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21/11/2013 01:05 EST | Actualisé 20/01/2014 05:12 EST

La réflexion de l'État laïque

Est-ce une folie d'écrire un texte supplémentaire sur ce sujet ? Désormais, le nom a changé ; certains l'applaudissent alors que ses détracteurs le ridiculisent. Mais faisons fi de la nomenclature juste un instant pour s'attarder, n'est-ce pas, à un débat de plus de mesure, nécessitant une réflexion nécessairement plus profonde que celle à laquelle nous assistons présentement. Par cela, j'entends creuser la réelle importance que prend chaque débat dans mon esprit de libertarien : de quelles libertés parle-t-on ?

Je lis souvent une défense inébranlable de la liberté de religion, protégée par maintes chartes. Ô combien le gouvernement se voit-il démonisé de leur retirer cette liberté! Mais est-ce bien la réalité? En dehors d'une réalité certaine, que cette Charte camoufle un bilan économique catastrophique et serve de manœuvre politique digne de Machiavel pour que le Parti québécois conserve le pouvoir, un véritable débat de société pourrait légitimement être. Pourtant, le principal point sur lequel je ne cesse de m'interroger n'est jamais mentionné. Simplement affirmer que la laïcité imposée par l'État est néfaste est mal comprendre ce qu'est le sens d'imposer. Mais d'affirmer qu'elle est bonne de la façon qu'on le fait est mal comprendre les implications de celle-ci.

Cela me blesse de voir un gouvernement accepter des immigrants en grand nombre selon des critères uniques au pays - il m'importe de mentionner la langue, qui est, à vrai dire, l'élément clé de toute sélection - et après, de vouloir retirer à ces immigrants les conditions mêmes pour lesquelles ceux-ci étaient venus s'établir. Les incitatifs sont créés de façon complètement artificielle, certes, mais les gens s'adaptent en fonction de ceux-ci et ne méritent pas l'abus de pouvoir d'un État prétendument dicté par la démocratie, si éthique et si morale soit-elle.

D'un autre côté, une autre liberté est complètement mise de côté dans ce débat : la liberté de choix. Certains évoquent l'argument que les entreprises privées, elles, se permettent d'imposer un habit de travail à leurs employés, et qu'il est donc bien normal que l'État fasse de même. Cela se tient très bien, puisqu'il est vrai qu'une femme voilée n'a pas l'obligation de prendre un travail dans la fonction publique si cela ne cadre pas avec ses mœurs. J'ajouterais cependant une seconde inférence : l'État a un monopole sur certains services. Là réside le vrai problème.

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Dans notre réalité, que je désapprouve évidemment, il convient de faire un effort intellectuel additionnel. Effectivement, le privé garantit aux individus une forme de liberté de choix, respectée instinctivement par le marché. Dès lors, si un homme ne se sent pas confortable avec le service reçu par une personne qui expose des signes religieux évidents, ce que je ne peux pas juger, quoique cela ne soit pas mon cas, il advient possible, pour lui, d'aller voir un compétiteur.

Les besoins sont comblés de cette manière, par l'offre et par la demande. En suivant le raisonnement, on comprend rapidement que les citoyens sont dans le droit de recevoir leurs services comme ils l'entendent, puisqu'ils monnaient le tout à travers les astronomiques impôts que leur soutire l'État. Deux libertés s'affrontent donc, et aucune n'est plus légitime que l'autre. Certains y verront la leur plus légitime, nécessairement, et voudront utiliser l'État pour l'imposer aux autres. Un jour, ceux-ci se retrouveront en minorité et nous verrons le tout s'inverser. C'est un jeu sans fin qui n'apporte pas de véritables solutions au problème.

J'en arrive donc, peu subtilement j'avoue, à la conclusion suivante : ne serait-il pas bénéfique de se questionner sur l'ingérence de l'État dans la vie des individus? Faire un effort de laïcité pour les futurs fonctionnaires sans retirer les acquis à d'autres individus serait-il un compromis raisonnable en attendant de trouver la solution dans le libre marché? Si on en venait à limiter le monopole de l'État sur nos services, nous pourrions limiter ces frictions et concentrer l'énergie de ces batailles à des réalisations productives. Bien entendu, vaut mieux rêver à toute l'affaire, puisque le jeu politique engloutit toutes solutions pour le peuple. Qu'est-ce que le peuple de toute façon?

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