LES BLOGUES
06/12/2013 12:43 EST | Actualisé 04/02/2014 05:12 EST

Hommage à Mandela!

« J'ai appris que le courage n'est pas l'absence de peur, mais la capacité de la vaincre » - Nelson Mandela

Figure emblématique, personnage légendaire et hautement louangé de par le monde, Nelson Mandela, aux grands regrets de tous, est aujourd'hui décédé. Celui qui a combattu pendant plus de quatre décennies le régime de l'apartheid nous a malheureusement quittés vers d'autres cieux, reposant désormais au côté de Martin Luther King, Malcolm X, Mère Theresa et Gandhi. Nous nous souviendrons à tout jamais du rôle primordial de Mandela, qui y a consacré sa vie et son énergie, dans le combat contre la discrimination raciale en Afrique du Sud. Voici un bref résumé de sa vie, ainsi qu'un regard sur le régime de l'apartheid.

L'apartheid fut une politique raciale axée sur la séparation ethnique entre les populations blanche et noire (métis et indiens inclus) dans des emplacements géographiques déterminés, et où les transports, les services et autres furent soumis aux contraintes de la ségrégation ethno-raciale imposée par l'élite européenne minoritaire.

Pendant cette période de division politique, économique et spatiale des « races », soit officiellement entre 1948 et 1991, le statut des individus dépendait essentiellement de la couleur de la peau et de l'origine ethnique. Ainsi, ce système ségrégationniste et sa structure se divisaient en deux modes de fonctionnement où, d'un côté, le petit apartheid avait pour but de protéger l'intimité et les intérêts des Blancs par la mise en place de mécanismes favorisant la division fonctionnelle (aussi bien physique que symbolique) de la société et, de l'autre, le grand apartheid qui - par le biais d'une mécanique généralisée de séparation territoriale du pays, selon laquelle les espaces résidentiels, commerciaux et autres étaient séparés dans le but de limiter les contacts entre les Blancs et les autres - légitimait à l'échelle macroscopique la hiérarchie de la domination blanche.

Or, bien qu'ayant existé symboliquement et réellement pendant près de trois siècles, l'apartheid, fut légalement institué en 1948. Devant la peur croissante des euro-africains (blancs européens, voire les Afrikaners) à l'égard de l'accroissement démographique phénoménal des populations noires, les élites blanches du pays, se croyant guidé par une mission spirituelle divine de supériorité, décidèrent de renforcer et de consolider un système de balkanisation basé sur la couleur et l'ethnie, selon lequel, d'une part, les Blancs seraient les maîtres politico-économiques et, d'autre part, les autres, principalement des noirs africains, seraient des serviteurs sans droits et sans recours. Autrement dit, l'apartheid fut établi dans une optique de survie (pour les Blancs qui étaient moins nombreux) et de radicalisation de l'idéologie du « baasskap », soit la domination du maître par la pratique perpétuelle d'une discrimination raciale consistant à établir une hiérarchie immuable entre l'élite européenne et la servitude nègre.

C'est en 1944 que Nelson Mandela, alors âgé de 26 ans, rejoignit l'ANC (Congrès national africain). À cette époque, l'ANC introduisait dans son discours le principe de « One man, one vote », similaire au concept politique du « rep by pop ». Dans les mêmes années, Mandela adhéra également à la Ligue jeunesse de l'ANC, une organisation qui proposait des actions plus drastiques, notamment des actes de désobéissance civile, ainsi que des manifestations de masse avec pour finalité de combattre la ségrégation raciale et ses fondements. Toutefois, c'est véritablement en 1960 que Mandela modifia sa philosophie et son approche, orientant alors la lutte vers des méthodes, des tactiques et des opérations moins pacifiques et plus belliqueuses.

À cette époque, les hommes noirs d'Afrique du Sud étaient contraints par la loi à avoir en tout temps en leur possession un passeport interne (donc une espèce de papier leur permettant de circuler dans le pays, à l'intérieur des différentes zones blanches et des sites d'exclusion) sous peine d'être arrêtés et déportés. Devant ce qu'il jugeait être une atteinte à ses droits et libertés, Mandela décida de bruler publiquement son passeport intérieur dans un acte symbolique qui visait, premièrement, à renier l'autorité illégitime des Blancs et de leurs lois oppressives et, deuxièmement, à stimuler une prise de conscience nationale et internationale sur les effets néfastes et pernicieux de l'apartheid sur la population noire et métisse d'Afrique du Sud.

L'année suivante, Mandela fonda le MK, une branche paramilitaire de l'ANC prônant la lutte armée, et mit en place des actes de sabotage contre certains symboles de l'oppression et de la domination blanche. Alors que simultanément la coercition et la répression s'accentuèrent, Mandela croyait que le recours aux armes était devenu une nécessité, surtout après le massacre de Sharpeville. Un mandat d'arrêt avait d'ailleurs été émis afin d'appréhender le leader de la révolte noire. Étant recherché pour terrorisme et pour des activités « communistes » - n'oublions pas que le contexte international est, à cette période, rythmé par une guerre idéologique (Guerre froide) entre les États-Unis et l'URSS, ainsi que par une chasse aux sorcières (maccarthysme) - Mandela, après plus d'un an et demi de vie clandestine, fut arrêté et emprisonné à Johannesburg en attendant son procès. Le procès Rivona accoucha finalement d'un verdict défavorable à Mandela, étant condamné à la prison à perpétuité, mais évita néanmoins la peine de mort (qui était réclamée par la poursuite).

Dans sa déclaration finale, Mandela avait tenté, en vain, d'expliquer les raisons qui l'avaient mené à épouser la lutte armée, soit seulement après plus de dix ans de lutte pacifique sans succès. Dans son dernier témoignage, il déclara que : « Toute ma vie je me suis consacré à la lutte pour le peuple africain. J'ai combattu contre la domination blanche et j'ai combattu contre la domination noire. J'ai chéri l'idéal d'une société libre et démocratique dans laquelle toutes les personnes vivraient ensemble en harmonie et avec les mêmes opportunités. C'est un idéal pour lequel j'espère vivre et agir. Mais, si besoin est, c'est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir ».

Pendant 27 ans, Mandela fut incarcéré dans diverses prisons dont la célèbre Robben island, dans laquelle il purgea 18 ans de sa peine. Un retournement de situation inattendu se produisit. Alors que le contexte mondial était en pleine mutation, un concert hommage à Mandela pour ses 70 ans fut organisé à Londres en Angleterre. Le concert qui se voulait un cri du cœur international pour la libération de Nelson Mandela fut retransmis à la télévision dans plus d'une soixantaine de pays, en plus d'être regardé par près de 600 millions de personnes. Finalement, après d'innombrables pressions populaires, des grèves de toutes sortes, des combats politiques et des sanctions internationales (ONU) contre le régime de l'apartheid, Mandela fut libéré le 11 février 1990, soit trois mois après la chute du mur de Berlin.

Somme toute, Nelson Mandela n'était pas un prophète ou encore un surhomme, il était pour reprendre ses propres mots : un serviteur du peuple. Toute sa vie, il a consacré son temps, son énergie et son esprit à lutter pour l'obtention d'une reconnaissance pour ses pairs, pour son peuple et pour ses frères. Le travail passionné, juste et acharné de Mandela fut enfin reconnu officiellement lorsqu'il reçut en 1993 le prix Nobel de la paix et lorsque, l'année suivante, il devint le 1er président de l'histoire de la République d'Afrique du Sud. Lors de son discours, Mandela fit allusion aux grandes figures de l'histoire, en plus de faire un clin d'œil à un frère d'armes, le docteur Martin Luther King. Sur ce point, il prononça un discours enflammé sur la tribune présidentielle, un discours qui termina par les paroles : « Free at last »... Enfin libre !

Malheureusement, le monde est encore emprisonné dans une polarisation raciale où les croyances, les représentations et les récits racistes et xénophobes sont omniprésents. La lutte n'est pas terminée, le combat est encore à faire. Il importe de poursuivre collectivement la guerre contre le racisme.

À ton tour Nelson, tu es enfin libre... Repose en paix !

NELSON MANDELA IN CANADA

La twittosphère en deuil à l'annonce de la mort de Mandela

Retrouvez les articles du HuffPost sur notre page Facebook.