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20/05/2016 10:06 EDT | Actualisé 21/05/2017 05:12 EDT

Sociofinancement et médias démocratiques

La force des journaux communautaire est précisément de ne pas être dépendants de la publicité des entreprises et d'être libre de toute ingérence étatique tout en étant gratuits.

Les moyens de communication sont des moyens de production affirmait avec raison Raymond Williams. Rien de plus évident à l'heure où la concentration des richesses atteint des sommets scandaleux. Comme les moyens de production traditionnels, les médias s'agglomèrent de plus en plus et leur production s'uniformise elle aussi. La production et la diffusion des idées deviennent l'apanage d'une minorité, souvent de connivence avec le patronat médiatique et il n'est pas étonnant de voir que plusieurs journalistes, une fois leur carrière faite, rejoignent les rangs des partis dominants. De surcroit, l'emprise de la publicité est totale et il est difficile d'imaginer quel type d'indépendance les médias peuvent posséder par rapport à cette source de financement dont ils dépendent tant.

En réponse à cette façon de produire et de diffuser des informations et des idées, des groupes communautaires permettent à tous et à toutes d'avoir accès à des médias gratuits, sans publicité et sur lesquels l'État n'a pas de contrôle direct. Depuis peu, il m'a été donné la chance de faire la découverte d'un de ces médias communautaires de la région de Sherbrooke. Il s'agit d'un journal portant le nom d'Entrée Libre, un petit bijou qui se trouve gratuitement presque partout dans la ville et qui est actuellement en campagne de sociofinancement. Grâce à ce média, la population locale peut s'exprimer librement sans payer et sans se faire enterrer sous la publicité d'entreprises qui considèrent qu'un journal sert moins à informer qu'à charmer le lectorat.

La force des journaux communautaire est précisément de ne pas être dépendants de la publicité des entreprises et d'être libres de toute ingérence étatique tout en étant gratuits. En contrepartie cependant, les journaux communautaires nécessitent un support de la part de la population. D'où l'importance des campagnes de sociofinancement, un processus qui permet à des médias comme Entrée Libre d'exister et de se développer indépendamment des pouvoirs en place.

En donnant la parole à tous et à toutes sans passer par divers filtres sélectifs, les médias de ce type permettent à la population de s'exprimer en dehors des clous. Il s'agit d'un contrepouvoir intéressant qui mérite d'être soutenu, quelle que soit notre orientation politique. En effet, il est bien connu que le parlementarisme canadien et québécois ne sépare presque pas les pouvoirs et que l'un des seuls moyens que possède la population pour se faire entendre passe par l'occupation de l'espace public et médiatique. Or, comme il a été expliqué plus haut, les médias traditionnels peinent à fournir un tel espace aux gens ordinaires et sont soumis à des impératifs multiples qui viennent obstruer la voie à une démocratisation des moyens de communication.

C'est ici que les médias communautaires comme Entrée Libre ont leur rôle à jouer dans une perspective démocratique et c'est pourquoi il est important de participer aux campagnes de sociofinancement de ceux-ci. L'accès à la participation médiatique est la condition sine qua non de la démocratie politique. Sans cela, les débats d'idées stagnent et sont monopolisés par le bipartisme habituel.

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