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08/01/2014 12:07 EST | Actualisé 09/03/2014 05:12 EDT

OGM: le Québec doit faire bande à part

Alors que la bataille sur l'étiquetage des OGM bat son plein chez nos voisins du Sud, le Canada a les yeux fermés et les oreilles bouchées. Si seulement ce n'était que ça... Mais le gouvernement conservateur, fier de ses croyances arriérées et de ses pratiques trop souvent véreuses, pense même à devenir le premier pays au monde à autoriser l'importation d'aliments contenant des OGM non approuvés par les organismes de réglementation comme la FDA ou Santé Canada.

Pardon?

Alors que de nombreux pays se battent pour conscientiser les consommateurs via une réglementation stricte et efficace en matière d'étiquetage des OGM, le Canada, par le biais d'une conception opposée au bon sens et à toute forme de logique, est sur le point de légitimer la commercialisation d'aliments contenant des OGM non cautionnés dans nos assiettes. Et ce malgré les cris d'alarme de maints scientifiques. Comment ne pas y voir purement et simplement de la magouille politique? Ainsi, il apparaît évident que les lobbys ont pratiqué - avec l'appui intéressé de nos politiciens au pouvoir - de l'ingérence pour obtenir cette résolution. Persuasion ou dissuasion? Le comment importe peu, car en fin de compte ce sont les consommateurs qui, encore une fois, subiront les conséquences de cette décision controversée, pour ne pas dire complètement insensée.

À un moment où la bataille contre les organismes génétiquement modifiés s'inscrit dans l'espace et le temps, le Canada prêche par l'idiotie, ne reconnaissant guère les répercussions des OGM sur l'environnement et la santé. Déjà, dans deux articles distincts (Monsanto: l'ennemi public no.1 et Le Mon(stre)santo), j'avais présenté les effets pervers et néfastes des OGM. Reprenant certaines études et analyses, j'expliquais notamment que leur forte teneur en toxicité constitue un réel danger pour la population humaine, mais également pour la faune et la flore. Je me questionnais également sur l'incongruence entre ces révélations de dangerosité et l'obstination crasse de nos dirigeants à obstruer leur sens (yeux, bouche, oreille). Eh oui, comment expliquer se laisser-faire de nos politiciens canadiens?

J'avais donc présenté les faits, ceux d'un copinage incestueux entre les membres administratifs des organismes de réglementation, les politiciens et les acteurs-producteurs, c'est-à-dire les grandes multinationales agroalimentaires, agrochimiques et de biotechnologies végétales. Enfin, j'avais affirmé que ce genre de clientélisme se traduisait par une mainmise politique des lobbys et conséquemment par une manipulation juridico-stratégique. Sur ce point, le Monsanto Protection Act décrété par l'administration Obama tend à valider cette vision nihiliste de la situation des OGM en Amérique du Nord. Pourtant, loin d'être une référence en la matière, même les États-Unis vivent présentement une période d'ébullition, alors que des millions de consommateurs réclament une législation nationale sur l'étiquetage des OGM.

Il faut toutefois souligner qu'à l'heure actuelle il n'existe aucune norme (loi) internationale sur l'étiquetage des organismes génétiquement modifiés. Néanmoins, plusieurs pays (plus d'une soixantaine dont la Chine et la Russie) ont suivi l'exemple imposé par l'Union européenne, qui oblige l'étiquetage des OGM depuis 1997. L'expertise, la connaissance et les retombées sont donc connues. Alors pourquoi le Canada n'emboîte-t-il pas le pas? Comme indiqué précédemment, les obstacles à l'étiquetage obligatoire des OGM ne sont pas techniques, mais bel et bien politiques. Dans cet ordre d'idées, il ne faudrait pas oublier que le pays de la feuille d'érable est aussi le quatrième plus grand producteur d'OGM derrière les É.-U., l'Argentine et le Brésil. C'est donc une partie importante de l'économie et de l'emploi; en ce sens, le gouvernement, ainsi que les multinationales agrochimiques n'oublient pas de nous le rappeler, utilisant la peur et les possibilités de récession comme outil persuasif. Encore la fameuse épée de Damoclès!

Les nombreux efforts déployés par ces multinationales confirment cependant une chose: elles sont terrorisées à l'idée de perdre des ventes, par conséquent de l'argent et des profits. Après tout, qui dit consommateur conscientisé, dit choix éclairé. De fait, les grandes compagnies productrices d'OGM ont toutes les raisons du monde de vouloir pérenniser cette espèce d'aliénation des consommateurs. L'étiquetage obligatoire représenterait certainement pour eux des pertes importantes. L'objectif est donc d'empêcher le consommateur d'être informé et le meilleur moyen est de graisser la patte du politique pour en retirer des faveurs. C'est ce qu'on nomme le favoritisme.

Devant cette triste réalité, le Québec pourrait-il décider de mettre en place un système d'étiquetage indépendant? La réponse est oui! Justement, en 2004, la MAPAQ avait mandaté un chercheur de l'UQAM pour mener une étude sur les coûts et les impacts de l'implantation d'un système québécois d'étiquetage obligatoire des produits alimentaires issus d'OGM. Les résultats de l'étude avaient permis d'estimer les coûts à environ 150 millions de dollars, plus une somme annuelle récurrente de 30 millions pour le fonctionnement et la gestion du système.

L'étude soulignait également les retombées positives d'une telle structure. Suite à son dépôt, les libéraux, alors majoritaires à l'Assemblée nationale, avaient tranché que l'étiquetage obligatoire des OGM était non nécessaire, trop compliqué, trop cher et inutile. Pourtant, cette mesure constituait une promesse formulée par Jean Charest lors de la campagne électorale de 2003. S'était-il fait graisser la patte pour, moins d'un an plus tard, renier sa promesse? Était-ce simplement un concours de circonstances? Croyait-il vraiment que le système était trop cher, trop complexe et inutile, ou était-ce du charabia pour endormir la plèbe trop quérulente?

Alors qu'à une certaine époque l'étiquetage de la valeur nutritive des aliments était chose rarissime, voire impensable pour plusieurs, des luttes politiques menées par des consommateurs ont mené les gouvernements à obliger les producteurs et les entreprises à indiquer les éléments diététiques contenus dans notre nourriture. La même chose s'est produite pour les allergènes et les aliments présentant des dangers pour la santé (comme les boissons énergisantes). Aujourd'hui, soixante et quelques pays obligent les étiquettes OGM. Pendant que le Canada fait la sourde oreille, le Québec doit devenir un précurseur en Amérique du Nord en implantant son propre système d'identification des organismes génétiquement modifiés. Il est grand temps que le consommateur se fasse entendre... les OGM doivent être indiqués sur l'emballage.

Devant l'immobilisme du Canada, le Québec doit faire bande à part!

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