archaïque, voire aliénant. La justice canadienne vient de les accompagner dans leur cheminement pour la liberté. » — Djemila Benhabib, auteure de Ma vie à contre-Coran
Interrogée sur l'hypothèse de certains commentateurs qui estiment que Tooba Yahya aurait pu souffrir elle-même d'aliénation par rapport à son époux, Mme Benhabib estime que la mère des victimes « a sûrement joué un rôle actif » dans leurs meurtres. « Ce n'est pas la première fois qu'on assiste à ce genre d'actions. Les femmes sont, en général, également gardiennes des traditions. Je vous rappellerai qu'en Afrique, ce sont elles qui excisent. Je vous rappellerais que ce sont également des femmes qui organisent les cohortes anti-avortement », nuance Mme Benhabib.

L'affaire Shafia

Mohammad Shafia, sa seconde épouse Tooba Yahya et leur fils Hamed Mohammad Shafia étaient accusés des meurtres prémédités de trois des filles du couple : Zainab, Sahar et Geeti (âgées de 19, 17 et 13 ans) et de la première épouse de M. Shafia, Rona Amir Mohammad, âgée de 52 ans.

Les quatre femmes ont été retrouvées mortes noyées dans les eaux du canal Rideau, aux écluses de Kingston, dans une Nissan Sentra que la famille avait achetée quelques jours avant le drame, survenu dans la nuit du 29 au 30 juin 2009.

Les trois accusés avaient plaidé non coupables aux accusations portées contre eux.

Selon la Couronne, l'élément qui a déclenché le complot de meurtre fut la fugue de Zainab, en avril 2009. L'aînée des filles Shafia s'était à l'époque enfuie dans un refuge pour femme. Selon la Couronne, il s'agissait de l'ultime acte de trahison aux yeux des Shafia, puisque Zainab avait alors rendu publics les problèmes de la famille, et qu'elle désirait en s'enfuyant pouvoir épouser un homme que son père désapprouvait. Zainab avait ensuite été convaincue par sa mère, Tooba Yahya, de rentrer à la maison, avec la promesse que son mariage avec son petit ami pourrait aller de l'avant. Le mariage avait finalement été annulé le lendemain.

Après cet épisode, Mohammed Shafia avait téléphoné à un membre de la famille de Tooba Yahya pour lui dire qu'il voulait amener Zainab en Suisse, qu'ils iraient faire un pique-nique au bord de l'eau, et qu'il la noierait sur place. Un autre membre de la famille Shafia a également témoigné devant la cour pour dire que Mohammed Shafia lui avait confié que s'il avait été présent au mariage de sa fille, il l'aurait tué.

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