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03/11/2015 12:06 EST | Actualisé 02/11/2016 05:12 EDT

Bombardier... et les autres

Depuis 1995, les gouvernements du Québec et d'Ottawa ont donné (oui, oui, donné!) à Bombardier et à la famille Beaudoin un peu plus de 6,5 milliards de dollars.

«En multipliant les subventions, l'État multiplie les bourdes» - Philippe P.L. Bouvard

Je n'ai pas la prétention d'être économiste, encore moins celle de tout savoir. Mais, je ne suis pas dupe non plus! Depuis 1995, les gouvernements du Québec et d'Ottawa ont donné (oui, oui, donné!) à Bombardier et à la famille Beaudoin un peu plus de 6,5 milliards de dollars.

Ce chiffre, plutôt conservateur, ne prend évidemment pas en compte les crédits d'impôt, les tarifs préférentiels (notamment l'électricité) et les garanties de toutes sortes accordés à la multinationale. Les décideurs, et particulièrement ceux du Québec, ont donc été extrêmement généreux avec l'argent du peuple.

Bien entendu, cette générosité vient, en partie, du fait que Bombardier constitue, pour reprendre un terme dont je doute de plus en plus de sa réalité empirique, un «fleuron» québécois. Mais, on se doute également que cet altruisme a subi l'influence d'accointances libérales. Après tout, un chum, c't'un chum!

On sait ainsi que l'ancien premier ministre libéral, Daniel Johnson, est membre du Conseil d'administration du constructeur aéronautique. On sait aussi que l'ancien ministre des Finances du Québec et l'actuel lobbyiste de l'avionneur - tiens donc ! - a offert, et ce, sans appel d'offres, le contrat des nouvelles voitures du métro montréalais à Bombardier. On connaît bel et bien les liens étroits entre Bombardier, la famille Beaudoin et le Parti libéral du Québec.

Disons honnêtement que ça sonne comme l'Halloween: un film d'horreur où des petits amis malicieux se graissent la pa-patte grâce aux largesses des autres.

Le gouvernement québécois, peu importe sa couleur, est pourtant élu démocratiquement par la population. Il est donc techniquement redevable à l'égard des électeurs/contribuables. Autrement dit, la mission gouvernementale n'est pas, de prime abord, de venir continuellement en aide à une entreprise privée comme Bombardier.

[Petite parenthèse : pour reprendre l'idée de mon collègue Ianik Marcil, je ne suis pas contre l'aide étatique aux entreprises, mais encore faut-il que cette aide soit légitime, justifiée et réfléchie; ce qui définitivement ne semble pas être le cas ici.]

Or, ce que je déplore surtout dans toute cette histoire, c'est l'attitude «deux poids, deux mesures» de notre gouvernement. D'une part, on fustige les employés du secteur public et leurs représentants, les infantilisant, les échaudant sur tous les fronts. On entend les sbires libéraux nous dire carrément qu'investir - en éducation, en santé, ou ailleurs - serait, à l'heure actuelle, maladroit et insensé. On s'époumone, à gauche, à droite, que les coffres de l'État sont vides, que chacun doit impérativement faire sa juste part afin de participer à l'effort gouvernemental dans l'atteinte du déficit zéro. On martèle - à grand coup de pied dans la gorge [j'ai choisi de rester poli] - le mot «austérité», comme ci c'était une incantation quelconque.

D'autre part, sans l'ombre d'une explication, sans avertissement et surtout sans raison apparente, on accorde - tout cuit dans le bec - un milliard de dollars US à une entreprise richissime qui, dans les dernières années, a délocalisé plusieurs emplois, en plus de pratiquer l'évasion fiscale au Luxembourg (ailleurs ?). En gros, ce que Bombardier dit au peuple québécois, c'est: «Donnez-moué votre argent, pendant que j'vais me sauver de payer des impôts icitte ! AH ! AH ! AH ! (rire gras)».

Encore une fois, je n'ai pas la prétention d'être économiste, mais bout d'viarge... Il me semble qu'il y a des limites à se faire... avoir.

En résumé, ce qu'il faut comprendre - et apparemment accepter sans broncher comme une bande de moutons -, c'est que nos décideurs passent la scie à chaîne dans l'ensemble des programmes sociaux, dans l'éducation, la santé, la culture, l'aide aux PME, l'aide aux régions, l'aide aux organismes communautaires et sociaux; mais, en bon philanthrope, donne sans trop réfléchir des friandises à des fabricants de bonbons.

Quand on s'appelle Bombardier, on sait maintenant que l'austérité, c'est pour les autres !

Mais, dites-moi, est-ce normal que nos élus libéraux coupent allègrement et avec arrogance dans le développement et l'avenir de notre société, pendant qu'ils offrent, au même moment, des centaines de millions de dollars en cadeaux aux amis du régim ?

Jusqu'à quand la population va-t-elle rester peinarde, sans rien dire sur les décisions irréfléchies et désavantageuses pour monsieur et madame tout le monde ?

Ah ben coudonc, ça l'air que l'action de Bombardier a encore reculé aujourd'hui !

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