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16/03/2015 09:15 EDT | Actualisé 16/05/2015 05:12 EDT

Quand la santé mentale devient malade mentale

Tout se passe entre les deux oreilles, à l'intérieur, entouré et protégé d'une boîte à l'invincibilité précaire. C'est rare que tu puisses anticiper, que tu puisses te préparer, te préparer à te réparer. C'est rare que tu aies le temps de mettre ton casque pour amortir le choc. Le temps que tu absorbes l'impact, il est déjà tard, peut-être même trop tard. Sans trop savoir, tu essaies de regarder en arrière, de fouiller dans ton passé pour deviner ce qui s'est produit, mais tu es paralysé. Tes yeux fixent le néant et tu es obligé d'observer l'étendue du trou noir qui se dresse devant toi. Ça, c'est quand ta santé mentale est aux soins intensifs, espérant ne pas se retrouver aux soins palliatifs.

À l'instar d'une plaie fermée à la face du monde, la santé mentale est insidieuse, sournoise et malicieuse. Même si elle suinte, personne ne la voit, personne ne la sent. Personne sauf toi. Tu essaies de gérer ton cube de glace du mieux que tu peux, mais ton « Je fais ce que je peux » avoisine le coma. Les autres ne comprennent pas et tu n'as pas toujours une explication satisfaisante à leur fournir. De toute manière, ils ne sont pas réellement intéressés. Ils veulent juste savoir que tu ne te laisseras plus dépérir, que ça va bien aller. Ils veulent juste pouvoir poursuivre leur vie sans avoir à se soucier de ton bobo qui guérit moins bien. « Mets un pansement, tout va bien aller. » Mais non, parfois tout ne va pas bien.

Avons-nous encore le droit de tomber? La promotion du bonheur à tout vent est parfois alourdissante, voire abrutissante. On a l'impression de se sentir encore plus faible lorsque nous n'assaisonnons pas notre quotidien avec lui. « Heille! des gens meurent dans tous les pays du monde. Pourquoi suis-je  incapable d'apprécier la chance que j'ai? » On se sent ingrat et lâche, mais plus souvent qu'autrement, c'est entre nos deux oreilles que la bombe explose. Hémorragie interne. C'est rouge partout. On a l'impression que la vie est un toréador agitant son drapeau.

On croit toujours être à l'abri et que ce genre de choses n'arrivent qu'aux autres. Aux junkies, aux mères monoparentales, à celles et ceux qui travaillent 80 heures par semaine, mais à nous? Comment est-ce possible? Pourquoi? Rien ne va mal. Pourtant, rien ne va bien. On est alors l'autre des autres, celui ou celle à qui ça arrive. 

La médication est tentante. Valium, Prozac et Zoloft se combinent maintenant à une image de « La mélodie du bonheur » sur le Super écran de notre mental et on a envie de se prendre pour Julie Andrews. Puisque mal aller est mal perçu, on préfère faire taire le symptôme plutôt que de le laisser parler. Il faut être résilient. On veut se porter mieux rapidement et avec notre horaire chargé, on n'a pas le temps d'aller consulter notre psychologue une fois par semaine.

Même si c'est juste pour une heure. On n'a tellement pas le temps qu'on préfère un bonheur chimique à avaler en capsules au petit-déjeuner.

On perçoit le symptôme comme une chose à camoufler alors qu'il est le point de départ de la solution. Même si ça prend du temps. Même si on souffre longtemps. Même si on préfèrerait souvent être sourd plutôt que de l'entendre parler. On doit laisser la douleur s'exprimer. Bien souvent, la médication n'agit qu'à titre de tampon, de bouchon, sur le toit d'un volcan au bord de l'éruption. Dialoguer avec son symptôme aide souvent à le faire disparaître. 

Il faut être libre de parler avec soi-même sans censure. Il faut faire sortir le « dégueuli », même si ça fait mal au coeur. Exister n'est pas facile ; vivre l'est encore moins. Personne n'est à l'abri d'une dépression. Se sentir seul.e parmi 7 milliards d'humains est parfois une équation difficile à résoudre et mentir à la face du monde est tellement facile. On réussit trop souvent à sourire même si notre intérieur crie « Au secours ». On entend continuellement des : « Une dépression? Bah, ce ne doit pas être si pire que ça! », alors que ce l'est. Personne ne se réveille un matin en choisissant de faire une dépression. 

Prenez le temps de demander aux gens comment ils vont. Pas un : « Ça va? » sur le coin d'une table entre deux réunions. Un : « Comment tu vas? » dans le blanc des yeux. Parfois, réaliser qu'on compte pour quelqu'un alors qu'on n'a plus l'impression de compter pour soi fait du bien.

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