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07/02/2016 09:26 EST | Actualisé 07/02/2017 05:12 EST

L'antilogie capitaliste, critique et alternatives I

Son constat? « Sur une planète où toutes les cinq secondes un enfant de moins de dix ans meurt de faim, détourner des terres vivrières et brûler de la nourriture pour en faire du carburant constituent un crime contre l'humanité ».

Le présent texte s'insère dans une série de cinq billets de blogue ayant pour but de critiquer le capitalisme et de présenter des alternatives concrètes. La première partie présentée ci-dessous tentera d'examiner les principales failles du système économique et politique actuel et de démontrer la nécessité de changer de paradigme.

«L'argent a le pouvoir d'affamer, non d'être comestible», écrivait en 1999 Raoul Vaneigem à la lisière d'un siècle qui se terminait unifié par la victoire du capitalisme libéral. Quelques années plus tard, le rapporteur spécial de l'ONU pour le droit à l'alimentation, Jean Ziegler, publia Destruction massive, un ouvrage synthétisant ses découvertes. Son constat? « Sur une planète où toutes les cinq secondes un enfant de moins de dix ans meurt de faim, détourner des terres vivrières et brûler de la nourriture pour en faire du carburant constituent un crime contre l'humanité ». Partant de cette accusation, il s'agit désormais de juger le capitalisme par rapport à sa capacité à répondre aux besoins individuels.

Pour commencer, il faut transcender les jugements concernant la responsabilité personnelle ou collective afin de poser une question encore plus fondamentale. Se pourrait-il que le type de raisonnement exigé pour le fonctionnement de l'infrastructure économique capitaliste soit incompatible avec la rationalité sensible des êtres vivants? La question se pose puisque c'est ce type d'entendement pratique qui permet aux êtres vivants de combler leurs besoins et leurs désirs. De fait, la raison sensible recherche toujours une certaine valeur d'usage permettant de cheminer au gré des besoins. Dans le cas de l'être humain, l'itinéraire hiérarchique de cette faculté fait en sorte que les besoins des échelons supérieurs sont difficilement accessibles si ceux de la base sont négligés.

D'autre part, un autre type de raison pratique motive certaines actions individuelles. Il s'agit de la rationalité capitaliste. Celle-ci est évidemment indexée sur la valeur d'échange qui correspond à un rendement quantifiable et monnayable, l'antithèse de la valeur d'usage sensible. Bien sûr, cette rationalité marchande est tout à fait contingente, sinon comment expliquer le développement tardif du capitalisme dans l'histoire de l'humanité? À ce stade, il faut nécessairement conclure qu'il existe une antinomie entre ce qui est rationnel pour le capitalisme (maximiser la valeur d'échange) et ce qui est rationnel pour l'être vivant (maximiser la valeur d'usage).

Considérant cette insoluble contradiction théorique, il serait judicieux d'exposer ce que cela signifie concrètement pour chacune des catégories de besoins individuels. Dans l'introduction, il a été démontré que la rationalité marchande pouvait sacrifier des denrées alimentaires afin de produire du carburant se vendant plus cher ce qui constitue une entrave aux besoins physiologiques de base. Le besoin de sécurité est quant à lui menacé de plusieurs façons. Le meilleur exemple est probablement celui de la menace structurelle de crises économiques qui créent momentanément un climat d'imprévisibilité et d'insécurité généralisé pour la majorité des individus. Le cas actuel de la Grèce est ici assez représentatif.

Quant aux autres besoins dits supérieurs : appartenance, estime, amour et accomplissement de soi, ils sont logiquement menacés du simple fait que les autres besoins soient en danger. Par ailleurs, la fixation de la rationalité capitaliste sur le rendement crée des conditions qui forcent la plupart des individus à consacrer leur temps actif à un travail salarié. Cet état de fait sape la possibilité de combler les besoins supérieurs en limitant de beaucoup le temps ainsi que l'énergie disponible pour l'édification existentielle.

De surcroit, un paradoxe important doit être considéré dans le rapport entre la rationalité sensible et son antagonisme capitaliste. Le principe de rendement permettant le maintien du système économique actuel rend parfaitement possible la diminution du temps de travail, de la productivité et de la surconsommation grâce aux innovations sur lesquelles il s'est appuyé. Cependant, le système capitaliste achopperait solidement s'il s'indexait sur la qualité de vie de l'individu et non sur le rendement monétaire. En effet, les entreprises privées ne peuvent survivre autrement que par un accroissement illimité du profit.

Comment faire alors pour juguler la menace postcapitaliste sans avoir recourt à une régression technologique absurde? C'est ici qu'intervient la notion de «désublimation répressive» apparaissant chez Marcuse dans Éros et civilisation. Il s'agit précisément d'un mécanisme d'assujettissement via la provocation prématurée des désirs afin d'éviter toute progression qualitative. Se présentant souvent sous forme d'un grégarisme exalté, la désublimation répressive permet en premier lieu d'enchainer les besoins individuels à des cibles maximisant la valeur d'échange. En conditionnant une habitude de surconsommation aliénante, la justification et le renforcement du principe de rendement apparaissent donc légitimes. Ainsi, le système capitaliste crée objectivement les conditions de son dépassement, mais développe, pour s'en prémunir, une carapace aliénante qui empêche la raison sensible de murir jusqu'au point d'ébullition politique.

Quel jugement porter sur la capacité du capitalisme à satisfaire les besoins individuels? Il semble évident que le système capitaliste ait traversé de grandes contradictions structurelles qui l'empêchent de progresser en accord avec l'entendement sensible. Non seulement son mode de raisonnement est théoriquement opposé à celui du vivant, mais en pratique, cela se répand à tous les niveaux de besoins. Ironiquement, son principe de rendement crée la possibilité du dépassement de cette contradiction. Mais la superstructure politique se fait complice et sauve in extremis les institutions économiques désuètes en mettant à profit une aliénation désarmante.

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