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14/01/2016 09:49 EST | Actualisé 14/01/2017 05:12 EST

La guérilla révolutionnaire kurde: solution contre l'État islamique

Le fer de lance de la lutte contre le terrorisme islamique doit être la révolution kurde. Sans cela, le problème ne sera que repoussé de quelques années et les victimes témoigneront de cette erreur.

Dans un billet précédent intitulé «Généalogie profane du jihad», nous avons observé les conditions sociopolitiques ayant donné naissance à cette nouvelle forme de jihad «total» mise en pratique par les groupes islamiques comme l'EI. La conclusion à laquelle nous sommes arrivés: il s'agit en réalité d'un jihad défensif s'étant répandu mondialement suite aux politiques agressives menées par l'URSS et par les États capitalistes.

En somme, les efforts déployés afin d'administrer la région du Moyen-Orient de l'extérieur ont échoué et les gouvernements fantoches se sont écroulés rapidement pour laisser place à des groupes fondamentalistes. Dès lors, il faut comprendre que l'actuelle tentative visant à vaincre l'État islamique et à «pacifier» la région est également vouée au fiasco. Advenant le cas d'une victoire contre l'EI, il ne faudrait probablement que quelques années pour que la situation dégénère une fois de plus.

Que faire? Faut-il combattre vainement l'État islamique ou abandonner tout espoir de changement? Pas tout à fait, une autre voie existe, bien qu'elle soit risquée compte tenu de l'accumulation des bourdes dans la région. Cette possible solution, c'est la révolution kurde qui se produit en ce moment même dans la région autonome de Rojava au nord de la Syrie. Face au groupe État islamique, les révolutionnaires kurdes construisent une utopie concrète dans laquelle femmes et hommes sont libres et égaux et travaillent à l'édification d'un nouveau régime politique nommé «confédéralisme démocratique».

Comme tout phénomène sociopolitique, il est impossible de prédire avec une certitude totale son avenir. Cependant, la guérilla menée par le Parti des travailleurs kurdes (PKK) et le Parti de l'union démocratique (PYD) laisse entrevoir des possibilités intéressantes. Influencés par la révolte zapatiste ainsi que par des théoriciens comme Murray Bookchin, les révolutionnaires kurdes veulent mettre en pratique un socialisme libertaire laïque et féministe. Plus précisément, le manifeste écrit par Abdullah Ocalan explique qu'il s'agit d'une forme de gouvernement visant un fédéralisme démocratique à la fois paritaire et pluriethnique.

Économiquement, les révolutionnaires kurdes veulent modifier la répartition, mais également la création de richesse afin qu'elle soit indexée aux besoins de tous et de toutes tout en respectant une gamme de critères écologiques. Une option qui contraste fortement avec les deux autres offertes: un califat réactionnaire fondamentaliste ou un gouvernement néocolonial fantoche téléguidé par les États capitalistes.

Il s'agit également d'un choix pragmatique étant donné que les Kurdes ont fait leurs preuves en défendant avec succès la ville de Kobané il y a à peu près un an. Notons aussi que malgré le peu d'attention médiatique, ils attirent énormément de combattants et de combattantes. De plus, l'alternative politique et économique qui est proposée par les organisations révolutionnaires a le mérite d'être bien plus démocratique que les prétendues alternatives imposées par les nations néocoloniales. Cette démocratie est la clé d'une nouvelle stabilité puisque la population ne se retrouve plus en face d'un État autoritaire sur lequel elle n'a aucune emprise.

Toutefois, une entrave sérieuse handicape les Kurdes: la Turquie. En effet, cet État ne cesse de saboter les efforts révolutionnaires par crainte qu'ils ouvrent la voie à la souveraineté d'une région géographique appelée Kurdistan turc. Par ailleurs, certaines organisations comme le PKK sont jugées criminelles dans plusieurs pays occidentaux à cause d'actions armées commises notamment contre des casernes militaires turques. Il est également avéré que la Turquie fait depuis longtemps une campagne de propagande négative contre les révolutionnaires en leur associant des crimes et des forfaits qu'ils démentent de leur côté.

C'est ici qu'il est possible d'intervenir concrètement pour les États occidentaux. Il faut premièrement cesser de criminaliser les révolutionnaires kurdes puisqu'ils et elles ne constituent pas une menace pour nous.

Deuxièmement, la reconnaissance du droit à l'autodétermination du peuple kurde doit être reconnue au niveau international.

Troisièmement, il faut dénoncer, voire sanctionner sévèrement la Turquie, qui constitue une nuisance dans le conflit actuel.

Finalement, il est impératif d'entrer en relation avec les leaders kurdes afin de connaître les besoins de leur cause et les aider. Cependant, il faut comprendre que les États occidentaux ne doivent plus dicter l'agenda de la région et que leur sécurité sera mieux assurée s'ils acceptent d'être en deuxième ligne. Le fer de lance de la lutte contre le terrorisme islamique doit être la révolution kurde. Sans cela, le problème ne sera que repoussé de quelques années et les victimes témoigneront de cette erreur.

Pour conclure, la vague réactionnaire qui ravage actuellement la Syrie, l'Irak et, indirectement, le monde entier ne peut être brisée que par une autre vague tout à fait opposée. Soyons lucides, la gestion néocoloniale a été un échec coûteux en termes de vies humaines, et la situation ne s'est assurément pas améliorée, comme nous pouvons le constater.

Bien évidemment, il serait utopique de croire que la guérilla kurde à elle seule pourrait venir à bout de l'État islamique. Toutefois, si leur initiative se voit jalonnée de succès, nous pouvons raisonnablement miser sur la propagation d'un nouveau zeitgeist libertaire traversant la région et qui, ultimement, ébranlerait les fondations du terrorisme islamique.

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