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24/02/2015 10:42 EST | Actualisé 26/04/2015 05:12 EDT

Élections à la Banque africaine de développement: un moment clé pour le continent

Le sujet n'a pas fait la manchette, mais il s'avère néanmoins un enjeu de grande importance pour le devenir de tout un continent : la Banque africaine de développement vient d'annoncer les candidats officiels pour les élections à la présidence de l'institution.

L'auteur a été employé de la Banque africaine de développement entre 2007 et 2011 et il a été secrétaire-général du Conseil du personnel

Le sujet n'a pas fait la manchette, mais il s'avère néanmoins un enjeu de grande importance pour le devenir de tout un continent : la Banque africaine de développement a annoncé, il y a quelques jours, les candidats officiels pour les élections à la présidence de l'institution. Celles-ci se dérouleront lors des prochaines assemblées annuelles de l'organisation, en mai 2015, à Abidjan (Côte d'Ivoire). Événement où seront aussi soulignées les 50 ans de l'institution panafricaine.

Rappelons que le mandat de la BAD est la réduction de la pauvreté en Afrique, mandat qu'elle réalise à travers des prêts à taux favorables, des dons et des projets (plus de 300 en 2013). Mise en place en 1963, la BAD compte 80 pays membres, dont les 54 États du continent africain. Le Canada en est membre depuis 1982.

Contrairement à la Banque mondiale (basée à Washington), dont le président est désigné par les Américains, la BAD a un président élu par un Conseil des gouverneurs, constitué des ministres des Finances des États membres de l'organisation.

Élections à la présidence de la BAD : des candidats de qualité

Huit candidats ont soumis dans les délais voulus des dossiers en règle et leur candidature est maintenant connue et officielle. Huit candidats de qualité, avec des feuilles de route les qualifiant selon toute apparence à ce poste hautement stratégique pour l'Afrique.

Notons une candidature féminine, la ministre des Finances et de la Planification du Cap Vert, Cristina Duarte, une personne à l'aise dans les trois langues utilisées à la BAD, soit le français, l'anglais et le portugais, et qui est aussi, à 52 ans, la plus jeune des candidats.

On remarque aussi la candidature de deux ex vice-présidents de l'institution, Kordjé Bedoumra (Tchad) et Thomas Sakala (Zimbabwe).

Il ne sera certes pas facile de remplacer le Rwandais Donald Kaberuka, qui aura dirigé l'institution pour un mandat maximal de 10 ans (2005-2015). M. Kaberuka aura notamment contribué à faire de la BAD une institution qui compte dans le dialogue autour du développement du continent africain. Cela peut sembler une évidence, mais, avant sa présidence, la BAD, même si elle est la principale institution de financement en Afrique, était régulièrement négligée dans des forums traitant du devenir du continent africain.

M. Kaberuka, en œuvrant à accroitre significativement le nombre d'employés et, surtout, les ressources financières de l'organisation, aura fait sa marque: les projets d'infrastructure, autrefois ignorés, notamment en énergie, et le développement du secteur privé, ont trouvé l'importance qu'ils doivent avoir pour le développement du continent. Le président laisse aussi une Stratégie à long terme 2013-2022, donc une feuille de route pour la suite des choses, à la fois pour l'organisation et pour le continent.

Et il s'enorgueillira d'avoir ramené l'an dernier à Abidjan le siège social de la BAD, installé temporairement à Tunis lorsqu'il a pris sa présidence, en raison des conflits violents qui ont éclaté en Côte d'Ivoire au début des années 2000.

L'Afrique: viser un développement durable et inclusif

Mais il reste encore beaucoup à faire en Afrique : même si le développement économique du continent a été soutenu ces dix dernières années, avec des percées spectaculaires, notamment en matière de télécommunications, l'Afrique reste encore bonne dernière de tous les continents en matière de niveau de vie.

Il n'est pas besoin de s'appuyer sur quantité de chiffres pour se convaincre que les déficits, dans absolument tous les secteurs, sont encore bien graves : en santé, en éducation, en infrastructures, déficientes ou carrément absentes, un commerce régional trop peu développé, de grandes améliorations encore à venir en matière d'égalité des genres, une gouvernance trop souvent douteuse, notamment dans les États dits fragiles se relevant de conflits larvés aux conséquences désastreuses.

À raison, la stratégie de la BAD vise un développement durable et inclusif: la Révolution tunisienne de 2011 s'est en effet déroulée sous les yeux de l'organisation, et l'a éveillée au fait que, derrière des indicateurs économiques parfois enviables, bien des pays affichent une croissance dont les effets sont mal répartis, profitant à une petite clique de privilégiés proches du pouvoir en place.

BAD : une gestion plus performante est attendue

Enfin, entre autres priorités, le nouveau président devra aussi s'attaquer à la gestion interne de l'organisation.

Car c'est une des principales défaillances la BAD, un fait révélé sondage après sondage portant sur le moral des troupes à l'interne. Améliorer l'efficacité, la collaboration entre les employés et les divisions et développer une meilleure ambiance de travail sont des axes d'action d'autant plus pressants que l'organisation a perdu plusieurs employés à la faveur de son retour à Abidjan.

Malgré le départ récent de nombreux membres du personnel, le nouveau président devra prouver qu'il obtient le meilleur de son organisation actuelle avant de demander des ressources supplémentaires à ses actionnaires.

Car si l'Afrique doit faire mieux, la BAD, son instrument phare de développement, devra montrer la voie et afficher plus de cohérence entre ce que la direction de l'institution recommande à ses clients externes et comment elle agit à l'interne en matière de gestion et de bonne gouvernance.

Notamment, un discours motivant, inclusif, des actions inspirées de la confiance envers le personnel, et non d'un règne de peur encore trop prégnant, seront de mise. Les actionnaires de l'organisation, dont le Canada, doivent impérativement en faire un critère dans le choix du nouveau grand argentier de l'Afrique.

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