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17/03/2014 11:55 EDT | Actualisé 17/05/2014 05:12 EDT

Ma réaction aux propos de Steven Guilbeault à TLMEP

Ce billet a aussi été publié sur la page Facebook d'Yves-François Blanchet.

En tournée de promotion de son récent livre, Steven Guilbeault a tenu à Tout le monde en parle des propos auxquels on aurait voulu répondre sur place. Il y a exprimé des préoccupations sur l'inversion du flux de la ligne 9b de l'oléoduc d'Enbridge, dont certaines que le gouvernement du Québec partage et fera valoir. En revanche, il n'a pas mentionné les milliers d'emplois et l'expertise qui sont immédiatement en jeu, et négligé un fait indéniable: l'inversion du flux d'une structure existante est de juridiction canadienne, et seule la souveraineté permettrait au Québec d'imposer de bon droit toutes ses exigences.

Le gouvernement présente un bilan environnemental convaincant pour 18 mois aux affaires. Les lobbies environnementaux ont toutefois de grandes attentes après neuf ans de régime libéral. Je mentionne donc quelques éléments de notre bilan: déclassement de la centrale nucléaire Gentilly 2 et création d'un fonds de diversification économique régional de 200 M$, sortie du Québec de l'amiante aussi avec un fonds de diversification de 50 M$, mise en œuvre d'un marché du carbone lié à la Californie et salué mondialement comme un outil exemplaire de lutte aux changements climatiques, dépôt de la loi instaurant un moratoire sur l'exploration et l'exploitation du gaz de schiste dans les Basses-terres du Saint-Laurent et mandat au BAPE, moratoire et BAPE sur les activités gazières menaçant les fragiles ressources en eau des Îles-de-la-Madeleine et sur la filière uranium, et assujettissement au BAPE de tout projet minier de plus de 2000 tonnes par jour et de tout projet de terres rares, sans compter les interventions d'urgence afin de préserver la santé et la sécurité des citoyens.

Sur les enjeux pétroliers, je reconnais la légitimité des objections idéologiques de monsieur Guilbeault. J'y emmène des précisions pratiques et économiques parce que le ministère de l'Environnement n'agit pas isolément du gouvernement et n'est le prolongement d'aucun lobby malgré des relations, un financement et des consultations que nous voulons soutenus.

Il y a environ 4 000 000 de voitures propulsées au pétrole au Québec. Il n'y a qu'environ 2500 voitures électriques en y incluant les hybrides rechargeables. C'est gravement insuffisant, surtout pour une société disposant de surplus d'électricité capables d'alimenter immédiatement plus d'un million de ces véhicules. C'est ce qui motive le plan d'électrification des transports soutenu à hauteur de près d'un demi-milliard de dollars par le Fonds vert qu'administre le ministère de l'Environnement, ainsi que des investissements de centaines de millions de dollars en transport collectif, en efficacité énergétique et en éducation. Pas moins de 2,1 milliards de dollars investis pour réduire la dépendance du Québec aux énergies fossiles : électrification des transports : 516 M$; efficacité énergétique : 665 M$; transport durable : 1G$.

Monsieur Guilbeault en convient : il faudra des décennies avant que le Québec ne soit libéré du pétrole, même en faisant beaucoup mieux que les autres sociétés industrialisées. Dans l'intervalle, les Québécois achètent chaque année pour environ 14 milliards de dollars de pétrole sur les marchés mondiaux, notamment en Algérie, en Angola, au Kazakhstan, au Mexique, en Mer du Nord et au Canada. Il va sans dire que le Québec n'a ni contrôle ni influence sur les techniques et les conditions environnementales d'extraction et de transport de ce pétrole et son empreinte écologique.

Or le gouvernement du Québec investit une fraction (115 M$ - le montant de 250 M$ mentionné à l'émission est plutôt le budget total de Ressources Québec, une filiale d'Investissements Québec) de ce qu'il engage pour se libérer progressivement du pétrole afin d'explorer au nom des Québécois le sous-sol de l'île d'Anticosti, et réserve ainsi aux Québécois 60% des bénéfices générés par une éventuelle exploitation des ressources qui s'y trouvent. Les estimations que nous voulons valider font état de bénéfices possibles de 45 milliards de dollars en trente ans. Monsieur Guilbeault en rit mais les entrepreneurs privés qui y ont engagé des dizaines de millions de dollars le croient et veulent savoir. Par son intervention, le gouvernement prend le contrôle des techniques et des conditions environnementales de l'exploration et de l'éventuelle exploitation des ressources qui s'y trouvent. Il réduit ainsi notre empreinte écologique dans l'usage d'une ressource encore nécessaire, et finance notre sortie progressive de ce modèle économique dépendant du pétrole. Je me méfie de l'argument à l'effet que le pétrole sera encore là dans des dizaines d'années pour être exploité lorsqu'il vient de gens qui disent vouloir qu'il ne le soit jamais. Il faut se faire une idée... Par contre, l'appui de la CAQ à notre démarche est sans équivoque.

Nul ne garantit ce dont recèle le sous-sol de l'île d'Anticosti, un territoire de 8000 km2, environ dix-sept fois la superficie de l'île de Montréal et dont les élus des 250 citoyens se sont tous prononcés en faveur de l'exploration. Pour le savoir, la surface affectée par la phase d'exploration prévue est de moins de la moitié d'un km2. À des kilomètres de toute source d'eau potable, loin de tout secteur habité et avec un encadrement étroit du ministère de l'Environnement, le gouvernement définit des conditions d'un niveau de sécurité sans précédent pour le forage de huit puits d'exploration. Il confie ensuite un mandat de consultations publiques solidement documenté au BAPE. C'est pourquoi je considère que l'opposition à la démarche du gouvernement du Québec est légitime, oui, mais idéologique, et discutable en termes écologiques, économiques et pratiques. D'ailleurs, la comparaison avec la Vallée du Saint-Laurent, son agriculture dense, ses centaines de milliers de résidents, l'approche déplorable de l'industrie et la complaisance libérale ne vaut simplement pas. Nous imposons donc un moratoire sur l'exploration et l'exploitation du gaz de schiste dans les Basses-terres du Saint-Laurent comme le souhaite la population.

Nous devons déterminer quelles sont les ressources à notre disposition pour, justement, agir de façon responsable et exemplaire dans l'approvisionnement du Québec en pétrole. Nous rapprochons ainsi par nos efforts ce jour où nos transports, nos résidences et nos industries n'auront plus besoin de ces hydrocarbures dont la combustion a déjà trop, d'une façon ou d'une autre, perturbé le climat de notre planète.

Enfin, la bande-annonce de l'émission contenait un extrait de l'entrevue de monsieur Guilbeault qui n'a apparemment pas été retenu lors du montage de l'émission. Il y dit que peu de ministres de l'Environnement sont restés en poste plus d'un an. J'occuperai les fonctions que me confiera ma première ministre, mais je suis le quinzième ministre de l'Environnement du Québec, un poste créé par René Lévesque, et seulement deux ont occupé la fonction moins d'un an en 35 ans. J'ai eu ce privilège plus d'un an moi-même.

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