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10/09/2012 11:02 EDT | Actualisé 10/11/2012 05:12 EST

Une femme première ministre, oui. Des femmes au pouvoir encore mieux!

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Pauline Marois, chief of the Parti Quebecois speaks to her supporters after the elections results announced at the Olympia theater in Montreal, Quebec, Canada on December 8, 2008. Liberal Premier Jean Charest won a majority in Quebec elections Monday, spoiling a separatist comeback with a mandate to bolster the Canadian province's slowing economy, said television predictions. AFP PHOTO/ ROGERIO BARBOSA (Photo credit should read ROGERIO BARBOSA/AFP/Getty Images)

Des femmes qui ont brigué les suffrages et qui ont réussi à se hisser au poste de premières ministres ou de présidentes se comptent désormais par dizaines, dans le monde. Depuis une quarantaine d'années en effet, les pratiques d'action positive en faveur d'une meilleure représentation des femmes en politique se sont répandues. Même si nous sommes loin de la parité femmes-hommes en politique, force est de constater que la présence de femmes à la tête de pays, petits et grands, a contribué à changer la donne durant cette période.

Au Canada, le moment déterminant de ce changement se situe au début des années 1980, avec ce qui fut alors nommé le « gender gap », où l'électorat féminin fut particulièrement courtisé par les partis politiques, toutes tendances confondues, pour combler l'affligeant déficit de femmes en politique. Kim Campbell doit d'ailleurs son élection à ce phénomène particulier, qui la propulsa, elle une illustre inconnue, au faîte de sa (courte) carrière, au poste de première femme première ministre du Canada. Elle bénéficia d'une campagne de presse sans précédent lors de la course au leadership et l'emporta contre Jean Charest, alors un tout jeune politicien, parce qu'elle était une femme et une nouvelle venue en politique. Mais cet éphémère succès ne pouvait juguler la crise profonde du Parti qui l'avait projeté dans cette arène pour sauver les meubles. Le Parti conservateur connut sa pire défaite aux élections auxquelles elle présida.

Tout autre est le profil de Pauline Marois, la première femme à accéder au poste de première ministre du Québec. Son militantisme au sein du Parti Québécois ne date pas d'hier et ses états de service au sein de ce parti, dans l'opposition comme au gouvernement, sont éloquents. Je me souviens de la militante engagée, adjointe à Lise Payette, responsable de la condition féminine, qui était venue nous encourager dans les années 1980 à mettre en place des cours sur « Les femmes et la politique» à l'UQAM. Depuis, elle a dû mettre ses convictions féministes derrière ses engagements partisans pour conquérir le pouvoir.

Quelle signification a donc sa (courte) victoire? On peut d'emblée éliminer l'hypothèse d'une répétition du « gender gap » des années 1980. On ne peut pas dire qu'elle a bénéficié d'un soutien particulier des femmes en sa faveur; ce qui ne confirmerait une tendance de fond dans l'électorat féminin. Si l'on se fie aux études réalisées sur les résultats des élections de 2008, en termes de participation électorale, les femmes votent autant que les hommes et leur vote n'a pas avantagé un parti plutôt qu'un autre. En fait, l'âge et les conditions socio-économiques des électeurs ont été davantage déterminants dans le fait de voter, que le sexe. La victoire de Pauline Marois est donc celle d'une femme politique qui a su dompter son parti pour se faire élire, sans avoir eu recours à une mobilisation du vote féminin en sa faveur.

Bien plus significatifs dans cette élection d'un nouveau genre, furent ses appels à la jeunesse, y compris son soutien à des étudiants radicalisés, et à une certaine frange souverainiste qui la talonnait sur sa gauche. Si l'on en croit les promesses de sa campagne électorale, elle se veut porteuse des espoirs de changement des jeunes générations (gel des droits de scolarité) ainsi que de certaines revendications traditionnelles des femmes (gel des tarifs et augmentation des places en garderie). On verra si ces propositions qui visent des clientèles sectorielles, traduisent une sensibilité à la conjoncture particulière dans laquelle cette élection a eu lieu (après le printemps érable) qu'une orientation durable.

Son premier test toutefois sera d'assurer une parité femmes-hommes dans la formation de son cabinet, un précédent réalisé avec succès par Jean Charest. Car aujourd'hui, encore plus qu'hier, féminisme rime avec pluralisme et démocratie. Il s'agira pour elle d'inaugurer un style et une façon de gouverner qui fassent une place de choix à la diversité (linguistique), au pluralisme et à la coopération (partisane) plutôt qu'à la chicaneet à la division! En ce sens, on scrutera avec attention les premiers gestesde son mandat.

Pauline Marois en campagne