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21/03/2015 08:09 EDT | Actualisé 21/05/2015 05:12 EDT

Attaque du Bardo: mon groupe a été le plus atteint par cette attaque

ATTENTAT - Je suis guide touristique à Tunis. J'ai vécu de plein fouet l'attaque terroriste qui a eu lieu mercredi 18 mars et qui a coûté la vie à 21 personnes. Je suis très éprouvé par ces événements, mais je souhaite livrer le témoignage suivant. Ce sera le dernier que je donnerai.

Avant 13h, quelques minutes avant que l'attaque n'ait lieu, je suis arrivé au musée dans un bus, qui acheminait aussi mes clients. Le bus s'est garé sur le stationnement, en face de l'entrée principale. La majorité de mes clients étaient des personnes âgées de nationalité italienne. J'ai pris leurs vouchers et suis allé retirer les billets d'entrée à l'accueil. Quelques-uns des touristes qui voulaient se dégourdir les jambes m'ont accompagné. Arrivé près de l'entrée, j'ai entendu des tirs, l'un des touristes me parle de coups de feu. J'ai trouvé cela tellement invraisemblable que j'ai répondu du tac au tac: «Non, impossible».

Et là, à cet instant, j'ai vu un type pointer son arme vers le bus et tirer. Un homme tout à fait ordinaire, d'allure jeune, la vingtaine pas plus, habillé normalement. Pas barbu. Une fois la stupeur passée, mon instinct de survie me recommanda de courir. J'ai fait rentrer dans le musée les quelques touristes qui restaient sur le perron. Ils ont couru vers les salles. Mais comme les tirs commençaient à s'approcher de nous, je me suis dit qu'il fallait que nous sortions du musée.

Je connais très bien les lieux et j'ai emmené le groupe vers l'entrée latérale, à côté du fameux bassin chrétien en croix. L'ancienne porte d'entrée du musée qui donne sur le stationnement de l'Assemblée était verrouillée. Nous étions près d'une centaine de personnes, des touristes de toutes les nationalités, dont certains Tunisiens, et des employés du musée, à chercher refuge. Alors que les coups de feu se rapprochaient et s'intensifiaient, on s'est dirigé vers une salle latérale qui était fermée aux visites. Dans cette pièce, je savais qu'il y avait deux portes, dont l'une donne sur un poste de police. Nous avions le choix, soit nous sortions sans savoir ce qu'il y avait dehors, soit nous restions enfermés, avec la crainte que les terroristes nous trouvent.

Je me suis donc dirigé vers la première porte. Mais elle était fermée. La seconde a cédé et tout le groupe a pu rejoindre le bâtiment de l'Assemblée où nous sommes restés plus de deux heures.

Lors de l'attaque contre notre bus, le chauffeur a baissé la tête et a eu la vie sauve. Les deux passagers assis derrière moi, un vieux couple de Milanais joyeux et heureux, n'ont pas eu cette chance. Ils sont morts sur le coup. Je les pleure encore. En tout sept de mes clients italiens sont morts, et quelques-uns ont été blessés. Je n'ai pas les chiffres détaillés. Mon groupe a été le plus atteint par cette attaque.

Parmi les survivants, beaucoup m'ont remercié et embrassé. Mais je n'éprouve pas de joie. Ni de fierté. Je ne sais pas que ressentir. La plupart de mes clients étaient des personnes âgées. Je n'ai fait que mon devoir.

Par la suite, nous avons raccompagné les touristes à la Goulette, le port de Tunis où s'amarrent les bateaux de croisière. Nous avons compté les survivants. C'était douloureux. Trop de gens manquaient à l'appel. C'est dur. Très dur.

Il aurait suffi de quelques minutes pour ne pas avoir eu à vivre cela. Ces minutes et ces secondes de retard ou d'avance qui font la différence.

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