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18/12/2016 08:22 EST | Actualisé 18/12/2016 08:22 EST

La droite et l'État

Il serait bien ridicule de réduire le débat entre la gauche et la droite à la question de «plus» ou de «moins» d'État puisque la prétention de quantifier ainsi les politiques ne fait aucun sens. La réalité est qu'en général, la gauche et la droite veulent des configurations étatiques différentes.

Tenter de définir la droite et la gauche en quelques phrases, voire en quelques paragraphes, est un exercice dont l'échec est assuré dès le début. Ce qui se produit généralement, c'est que la personne qui tente une définition met son camp en valeur et fait paraître l'autre comme étant médiocre.

Cela étant dit, une définition plutôt populaire et réductrice circule depuis un bon moment grâce à nombre de populistes qui représentent la gauche comme le camp qui voudrait « plus » d'État alors que la droite en voudrait « moins ». Hormis le fait que cette définition pose le problème de savoir comment mesurer la quantité d'État, il faut aussi avouer qu'elle passe à côté de faits particulièrement importants. En réalité, il semble bien que la droite soit aussi étatique que la gauche, mais qu'elle le soit autrement. Afin de mieux l'illustrer, il n'est pas inintéressant de scinder le camp de tribord en deux grandes familles: la droite morale et la droite économique.

Du côté de la droite morale associée aux valeurs conservatrices, il est évident que la passion de l'État est bien ancrée. Pour s'en convaincre, il suffit de considérer le fait qu'il s'agit généralement d'un mouvement qui demande un interventionnisme assez fort afin d'interdire certaines pratiques telles que le mariage entre personnes de même sexe, les avortements ou encore la simple présence de toilettes publiques mixtes. De plus, cette droite morale se fait aussi l'apôtre d'un État particulièrement robuste en matière de châtiments et de punitions. C'est pourquoi elle soutient à grand coup de subvention un système carcéral et répressif toujours plus grand. Pour finir, il est impossible de passer à côté de la question de l'immigration, ce domaine où les chantres du conservatisme souhaitent plus qu'ailleurs un État bien gros et bien fort pour pouvoir s'opposer aux vagues migratoires.

De l'autre côté, ceux et celles qui font la promotion d'une droite économique ne sont pas nécessairement aussi antiétatiques qu'ils et elles le prétendent. En effet, cette droite qui se revendique dans certains cas du libertarianisme est particulièrement frileuse à l'idée de laisser les conflits de travail se régler entre la partie patronale et le camp des travailleurs et des travailleuses. C'est pourquoi elle est généralement la première à vociférer qu'il faut absolument que l'État s'en mêle par une loi spéciale. Par ailleurs, même si cette droite se fait critique du financement public dans le domaine de la culture, elle est particulièrement muette lorsque le gouvernement intervient pour créer, avec les deniers publics, des infrastructures de transport spécialement dédiées à une ou une poignée d'entreprises. Quant au domaine des relations internationales, n'est-il pas ironique que cette même droite se serve des mécanismes de l'État afin d'intervenir parfois assez brutalement dans la politique d'autres pays dans le but de protéger les intérêts de certaines compagnies?

En somme, il serait bien ridicule de réduire le débat entre la gauche et la droite à la question de « plus » ou de « moins » d'État puisque la prétention de quantifier ainsi les politiques ne fait aucun sens. La réalité est qu'en général, la gauche et la droite veulent des configurations étatiques différentes. À droite, cela s'exprime soit par un État conservateur intervenant fortement afin de préserver un prétendu ordre moral ou encore par des interventions étatiques ayant pour but de favoriser les intérêts des grandes entreprises. La plupart du temps, ces deux droites convergent pour ne faire qu'un seul et même mouvement.

Pour conclure, ce sont ironiquement les mêmes personnes qui veulent réduire la taille de l'État qui souhaitent également utiliser les forces policières afin de défaire les grèves, des frontières plus solides pour limiter l'immigration et une armée plus imposante pour « défendre » le pays. N'est-ce pas une drôle de manière de vouloir « moins d'État »?

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