LES BLOGUES
02/06/2016 10:02 EDT | Actualisé 03/06/2017 05:12 EDT

Le Québec est-il vraiment colonisé?

Une majorité de militants péquistes évoque l'argument que le Québec est colonisé par le Canada, que le peuple québécois est soumis à la majorité canadienne et que la souveraineté est le seul moyen de sortie de cette grande prison qu'est le Canada! Sérieusement? Colonisé?

La démission de PKP et le déclenchement d'une nouvelle course à la chefferie du PQ ont bouleversé le Québec et, plus spécifiquement, les militants péquistes.

Les aspirants à la chefferie du PQ font de la stratégie référendaire, lors d'un premier mandat, leur cheval de bataille. Et ce, au lieu d'aborder leur vision de l'identité d'un éventuel Québec indépendant où ils veulent nous faire vivre.

Si j'ai choisi le terme «identité», c'est parce qu'on retrouve, dans le mouvement souverainiste péquiste, une panoplie d'opinions et de visions sur la nature de cette identité. Nous pouvons les résumer en deux courants:

- Un identitaire qui voit qu'un Québec indépendant doit refléter les valeurs de la majorité culturelle;

- Un égalitaire qui prône un Québec au visage de tous ses citoyens, quelles que soient leurs origines, religions ou cultures.

Bien entendu, il y a dans chacun de ces deux courants des opinions qui vont d'un extrême à un autre.

Mettons les choses au clair dès le début: la souveraineté est une cause légitime et ce billet n'a aucunement pour but de la remettre en question. Au contraire, c'est pour dénoncer les moyens qui nuisent à cette cause.

Parmi ces moyens, nous remarquons qu'une majorité de militants péquistes évoque l'argument que le Québec est colonisé par le Canada, que le peuple québécois est soumis à la majorité canadienne et que la souveraineté est le seul moyen de sortie de cette grande prison qu'est le Canada!

Sérieusement? Colonisé?

Je trouve que qualifier la relation entre le Québec et le Canada de «colonisation» est une insulte à la mémoire de tous ces martyrs qui ont sacrifié leurs vies afin de libérer leurs pays de leurs oppresseurs.

Par ailleurs, je me demande si ces militants ont lu la définition de «colonisation» ou plus précisément celle du mot «colonialisme» qui se lit comme suit selon le Larousse: «système qui préconise l'établissement et le développement de pays dépendants considérés comme sources de richesse et de puissance pour la nation colonisatrice.»

Analysons cette définition de plus près...

A) L'établissement d'un pays:

Est-ce le Canada qui a établi le Québec ou le contraire? Tout le monde sait ou bien doit savoir que c'est le Québec avec le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Écosse et l'Ontario qui ont établi et ont créé le Canada le 1er juillet 1867.

B) Développement d'un pays considéré comme source de richesse et de puissance pour la nation colonisatrice:

Je me demande qui développe qui ici. Qui est la source de richesse et de puissance de qui?

Je vous invite à lire cet article, il va vous donner un bon indice afin de trouver la réponse!

En tout cas et sans rentrer dans le système complexe de péréquation et des compétences fédérales et provinciales, je pense qu'il suffit de rappeler ce qu'est le fédéralisme, toujours selon le Larousse:

«mode de regroupement de collectivités politiques tendant à accroître leur solidarité tout en préservant leur particularisme.»

Alors entre la définition du colonialisme et celle du fédéralisme, laquelle correspond le plus à la relation Québec-Canada? Je vous laisse deviner!

Les discours populistes ne servent qu'à interpeller les émotions des Québécois au lieu de leur raison, sur une question qui ne peut être analysée qu'à tête reposée. Pour que la souveraineté ait lieu, il faut adopter un discours qui unit les Québécois et les Québécoises, qui ne cherche pas à les séparer entre traitres et patriotes, car je présume qu'un Québec indépendant va être pour tous ses citoyens et non pas seulement pour une partie de ceux-ci!

Finalement, je termine par cette citation d'un billet datant de 2008 que j'ai lu récemment:

«Un jour, les souverainistes ouvriront les yeux et reconnaîtront qu'autour d'eux, il n'y a pas qu'une bande de colonisés, bienheureux inconscients ou pathétiques brebis égarées. Il y a aussi au Québec des personnes cultivées, ouvertes sur le monde, qui raisonnent et analysent, qui soupèsent les enjeux, qui ont des valeurs et des rêves extraordinaires.

Le jour où les souverainistes admettront qu'il est possible, et même probable, que des personnes intelligentes puissent considérer que les frontières politiques ou administratives ne sont pas le frein principal à l'atteinte de nos idéaux, ce jour-là, de véritables débats vont pouvoir commencer...»

À LIRE AUSSI SUR LES BLOGUES

>Identité: un projet pour tous les Québécois, la Concordance culturelle - Jean-François Lisée

>Se connecter au peuple dont nous nous réclamons - Catherine Fournier

>Finances et indépendance: entrevue avec Maxime Duchesne - Étienne Boudou-Laforce

VOIR AUSSI SUR LE HUFFPOST

Galerie photo Des patriotes de 1837 Voyez les images