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21/03/2016 04:48 EDT | Actualisé 22/03/2017 05:12 EDT

Du grand Le Pen!

Qu'on le veuille ou non, on s'est fait berner, à nos risques et périls, par du grand Le Pen!

«Si on cache une région du corps,

c'est pour mieux attirer l'attention sur elle»

- Montaigne

Marine Le Pen peut clairement dire mission accomplie. Alors que la classe politique québécoise a tout fait pour réduire au silence cette politicienne aux idées contestées, c'est malheureusement tout le contraire qui s'est produit. Depuis son arrivée au Québec, Mme. Le Pen a abondamment fait parler d'elle; en fait, l'ensemble des grands médias québécois lui a accordé une couverture démesurée, pour ne pas dire abusive. Il faut surtout souligner que la réponse (lire ici: le rejet) des politiciens québécois à l'égard de sa visite n'a en rien aidé à diminuer l'attention médiatique et populaire.

Au-delà du discours xénophobe, des politiques anti-immigrations, de la vision économique de droite, de sa conception archaïque des relations diplomatiques, de son opposition au mariage homosexuel, Marine Le Pen, qu'on l'aime ou pas, demeure néanmoins la chef d'une importante formation politique française, ainsi qu'une eurodéputée. Elle mérite donc, malgré ses opinions politiques controversées et, à certains égards, arriérées, le respect élémentaire (protocolaire?).

En tentant, par tous les moyens de s'en dissocier, nos politiciens ont mis le feu aux poudres, plutôt que de calmer le jeu politico-médiatique. Ainsi, en adoptant une attitude d'éloignement et de marginalisation à l'égard de Marine Le Pen, nos responsables politiques lui ont confié le spotlight, lui offrant sur un plateau d'argent une tribune inespérée. Cela dit, en héritant du rôle de négligée - comme «persona non grata» -, Mme. Le Pen a réussi un tour de relations publiques phénoménal, en obtenant une couverture plus qu'abondante; on parle ici des médias papier, numériques, radiophoniques, télévisuels... Bref, l'agitatrice du Front national s'est bien moquée de tout le monde, en particulier de ses détracteurs politiques. Et oui, nos politiciens et leurs directions des communications ont eu l'air d'une belle gang d'amateurs!

Mais, je me questionne surtout à savoir le pourquoi de cette levée de boucliers à son endroit, de la part de nos politiciens et de notre gouvernement? D'où vient cette réticence obsessive et presque anormale? Bien sûr [je le répète], la majorité de ses positions sur l'échiquier politique sont déplorables et parfois même méprisables, mais en quoi est-ce pertinent dans le contexte d'une visite diplomatique, qu'elle soit officieuse ou officielle? À ce que je sache, les politiciens ne se gênent généralement pas pour rencontrer leurs homologues, même lorsque ceux-ci affichent des bilans et des croyances souvent pires que ceux et celles affichés par Mme Le Pen.

Par exemple, la rencontre avec des princes saoudiens - alors que leur bilan en matière des droits fondamentaux, notamment les droits des femmes, est misérable - ne semble pas pour autant freiner nos politiciens. Nous pourrions procéder au même examen avec la Russie, la Chine, la Libye de feu Kadhafi et bien d'autres... En temps normal, on ne suppose jamais, comme individu et comme société, qu'une rencontre de courtoisie politique signifie l'approbation sine qua non des politiques de l'autre. Pourquoi serait-ce différent dans le contexte actuel?

À mon souvenir, Marine Le Pen a été élue démocratiquement, ce qui n'est pas le cas de plusieurs alliés et anciens alliés de nos gouvernements. Alors, il est où le problème? Disons simplement que la cohérence n'est pas la plus grande qualité de nos dirigeants politiques.

Il faut conséquemment se demander: «que se passerait-il dans l'éventualité où Marine Le Pen deviendrait présidente de la France?». C'est une question légitime et il ne faut surtout pas la compter pour battue, car, bien au contraire, elle est présentement en avance dans plusieurs sondages nationaux. Donc, je repose la question: «Que ferait-on dans cette situation?»

Refuserait-on de la recevoir comme dignitaire officielle et présidente de la République française? J'ai pour mon dire que, devant cette hypothèse, nous aurions l'air d'une belle bande de céleris!

Bref, dans mon esprit, les politiciens québécois et, plus spécifiquement, notre gouvernement ont manqué le bateau, car la visite de la présidente du Front national aura été tout sauf discrète... En somme, on a beau ne pas l'aimer et conspuer ses politiques, mais il faut reconnaître que sa gestion de la situation dénote une intelligence. Qu'on le veuille ou non, on s'est fait berner, à nos risques et périls, par du grand Le Pen!

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