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16/02/2016 03:44 EST | Actualisé 16/02/2017 05:12 EST

Le conte de fées de Bernie Sanders

Comme dans la forêt de Sherwood, Bernie est confronté au Shérif de Nottingham...

«Tu es trop grand pour croire aux contes de fées!»... Voilà, une phrase qu'on entend souvent lorsqu'advient un certain âge. Pourtant, pendant toute notre enfance, nos parents, sous l'influence d'une société schizophrène, nous ont bourré d'histoires merveilleuses, de contes féériques, de récits surnaturels, héroïques et magiques. Du père Noël à Peter Pan, en passant par Blanche-Neige. Un univers de possibilités où les limites peuvent toujours être repoussées, et ce, sans distinction de genres, de classes, de religions, d'orientations sexuelles, etc.

Une enfance, autrement dit, marquée par la naïveté, par laquelle les héros existent et nous côtoient quotidiennement. Mais, sans même s'en apercevoir, un jour la vérité nous est révélée... «Les contes de fées, ça n'existe pas!» Le monde s'écroule alors. C'est une vérité sournoise, qui est difficile à avaler; même, je dirais, qu'on n'avale jamais complètement. L'espoir, le plus mince soit-il, restera présent chez plusieurs enfants, devenus maintenant adultes. Cet espoir, cette lueur d'une certaine justice, sera consommé dans une nouvelle forme de récits: les super-héros. Batman, Spiderman, Wonder Woman... Car, en fin de compte, ce que nous recherchons dans cette symbolique, c'est la possibilité, cette perspective d'évoluer, individuellement et collectivement, vers le bien.

C'est bien connu, la majorité des contes ont en commun une trame évolutive: de l'intimidation et du danger vers la libération finale. C'est, en somme, une réalité qui n'est jamais bien loin, voire qui nous guette perpétuellement. Mais, il y a plus... Beaucoup de ces contes, parallèlement, proposent une storyline où la pauvreté (économique) initiale du personnage principal ne constitue pas un frein à ses accomplissements, voire à son évolution. Bref, un schéma narratif axé sur le travail, l'effort, l'équité, et la moralité. Il n'est donc pas étonnant que - inconsciemment ou non - ce genre d'images plaise à la fois aux enfants et aux adultes.

Où veux-je en venir? Qu'il ne faut jamais cesser de croire aux contes de fées? Que, comme Peter Pan, il faut refuser de grandir? Qu'il faut garder une certaine innocence d'esprit? Pourquoi pas!

Le plus bel exemple ne se déroule-t-il pas sous nos yeux juste au sud de la frontière? Je veux parler de l'investiture démocrate aux États-Unis et, particulièrement, de la confrontation «David contre Goliath». Le pourfendeur de Wall Street, l'adversaire du 1%, le contestataire des inégalités, le rival de l'establishment américain... Je parle de Bernie Sanders!

Alors qu'il faisait figure de marginal depuis le début des hostilités, le voilà sur une lancée qui ressemble étrangement à un conte de fées; car, finalement, c'est de ça qu'il s'agit: une histoire merveilleuse opposant deux visions antagonistes où «le bien et le mal» s'affrontent à armes inégales. Son histoire personnelle - avec les péripéties, les épreuves, les impasses, les succès et les échecs - a d'ailleurs toutes les allures d'un conte merveilleux.

Bernie vient d'une famille juive très modeste ayant immigré aux États-Unis dans la première moitié du XXe siècle. Bernie, c'est l'homme aux convictions profondes, aux idées progressistes. C'est le héros d'une petite communauté qui souhaite changer les choses au plan national. C'est aussi l'ennemi numéro un des riches, des banquiers, des pétrolières, des réactionnaires et des racistes. Bernie, c'est le méchant «socialiste». C'est, somme toute, un genre de Robin des Bois contemporain, dans un pays où les pauvres et les opprimés ont plus que jamais besoin d'une voix forte.

Mais, comme dans la forêt de Sherwood, Bernie est confronté au Shérif de Nottingham... On souhaite le faire taire, on souhaite le décrédibiliser... on dit de lui qu'il est trop vieux, trop à gauche, trop différent des autres. Or, n'est-ce pas justement de ça que les États-Unis ont besoin? Un vrai changement, ce n'est pas maintenir le statu quo; c'est plutôt croire aux possibilités, c'est revenir en enfance le temps d'un instant... C'est se dire, tout compte fait, que les contes de fées existent réellement.

Moi, j'y crois... et vous?

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