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27/06/2016 10:24 EDT | Actualisé 28/06/2016 11:30 EDT

Inversé ou non, un racisme reste un racisme!

Le droit au travail sans discrimination n'est pas un privilège, mais un droit garanti dans nos chartes. Il faut que l'on soit cohérent avec nous-mêmes; on ne peut pas demander d'arrêter le racisme systémique en tolérant la discrimination raciale envers ceux qui ne sont pas issus des minorités visibles.

Il y a quelques jours, Katerine-Lune Rollet qui était animatrice à MaTV n'a pas eu son contrat renouvelé; elle allègue que cela a été fait dans le but de faire plus de place à la diversité culturelle. Elle s'est préalablement montrée favorable à l'idée de refléter davantage la diversité dans notre société, et je la cite: «Je suis tout à fait d'accord que notre télévision est beaucoup trop blanche et qu'il faut bouger ».

Le blogueur au Huffington Post Québec, Will Prosper, que je respecte et admire, a réagi à cet incident dans son récent billet Du racisme inversé, vraiment?, où il dénonce ce discours de racisme inversé. Je suis en accord avec lui sur le fond, j'ai cependant quelques réserves. On n'aide pas sa cause en perpétuant les mêmes mécanismes que la diversité culturelle (ou, dans d'autres mots, les minorités visibles) dénonce comme conduisant au racisme systémique.

Définissons d'abord le racisme systémique. Selon le Barreau du Québec, le racisme systémique est:

«La production sociale d'une inégalité fondée sur la race dans les décisions dont les gens font l'objet et les traitements qui leur sont dispensés. L'inégalité raciale est le résultat de l'organisation de la vie économique, culturelle et politique d'une société».

Si on se fie à cette définition, Mme Rollet aurait bien subi une inégalité fondée sur la race, un acte de discrimination. Cependant, vu qu'il y a très peu de cas similaires dans notre société, je ne qualifierais pas le sien de racisme «systémique», car il n'est pas une production sociale. Ce qui est sûr (pour l'instant, car MaTV n'a pas encore, au moment où j'écris ces mots, contesté les propos de Mme Rollet), c'est qu'elle a bel et bien subi une discrimination à cause de sa race, n'étant pas issue des minorités visibles.

Par ailleurs, il faut bien clarifier que commettre une discrimination raciale n'est pas nécessairement raciste; plusieurs facteurs peuvent entrer en jeu, comme le fait d'avoir un quota de x % de minorité visible dans l'embauche, autrement appelé discrimination positive. Évidemment, ce qui est perçu comme étant positif pour une personne peut être négatif pour une autre!

Revenons à mes réserves sur l'article et plus spécifiquement cette citation «Même Katerine-Lune Rollet admet candidement que ''notre télévision est beaucoup trop blanche et qu'il faut bouger'' tant et aussi longtemps, semble-t-il, que ça ne touche pas à ses propres privilèges.»

Je m'excuse, mais le droit au travail sans discrimination n'est pas un privilège, mais un droit garanti dans nos chartes.

Il faut que l'on soit cohérent avec nous-mêmes; on ne peut pas demander d'arrêter le racisme systémique en tolérant la discrimination raciale envers ceux qui ne sont pas issus des minorités visibles.

Ne pas avoir son contrat renouvelé pour non-compétence est une chose, mais ne pas l'avoir à cause de sa race est complètement différent!

On ne doit pas banaliser cet incident en disant que «oui, mais si cette personne était racisée, on n'aurait pas réagi de cette manière». Il faut le dénoncer haut et fort pour toute personne, peu importe sa couleur, race ou religion.

Pour moi, notre but dans ce combat contre le racisme systémique n'est pas principalement pour une partie de la société, mais pour tous les citoyens de toute origine.

Quant à MaTV et son moyen de gestion de cette situation, je pense que c'était contre-productif. Je suis généralement en désaccord avec le principe de fixer des quotas d'embauche réservés aux minorités visibles, du moins pas pour une durée illimitée. Si on veut vraiment le rayonnement de notre diversité dans les médias et sur le marché du travail, il faut plutôt miser sur l'éducation et la sensibilisation de la société et plus spécifiquement les employeurs sur la non-différence entre un employé de «souche» et un autre issu des minorités culturelles. Il faut montrer que ce qui est important, ce sont les compétences, et non pas les origines de la personne, comme la Chambre de commerce de Montréal Métropolitaine d'ailleurs fait présentement dans son programme Interconnexion.

Je termine en répétant ce que disent beaucoup de nos leaders: il ne faut pas percevoir la diversité culturelle dans une société comme étant une menace à notre identité, mais plutôt un outil pour la renforcer, pour nous unir!

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