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26/09/2016 01:24 EDT | Actualisé 26/09/2016 01:25 EDT

Comment Trump a-t-il été rendu possible?

Une boutade populaire sur internet compare Trump à la personnification de la section commentaire des médias en ligne.

Chaque jour depuis le début de l'année a été l'occasion d'une pluie d'articles sur Donald Trump. Toutes les attaques ont été faites. À droite comme à gauche, dans le camp libertarien comme dans celui des socialistes, chez les conservateurs chrétiens comme chez les féministes, toutes les tendances l'écorchent d'une flèche. Et pourtant, celui-ci s'en sort très bien et pourrait sérieusement devenir président de la plus grande puissance mondiale. Un tel succès, aussi effroyable qu'il soit, mérite d'être analysé sans biais sentimentaux. Comment Trump a-t-il été rendu possible? Voilà la question qui est rarement abordée dans les articles à son sujet et qu'il incombe d'examiner.

Une première observation qu'il est possible de faire est que son discours s'adresse à la masse, c'est-à-dire à aucune classe sociale précise. Contrairement à Bernie Sanders, l'outsider du parti adverse qui avait misé sur les travailleurs et les travailleuses, Trump parvient à se faire aimer à la fois par les personnes les plus démunies du pays ainsi que par les plus riches. De même, la religion musulmane exclue, le discours du milliardaire permet de prendre des votes dans chacune des grandes confessions. Une part de la communauté chrétienne peut trouver son compte en ce qui a trait aux positions contre l'avortement ou dans son choix de colistier et une part de la communauté juive peut saluer son engagement en faveur d'Israël. Plusieurs athées peuvent même se réjouir puisque Trump, pour un républicain, ne mène pas un train de vie confessionnel très ostentatoire.

«Une boutade populaire sur internet compare Trump à la personnification de la section commentaire des médias en ligne»

La seconde observation majeure en ce qui a trait aux sources de la popularité du milliardaire provient du fait que son discours et ses politiques incarnent tout à fait le discours démagogique éclectique. À ce sujet, une boutade populaire sur internet compare Trump à la personnification de la section commentaire des médias en ligne. En effet, ses propos comportent bel et bien des points traditionnellement associés à la gauche ainsi que d'autres liés à la droite conservatrice et chrétienne, tout comme il y en a aussi qui se rapprochent des positions libertariennes. Le seul point en commun derrière cet éclectisme est une gamme de sentiments négatifs allant de la haine à la colère en passant par le dégout.

«Trump a été rendu possible parce qu'il représente mieux que toute autre personne l'être messianique qui séduit la masse d'hommes et de femmes dont la vie monotone s'est déroulée sous le signe de l'échec»

En considérant ces deux observations, il est possible de remarquer une ressemblance frappante avec l'analyse que Hannah Arendt fait des mouvements totalitaires et de leur popularité dans la première moitié du XXe siècle. Pour celle-ci, ce sont les masses qui constituent le salage sur lequel s'édifie le tyran totalitaire. Or, ces masses Arendt les analyses comme des multitudes d'individus atomisés dont le caractère psychologique se révèle être celui de personnes percevant leurs vies comme des échecs résultants de plusieurs injustices. «La principale caractéristique de l'homme de masse n'est pas la brutalité et l'arriération, mais l'isolement et l'absence de rapports sociaux normaux», écrit-elle. Dans un tel contexte, l'être humain de masse acquiert un certain «désintérêt de soi», ainsi que le «sentiment de pouvoir être sacrifié», ce qui le transforme en véritable soldat-citoyen fragment de la figure politique qui incarne et son ressentiment et ses espoirs.

En bref, Trump a été rendu possible parce qu'il représente mieux que toute autre personne l'être messianique qui séduit la masse d'hommes et de femmes dont la vie monotone s'est déroulée sous le signe de l'échec. Ces personnes chargées d'un ressentiment amer ne s'organisent pas selon leurs classes sociales parce qu'elles vivent leur trouble individuellement et trouvent en Trump l'homme de la négation et du ressentiment qui représente parfaitement ce qui bouille en elles.

Comme il a été mentionné plus haut, attaquer Trump est un geste valorisé dans presque toutes les tribus politiques. Toutefois, s'attaquer aux vraies conditions ayant produit ce Frankenstein politique n'est l'apanage que d'une minorité pour l'instant et c'est là que commence la tragicomédie. En effet, même si le milliardaire perd les élections, il demeure que les causes l'ayant produit resteront presque intactes. Dès lors, ce ne sera qu'une question de temps avant que tout ne recommence. La meilleure façon de se débarrasser de la mauvaise herbe restera toujours de l'arracher jusqu'à la racine.

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