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15/03/2018 09:00 EDT | Actualisé 15/03/2018 09:00 EDT

La souffrance au travail et la reconnaissance professionnelle des infirmières

À l’heure où le soin aux autres est l’objet d’une réévaluation majeure dans les sociétés occidentales, le cri du cœur des infirmières doit être entendu.

alvarez via Getty Images
Midsection of female nurse holding senior woman's hand. Caring medical professional is with patient. She is consoling elderly woman in hospital.

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Le cri lancé par les infirmières pour alerter le public et les gouvernements sur leur souffrance au travail a été largement médiatisé, et repris par d'autres corps professionnels, comme les médecins résidents, les travailleuses sociales, etc. Le monde de la santé semble être dans un état critique et l'on souhaite que durant cette année électorale, leurs messages soient entendus.

Ces revendications ne sont toutefois pas toutes du même ordre, on s'en doute, et le cas des infirmières reste particulier. Un élément majeur de leur mal-être n'a été encore que peu souligné, même si beaucoup de monde s'est déjà exprimé et c'est la question des différents niveaux de formation qui donnent accès à un même titre d'infirmière et à un même champ de pratique.

Il faut se rappeler que le travail réalisé par les infirmières, il n'y a pas si longtemps, relevait d'une vocation, religieuse la plupart du temps et féminine presque tout le temps.

Or la formation des infirmières est au cœur de « crises » successives non résolues au Québec, même si les sciences infirmières ont ouvert la première grande carrière universitaire aux femmes dès les années 1920 et que nombre de rapports ont été déposés aux ministères de l'Éducation et de la Santé. Il faut se rappeler que le travail réalisé par les infirmières, il n'y a pas si longtemps, relevait d'une vocation, religieuse la plupart du temps et féminine presque tout le temps. Il a fallu plusieurs décennies de combat féministe pour transformer ce travail féminin gratuit en profession, et pour obtenir la professionnalisation partielle et l'instauration d'une formation académique pour les infirmières, comme on l'a montré dans nos ouvrages (Cohen, Profession : infirmière, PUM, 2000, et Cohen, Pepin, Lamontagne, Duquette, Les sciences infirmières, PUM, 2002). Toutefois, les résistances à ces changements sont nombreuses.

Malgré de nombreuses avancées en recherche et dans leur collaboration avec les autres professionnels de la santé et malgré une amélioration nette de leurs conditions de salaire et de travail, leur reconnaissance comme une profession à part entière tarde. Et c'est sur le terrain de la formation que cet enjeu apparaît le plus nettement, puisqu'on le sait l'adéquation entre la formation et les responsabilités professionnelles est étroitement liée au statut professionnel et détermine les conditions de travail. En acceptant une des revendications phares de l'Ordre des infirmières et infirmiers du Québec, qui est d'avoir une formation unique universitaire pour toutes les nouvelles infirmières, le gouvernement pourrait rendre cette profession plus attirante, pour les femmes et pour les hommes en particulier (qui ne sont que 11%).

Pour toutes ces raisons, cette profession qui reste l'une des rares à être majoritairement féminine et donc non mixte, souffre de cette maladie chronique, associée au travail féminin en général, qui est d'être pris pour acquis. À l'heure où le soin aux autres est l'objet d'une réévaluation majeure dans les sociétés occidentales, le cri du cœur des infirmières doit être entendu. Il signale leur volonté d'être reconnues comme des professionnelles à part entière pour qu'advienne enfin dans le réseau de la santé une certaine équité entre professions, entre les femmes et les hommes qui s'y consacrent. On pourrait alors se permettre de rêver à être traité par une équipe de soins où toutes les compétences sont équitablement reconnues et véritablement mises au service des patients et de la population.

Ce texte est cosigné par Jacinthe Pepin, infirmière.

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