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01/03/2015 07:19 EST | Actualisé 01/05/2015 05:12 EDT

L'évasion fiscale, le djihad et la sécurité nationale

La communauté internationale coopère afin d'éviter de voir naître des pays mafieux, avec des idéologies déstabilisatrices, qui risquent de mouvementer les frontières fragiles. L'évasion fiscale n'est pas un dossier inoffensif... la combattre est un devoir pour chaque gouvernement.

L'expression « blanchiment d'argent » vient du fait que l'argent acquis de manière illicite, c'est-à-dire issu des trafics criminels, du travail au noir, de vol de marchandises, de la vente drogue, de la prostitution ou d'autres activités douteuses, passe du circuit irrégulier vers la légalité, et ainsi prend forme sous une apparence honnête.

Le blanchiment consisterait donc, selon la pensée conforme, à dissimuler des sommes illégitimes en les faisant apparaître comme légales (CANAFE 2007).

Dans la mythologie urbaine, l'expression « blanchiment d'argent » viendrait du fait que le mafioso Al-Capone aurait racheté, en 1928, à Chicago, une chaîne de buanderies. Ce commerce légal lui permettait ainsi de légitimer son « argent sale ». Avec l'avancement technologique et la numérisation des transactions financières, cette action sévit sous une autre nomination, où elle devient aussi «évasion fiscale».

Cette dernière touche aussi bien les fortunes physiques que morales, malgré la complexité des démarches. Le « blanchiment » d'argent induit des acteurs organisés et qui s'inspirent confiance, car ces derniers manœuvrent des sommes faramineuses. Le circuit financier n'arrête jamais, car l'argent circule constamment et devient accessible à tout moment. Ce n'est qu'après plusieurs scandales que la France et les États-Unis créent le GAFI (Groupe d'action financière). Puisque le blanchiment d'argent est une activité occulte, les estimations varient selon les recherches.

Par exemple, HEC Lausanne nous révèle que l'origine de l'argent sale provient de la criminalité économique à hauteur de 56 %, du commerce de la drogue à 14%, de la mafia italienne en suisse (13%), de la corruption (6%), de la criminalité organisée (3%), du soupçon de blanchiment d'argent (3%), des délits pénaux de la propriété (1%)... (l'étude complète ici)

Outre du point de vue fiscal, le terrorisme international a littéralement forcé les États à entreprendre des mesures draconiennes pour contrer le phénomène. Car la sécurité nationale des pays occidentaux en dépend.

Autre exemple, la faillite de la banque pakistanaise (BCCI) a dévoilé au monde entier à quel point le blanchiment d'argent est un guêpier pour la stabilité des États. Cette firme financière (fantoche) était liée aux cartels de la cocaïne, aux services secrets (aux méthodes problématiques) ainsi qu'à plusieurs dictateurs, et même à des groupes rebelles.

Après les attentats du 11 septembre 2001, la lutte contre le réseau Al-Qaeda et son financement amène les instances judiciaires et policières à scruter des pratiques, jusque-là inoffensives, comme l'envoi informel de fonds (Hawala), la bienfaisance et les activités caritatives de plusieurs associations proches des mouvances islamistes.

La Hawala est-elle devenue la banque du djihad ?

Les États mettent en place un mécanisme mondial de contrôle des flux financiers, en diminuant la limite des transferts monétaires vers certains pays, en demandant aux banques de fliquer les transactions suspectes et de transmettre les irrégularités aux autorités. C'est un terrible affront aux libertés individuelles et au droit à la confidentialité.

Ainsi, les États ont voté une série de lois permettant à leurs services secrets et brigades antiterroristes « de modifier la procédure pénale en instaurant ou en facilitant le recours au gel, à la saisie et à la confiscation des capitaux suspects, d'imposer des obligations déclaratives aux acteurs économiques et financiers privés et de renforcer la coopération internationale ».

Rappelons nous que le Parlement européen n'a cédé à la pression de légiférer qu'après le choc engendré par les attaques du 11 septembre 2001 (Favarel-Garrigues, Godefroy et Lascoumes 2009).

Or, la structure décentralisée des organisations terroristes est rapidement décelée (Rodier 2006), on saisit rapidement que le financement n'est nullement issu de la famille Ben Laden, comme l'avaient propagé les médias à l'époque. Dans son rapport final, la commission d'enquête sur les attentats du 11 septembre souligne que les attaques des tours jumelles et du Pentagone ne requéraient aucunement un budget faramineux. Tout simplement, il suffit d'avoir une organisation occulte, bien encadrée, avec des objectifs clairs et une influence cognitive axée sur l'endoctrinement religieux.

En dehors du terrorisme, il est important de mentionner que le blanchiment d'argent est une menace à l'équilibre des forces internationales.

La communauté internationale coopère afin d'éviter de voir naître des pays mafieux, avec des idéologies déstabilisatrices, qui risquent de mouvementer les frontières fragiles (notamment en Amérique centrale et au proche et Moyen-Orient).

L'évasion fiscale n'est pas un dossier inoffensif... la combattre est un devoir pour chaque gouvernement.

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