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20/02/2017 09:17 EST | Actualisé 20/02/2017 09:17 EST

Beau malaise, mauvais malaise

Ce que je dénonce, ce sont les doubles standards, doubles mesures quand il s'agit de la religion, et plus spécifiquement la religion musulmane.

Septembre dernier, j'ai entendu dans les nouvelles qu'une personne enseignante de primaire, mariée et ayant deux enfants, a changé de sexe. Toute une gestion d'adaptation s'est faite au niveau de la commission scolaire concernée afin de préparer son retour en classe. Des ateliers pour ses élèves ont été réalisés pour les sensibiliser et les informer sur la transsexualité. Les parents ont également été consultés pour leur permettre de s'exprimer sur le sujet. On peut le deviner, beaucoup n'étaient pas très enthousiastes, la transphobie et la stigmatisation entourant la communauté trans étant bien réelles. Bien entendu, la réaction de chacun de nous varie selon ses mœurs et ses valeurs.

Pour moi, tout ça est sain et normal. C'est ça, l'humain. Certaines choses lui causent des malaises, d'autres le confortent. Et, même pour les malaises, ce sont de beaux malaises à mon avis.

Vous me demanderez: mais comment est-ce que cette situation peut être un beau malaise? La réponse est simple: on n'a pas décidé de la congédier, on ne s'est pas demandé si elle va "influencer nos enfants". Si cela prouve quelque chose, c'est que notre société est cohérente avec elle-même. Que nos libertés fondamentales ne seront jamais compromises ou sacrifiées sur l'autel de nos humeurs et malaises.

Pour cette prof (elle s'identifie maintenant comme femme trans), la commission scolaire n'a même pas pensé à la renvoyer, à lui demander de démissionner, d'arrêter d'enseigner ou encore à lui offrir un poste administratif. Non, ils ont tout fait, et avec raison, pour qu'elle continue à exercer ses fonctions d'enseignante de la manière la plus normale qui soit. Cette nouvelle n'a pas fait scandale, elle est passée sous le silence total de nos médias.

Maintenant, imaginons le cas d'un autre enseignant, plus spécifiquement celui d'une enseignante musulmane, qui décide de porter le voile. Est-ce qu'on réagirait de la même manière? En faisant des ateliers de sensibilisation et des réunions avec les parents, pour les rassurer que cette situation n'aille pas affecter leurs enfants? J'ai un sérieux doute là-dessus.

On peut imaginer toutes sortes de discours comme «je ne veux pas que mon enfant soit influencé», «les signes religieux doivent être interdits chez les enseignants», «il faut que l'école publique soit laïque», etc. Je me demande seulement pourquoi, dans le 1er cas, un changement de sexe ne cause pas de problème alors que, dans le 2e cas, c'est l'apocalypse? La religion et l'identité/expression de genre ne sont-ils pas deux motifs discriminatoires reconnus à niveau égal? Vous savez, nos libertés fondamentales ne sont pas hiérarchisées. Elles sont toutes égales.

Mais malgré ça, une partie de l'opinion publique québécoise continue de considérer la religion et sa pratique comme rétrograde; c'est un mauvais malaise. Et c'est là que ça blesse, c'est là où je trouve qu'il y a une incohérence ostentatoire.

Ce que je dénonce, ce sont les doubles standards, doubles mesures quand il s'agit de la religion, et plus spécifiquement la religion musulmane.

Si l'enseignant a un pouvoir d'influence sur ses élèves, pourquoi trouve-t-on cela acceptable dans le premier cas, mais intolérable dans le second? Comprenez-moi bien, je ne dis pas que les deux situations doivent être intolérables, loin de là! Ce que je dénonce, ce sont les doubles standards, doubles mesures quand il s'agit de la religion, et plus spécifiquement la religion musulmane.

Si cela démontre une chose, c'est qu'une partie significative de la population au Québec ne comprend pas la signification d'une liberté fondamentale. Au Canada comme au Québec, les droits fondamentaux sont tous au même pied d'égalité.

Les deux cas sont identiques. Les deux présentent des choix individuels dont l'exercice est garanti par nos chartes, des trésors qu'on ne doit jamais contaminer avec nos malaises et notre fermeture d'esprit. On appelle la loi dans une jungle « la loi de la jungle » justement pour illustrer qu'il n'y a pas de lois qui gouvernent le comportement de ses habitants. C'est la loi du plus fort, plus précisément la loi de l'humeur du plus fort et, à ma connaissance, au Québec et au Canada, nous ne vivons pas dans une jungle.

Alors, pour revenir au titre de ce billet, les malaises, qu'ils soient beaux ou mauvais, ne doivent jamais compromettre les règles du vivre-ensemble qui trouvent leur fondement dans les chartes et le respect des droits d'autrui, qu'on soit ou non en accord avec lui. Alors, de la même manière, je demande de respecter les droits des personnes transsexuelles (binaires ou non binaires) et de ne pas les obliger à choisir entre leur identité/expression de genre et leur travail, je demande aussi de respecter les droits des enseignants et toute autre personne de porter des signes religieux et d'afficher leur religiosité sans que cela ne les oblige à choisir entre leur liberté de conscience et leur travail.

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