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15/02/2017 09:39 EST | Actualisé 15/02/2017 09:39 EST

La vraie censure

Il est clair qu'il existe une censure imaginaire contre laquelle s'insurgent certains chroniqueurs et certains animateurs de radio, il n'en reste pas moins qu'il existe une vraie censure et que celle-ci mérite d'être exposée et dénoncée.

La semaine dernière, je publiai un texte intitulé La censure imaginaire dans lequel l'objectif était de démonter le mythe d'une prétendue censure décriée par des individus qui, à l'heure actuelle, ont une tribune dans les plus grands médias. Brièvement, ce qui faisait l'objet du billet était le fait que ces personnes créaient la confusion en amalgamant critique et insultes au concept de censure, c'est-à-dire un acte de répression sérieux. Cela étant dit, s'il est clair qu'il existe une censure imaginaire contre laquelle s'insurgent certains chroniqueurs et certains animateurs de radio, il n'en reste pas moins qu'il existe une vraie censure et que celle-ci mérite d'être exposée et dénoncée.

En effet, il suffit d'aller jeter un œil au classement mondial de la liberté de presse de Reporters sans frontières, aux divers rapports d'Amnistie internationale ou à ceux de Human Rights Watch pour constater que la liberté de presse et d'opinion est encore menacée de nos jours. La vraie censure, c'est quand Malala Yousafzai subit une tentative de meurtre pour avoir fait la promotion de l'éducation pour les femmes ou encore quand les Pussy Riot sont condamnées aux travaux forcés pour avoir contesté Poutine et profané des symboles religieux. C'est aussi ce qui s'observe en ce qui a trait aux cas de Chelsea Manning et d'Edward Snowden, deux personnes dont la dissidence avérée a donné lieu à des problèmes judiciaires importants. Pour finir sur ce bref tour d'horizon des cas les plus célèbres depuis le début de la décennie, il est impossible de ne pas mentionner Raif Badawi dont la sentence est un exemple indéniable de ce qu'est la censure.

Cette appropriation du concept de censure pour lui faire dire autre chose que ce qu'il signifie réellement est assez exaspérante.

N'en déplaise à un « censuré » notoire qui donne son opinion sur tout et sur n'importe quoi, il faut quand même rappeler que traiter de « cave » monsieur Badawi , un symbole de résistance contre la censure, n'était pas particulièrement brillant. De même, aux États-Unis de nombreux démagogues « rebelles » s'en sont pris à Manning ou à Snowden tout en beuglant contre la « censure » dont ils seraient victimes. Cette appropriation du concept de censure pour lui faire dire autre chose que ce qu'il signifie réellement est assez exaspérante.

Toutefois, la censure peut aussi être plus subtile, sans être confondue par la simple critique contre laquelle s'empennent en réalité les « censurés » autoproclamés. Ainsi, la mise sous surveillance de journalistes ou l'obligation de divulguer les noms de lanceurs et des lanceuses d'alertes constitue une forme de censure, car elle expose ces personnes à une répression étatique bien réelle. Il s'agit d'une violence drapée de velours qui est pourtant bel et bien présente dans nombre d'États faisant la promotion de la liberté d'expression et de la liberté de presse.

En somme, il est clair qu'il existe actuellement une vraie censure occultée par la crainte d'une censure imaginaire et fantasmée qui est constamment remise au-devant de la scène par une poignée de démagogues. À ceux-ci, j'aimerais adresser un grief sérieux concernant l'instrumentalisation d'un mot à des fins purement promotionnelles alors qu'à l'heure actuelle il y a de véritables luttes à mener pour la liberté d'expression. Justement, par rapport à ces combats, il n'est pas inutile de rappeler l'inaction du précédent gouvernement conservateur et du présent gouvernement libéral dans l'affaire Badawi. Car c'est une chose de se vanter d'être une nation ouverte et libre, mais c'en est une autre que d'agir concrètement pour faire respecter ces valeurs pour tous et pour toutes. Quant au gouvernement du Québec, son consentement à la surveillance policière de plusieurs journalistes est plus qu'inquiétant.

Voilà en somme un bref survol de l'état des lieux en ce qui concerne la vraie censure et ce qui la démarque de la censure imaginaire. La première pose toujours problème à l'heure actuelle et mérite d'être combattue par tout individu se revendiquant moindrement démocrate.

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