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16/11/2015 10:55 EST | Actualisé 16/11/2016 05:12 EST

Peut-on juste être... humain?

Car, être humain, c'est tenter de saisir comment peuvent se sentir Didier, Sandrine, Alexandre, Mireille... mais aussi Mohammed, Amine et Fatima...

L'horreur est partout; elle à la fois physique, symbolique et psychologique... à la fois réelle et virtuelle. Dans tout ce chaos, dans toute cette violence, peut-on encore être humain? À la lumière des discours ambiants, de nombreuses interventions sur les réseaux sociaux, dans les médias et ailleurs, la question se pose assurément.

Car, être humain, c'est faire preuve de compassion devant tant de tristesse, à l'égard d'évènements aussi tragiques...

Car, être humain, c'est tenter de comprendre certes les évènements, mais aussi, et surtout leurs répercussions sur la vie quotidienne...

Car, être humain, c'est tenter de saisir comment peuvent se sentir Didier, Sandrine, Alexandre, Mireille... mais aussi Mohammed, Amine et Fatima...

Car, être humain, c'est exprimer sa solidarité envers les victimes et leurs proches... comme à l'endroit des populations stigmatisés et persécutés...

Car, il ne faut pas se leurrer, les premiers à souffrir après les victimes physiques et leurs proches seront les musulmans...

Car, ils seront, à tort, montrés du doigt, étiquetés, méprisés... Ils seront coupables par association; une association boiteuse et honteuse.

Pourquoi? Car, être humain, ce n'est pas donné à tout le monde.

En parcourant les réseaux sociaux, il est possible d'y constater l'antipathie, la haine, le racisme, la xénophobie... la bêtise! C'est vrai tout le temps, mais ce l'est encore plus lorsque surviennent ce genre de drames.

C'est bien connu, la peur et la terreur mènent souvent les gens à réagir avec peu de discernement, alors que l'objectif, pour plusieurs, demeure de s'autosécuriser en tentant de pallier l'incertitude, les dangers. Bien que la réaction soit normale, certaines personnes en viennent toutefois à complètement évacuer leur humanité dans un dessin purement égocentrique. C'est ce qu'on appelle le repli individuel... Et ça ressemble à peu près à ça : @&#% les réfugiés, @&#% les immigrants, @&#% les Arabes, @&#% les musulmans... @&#% tout le monde... sauf moi.

Ces individus proposent, autrement dit, un raisonnement (peut-on réellement appeler ça un raisonnement?) fallacieux motivé par la peur et engendrant la peur.

D'ailleurs, c'est Einstein qui disait qu'il est plus facile de désintégrer un atome qu'un préjugé... Il avait malheureusement raison! Car, soyons honnêtes, la plupart des gens ne font pas de distinctions entre les concepts, les mots, les principes...

Regardez autour de vous, dans votre famille, chez vos voisins, parmi vos connaissances, sur votre fil d'actualité Facebook... Beaucoup trop de personnes effectuent des amalgames inqualifiables entre : intégrisme, extrémisme, fanatisme, terrorisme, islamisme, Arabes, musulmans, réfugiés, Iraniens, Irakiens, Syriens, Turques, Kurdes... Pour beaucoup de nos concitoyens, il s'agit d'un bloc, d'une même réalité où la nuance n'existe pas...

Rassurez-vous [soupir], leur logique est implacable - croient-ils! Quand la terreur (re)fait surface, il vaut mieux combattre un ensemble, en orchestrant des conjugaisons insensées et néfastes, que de tenter la moindre analyse objective, voire que de tenter de saisir les subtilités géographiques, politiques, identitaires, religieuses, etc.

Pendant que s'opère cette logique sans faille [soupir], c'est là que l'humanité disparaît, que l'individu se déshumanise au profit d'une peur irrationnelle : la xénophobie.

Rapidement, la sensibilité est remplacée par l'inconscience, l'indifférence et éventuellement l'égoïsme le plus total. Le repli sur soi occasionné vient par conséquent créé un climat de tension entre le «Nous» et «l'Autre». Un scénario redondant, hélas!

Dans le cas actuel, #lesgens ne souhaitent pas savoir que le «monde musulman» [soupir] n'est pas un bloc monolithique, mais une série d'entités, de disparités, de divergences, de différences... et ce, d'un pays à l'autre, d'une ethnie à l'autre, d'un environnement social à l'autre, d'une famille à l'autre... d'un individu à l'autre.

Comme les chrétiens, les Juifs, les bouddhistes... Comme les Québécois, les Américains, les Français, les Marocains... les existences, les croyances et les pratiques individuelles sont multiples, car elles sont le résultat d'une pléiade de facteurs et de variables inscrites dans l'espace et le temps. Non, un musulman n'est pas un terroriste; comme un Québécois n'est pas un C**** de gros colon!

Favoriser au sein de son esprit, ainsi qu'au sein des discours une représentation unique lorsqu'il s'agit de parler des évènements de Paris, mais aussi de Beyrouth, d'Ankara, de Londres, de Madrid et autres, c'est favoriser l'ignorance... la victoire de l'ignorance.

Dire (ou ne pas reprendre quelqu'un qui dit) des absurdités du genre «Regarde l'arabe avec son turban, un vrai islamo-terroriste», en parlant d'un sikh d'origine indienne, c'est soutenir l'ignorance... c'est encourager la déshumanisation.

Bien sûr, il est possible de blâmer les autres, de condamner les médias, de désapprouver notre système, de critiquer notre éducation... Mais, il faudrait peut-être nous regarder, une bonne fois pour toutes, dans le miroir... car, comme l'a si bien dit le Prix Nobel de littérature Naguib Mahfouz : «La peur n'empêche pas la mort, elle empêche de vivre».

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