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30/06/2015 11:36 EDT | Actualisé 30/06/2016 05:12 EDT

La chèvre volante

La semaine dernière, j'ai eu la chance (si on peut appeler ça une chance!) de voir de mes propres yeux une chèvre volante.

Eh bien oui, c'est la vérité... la semaine dernière, j'ai eu la chance (si on peut appeler ça une chance!) de voir de mes propres yeux une chèvre volante... Je vous le dis! Mais, avant de vous raconter cette incroyable histoire, je veux vous parler de la naïveté des gens.

Certains appelleraient ça de l'ignorance, d'autres de la bêtise... Je préfère employer le mot naïveté, comme quoi je dois être aussi quelque peu naïf. La naïveté est partout dans nos vies, à gauche, à droite, sur les réseaux sociaux, parmi nos ami(e)s et connaissances, dans notre famille... Bref, partout! Prenons les réseaux sociaux où plusieurs partagent des articles de journaux satiriques, tout en prenant l'information (la désinformation?) pour du cash. Combien de fois voyez-vous des gens parler ou transmettre de faux articles, tout en s'époumonant contre les peusdo-nouvelles traitées?

Dans les conversations, il devient de plus en plus difficile de raisonner avec ces gens, voire simplement dialoguer avec eux, car la personne naïve est souvent bornée. L'information assimilée est souvent digérée comme étant la bonne, l'unique possibilité où la nuance représente une lointaine lumière qu'il est impossible d'atteindre ou même de voir. La naïveté fait en sorte qu'un individu prend ce qui lui plait; et hop, le reste va aux vidanges... Il n'y a aucune remise en question.

Une fois ce processus mis en marche, aucun retour en arrière n'est possible; le naïf croit maintenant détenir la vérité infuse. Autrement dit, il a la certitude de posséder «Ze information»! Il sait ce que nous ne savons pas, il détient des éléments secrets que le commun des mortels ne possède pas... C'est drôle, mais tout ceci me fait également penser aux adeptes des théories du complot.

Mais le plus embêtant, c'est lorsque l'on se fait prendre dans un guet-apens de naïfs. Pendant un moment d'inattention, on embarque dans une discussion avec ces gens et puis, tout à coup, la conversation dérape vers les préjugés, les stéréotypes, le racisme, ou autres. On tente de s'en extirper, un peu comme si on avait les deux pieds pris dans la merde de chèvre, mais c'est difficile; on en ressort pratiquement toujours avec des séquelles. La plupart du temps, on a l'impression d'avoir participé à un gros non-sens et d'être souillé. Pourtant, l'entourage du naïf - du moins une partie, souvent celle la plus volubile et la plus naïve - motive la poursuite du non-sens, s'encourageant à continuer leurs fadaises, un peu comme un gros délire où la divagation est maître. Sans même le savoir, et malgré le fait qu'on cherche à fuir, on s'enfonce... On se retrouve dans un nid de coucou, cet endroit virtuel où le raisonnement, la nuance, les données factuelles ne sont pas les bienvenus.

Non, ce qui anime la naïveté, c'est l'opinion, les croyances, les impressions et le jugement. Il n'y a pas de place pour la réflexion et la distinction; tout doit être tranché au couteau, tout doit être blanc ou noir...

Le plus déprimant et le plus fâchant, c'est leur source: «C'est écrit dans le journal» ou «je l'ai vu dans un documentaire». Donc, si c'est écrit ou véhiculé à la télévision, c'est que ça doit être vrai! Mais, je n'adhère pas à cette conception.

Pour le naïf, l'effort de pousser plus loin, d'interroger les motivations du journaliste, de l'écrivain, du documentariste, de la chaîne de télé ou encore de se questionner sur la provenance du financement ne fait pas partie du processus analytique. En fait, il ne s'intéresse pas aux externalités, car ce qui compte c'est l'information qu'il a emmagasinée. Point final!

Je ne dois pas être le seul, mais je me fais souvent prendre dans ce piège, alors qu'à chaque fois je me dis que je devrais tout simplement me fermer la trappe à mots. La bonté ou l'innocence me font faire toutes sortes de choses, comme la naïveté a le même effet chez d'autres... Je pense, à chacune des occasions, que je vais probablement réussir à en éveiller 1 ou 2, mais cela se produit très rarement... Sans honte de le dire, je me fais prendre comme un poisson qui vient remordre le même hameçon après sa remise à l'eau.

De toute façon, je ne suis pas vraiment ici pour vous parler de la naïveté, mais pour vous dire que j'ai eu la chance d'apercevoir une chèvre volante... Vous voyez, si c'est écrit, ça doit donc être vrai!

Comme c'était ma dernière chronique pour les sept prochaines semaines, je tiens à vous souhaiter un très bon été et de bonnes vacances.

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