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06/01/2016 11:48 EST | Actualisé 06/01/2017 05:12 EST

Où est Charlie?

Un an plus tard, l'ensemble du monde médiatique s'apprête à multiplier les hommages, à rejouer en boucle les images horribles et bouleversantes, à se questionner sur la terreur... on négligera la réflexion fondamentale: «Qu'en est-il de la liberté d'expression?»

« Qu'est-ce que la liberté d'expression?

Sans la liberté d'offenser, elle cesse d'exister »

-Salman Rushdie

Il y a un an, presque jour pour jour, j'écrivais, suite aux attentats contre le journal Charlie Hebdo, que: «[...] le journal satirique français propose, depuis sa fondation, une critique sur une société d'apparences, de performance, de paradoxes, d'aliénation matérielle et spirituelle, de superficialité et de supercheries... Ce qu'il présente donc, c'est un regard réfléchi sur une société trop souvent amorphe qui tend à se conforter dans son ignorance et son indifférence, tout en livrant, parallèlement, un cri du cœur hebdomadaire, voire une incitation à penser librement, sans contrainte. Charlie Hebdo, c'est ça!». (Le monde de Charlie)

Cet évènement a fait réagir, et ce, de différentes façons, à divers degrés, à maintes échelles... Or, au-delà de la tristesse causée par les décès, au-delà de l'horreur, il y a le message sans cesse véhiculé par le journal et ses tenants, car Charlie Hebdo n'est pas mort, loin de là!

Malgré tout, beaucoup de gens, au fil du temps, ont répudié le fameux slogan «Je suis Charlie»; plusieurs, semble-t-il, n'avaient pas compris ce qu'est (et ce qu'était) Charlie [Hebdo]. Surtout, ils n'ont pas déchiffré la symbolique particulière, car, outre la première lecture, il faut, comme individu et comme société, s'attarder à la seconde, celle plus sociologique, celle plus politique... celle des principes diffusés, d'une part, et ceux critiqués, de l'autre.

Un an plus tard, l'ensemble du monde médiatique s'apprête à multiplier les hommages, à rejouer en boucle les images horribles et bouleversantes, à faire des parallèles avec les attentats parisiens du 13 novembre, à se questionner sur la terreur, le tout à l'intérieur d'un montage savamment orchestré auquel on a accolé une seule étiquette: la sécurité. On oubliera, j'en ai bien peur, l'essentiel, on négligera la réflexion fondamentale: «Qu'en est-il de la liberté d'expression?»

Sans trop s'en rendre compte, nous avons, suite aux évènements du 7 janvier 2015, préparé la table, individuellement et collectivement, à la glorification du principe de «liberté d'expression»; un principe que nous avons rapidement oublié à travers toute cette hyperactivité, à travers toutes ces nouvelles. Avec la diligence qui caractérise notre société, nous sommes passés à autre chose, sans trop regarder derrière, sans dresser le bilan qui pourtant s'imposait. Certains optimistes mentionneront les bonnes choses, comme le fait que nous avons eu droit à une dose rarement vue de solidarité. Rappelons-nous-en, tout le monde était Charlie.

Nonobstant, certains, à la longue, ont commencé à se désolidariser, ne croyant pas au message véhiculé par Charlie Hebdo, y voyant de la provocation, du mépris, même de la condescendance... Après l'amour, ce fut la critique incisive et caustique. Paradoxalement, plusieurs continuaient à diviniser le sacro-saint principe de la liberté d'expression, mais refusaient soudainement de soutenir Charlie, de se dire Charlie, ou même de comprendre Charlie. C'est là, dans ce genre d'interstices, qu'on réalise parfois l'absurdité humaine, notamment celle de l'incohérence, celle du double discours. C'est là qu'on s'aperçoit de notre partialité, de notre intérêt individuel.

Alors, un an plus tard, qu'en est-il de Charb, de Cabu et des autres? Qu'en est-il de ceux qui se prétendaient solidaires, de ceux qui criaient haut et fort qu'ils n'avaient pas peur, de ceux qui ne baisseraient jamais les yeux devant la terreur? Où sont passés ces braves et courageux guerriers du crayon, du pinceau, du clavier, etc.? Où sont les dignitaires et dirigeants qui sont venus marchés, au cœur de la république, avec les milliers d'hommes et de femmes? Où sont l'Arabie Saoudite, les Émirats arabes unis, la Russie et les autres? Où est le Canada?

Nous devons admettre que, plus que jamais, la liberté d'expression recule sous l'influence de nos gouvernements, sous l'empreinte de la peur, sous la présence des menaces et des dangers... Ne soyons pas dupes, ce recul est catégorique. Pourtant, quelques braves guerriers continuent de se battre pour faire respecter ce droit fondamental à la parole, à la pensée... Ils ont, en effet, été plusieurs ces dernières années à faire des sacrifices personnels pour le bien de la majorité; je songe notamment à Raïf Badawi, Malala, Ed Snowden, Nasrin Sotoudeh, Jafar Panahi, El Coco, Wei Jingsheng, Julian Assange...

Bien sûr, mes pensées, en ce triste anniversaire vont à la France, à Charb, Cabu et toute l'équipe de Charlie Hebdo; mais, outre les figures et les symboles, mes pensées vont aussi et surtout à tous les hommes et toutes les femmes qui se battent, jour après jour, pour cette liberté si précieuse, celle de pouvoir dire ce que l'on pense.

HOMMAGE SUR LES BLOGUES À CHARLIE HEBDO

- Ce sont eux qui étaient Charlie! - Évelyne Abitbol

- Je suis Charlie aujourd'hui - Savignac

- L'habitude... - Michel Héroux

- Célébrons la victoire de Charlie Hebdo et la liberté d'expression - Jacques Legare

- Commémorer Charlie, pour le meilleur ou pour le pire? - Nathalie Goulet

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