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02/04/2015 12:09 EDT | Actualisé 01/06/2015 05:12 EDT

L'amour au temps des manifestations

Si on parle souvent de haine, de rage et de colère, je me demande pourquoi on ne parle pas d'amour ; car c'est la première chose que je vois lorsque je participe à une manifestation.

Si on parle souvent de haine, de rage et de colère, je me demande pourquoi on ne parle pas d'amour ; car c'est la première chose que je vois lorsque je participe à une manifestation. L'amour. L'amour partagé, uni et déployé pour rassembler. C'est que ça soude, marcher au même rythme cardiaque!

Lorsque je regarde les milliers de personnes marchant ensemble, ce ne sont pas de vulgaires enfants égoïstes et gâtés que je vois ; ce sont des individus sacrifiant temps et énergie pour avancer dans la même direction. Des personnes qui, bien souvent, travaillaient la journée même et travailleront le lendemain matin ; des gens qui, bien souvent, sont fatigués et auraient sans doute préféré jouir de leur canapé le temps d'une soirée ; des gens qui, bien souvent, repoussent les moments intimes partagés avec leur amoureux ou leur amoureuse le soir venu. C'est que ça épuise, marcher dans le froid durant des heures! Je vois des humains, pas des «criss d'artiss de grateux de guitare carré rouge».

Je ne connais pas beaucoup d'égocentriques étant prêts à faire tous ces efforts pour ne satisfaire que leur propre personne. À mes yeux, l'égocentrisme revêt plutôt le visage de celui protestant contre les manifestations devant son téléviseur, en proférant des arguments vides tels que «Moi je travaille» ou encore «Dommage que le fusil ne tire qu'un coup à la fois». Ça, c'est individualiste. Ça, c'est haineux.

Mais entre les manifestants, c'est de la solidarité que je vois ; beaucoup de solidarité. Je vois de l'entre-aide, de la compassion, de la mobilisation. De l'individualisme, vraiment? Je n'ai probablement jamais vu tant de gens tisser des liens aussi serrés ; je n'ai probablement jamais vu tant de gens s'organiser ensemble. Ensemble dans le genre «On prépare des kits de Maalox et de jus de citron au cas où des manifestants.tes inhaleraient des gaz toxiques ou se feraient vaporiser du poivre de Cayenne dans le visage» ou encore «J'offre mes services d'acuponcture gratuitement». Et c'est beau à voir, à vivre. Car ça n'arrive pas souvent.

Ça n'arrive pas non plus souvent que des gens s'attendent, que des gens unissent leur voix. Normalement, on est pressé, on se bouscule sans même se retourner. On court pour attraper le prochain wagon ou le prochain bus ; on ne prend jamais le temps. Dans les manifestations, chaque humain compte. Les trous vides doivent toujours être comblés, on doit toujours marcher conjointement ; emprunter le même chemin.

Je vois aussi l'avenir, car c'est pour lui que nous marchons. Pour nous, mais aussi pour ceux qui n'existent pas encore. Au lieu de voir les manifestations comme un dérangement, comme de la provocation, voyez-les comme une marque de respect. Nous marchons pour conserver les acquis que vous avez gagnés pour nous il y a 20 ans, il y a 50 ans, mais aussi pour améliorer le futur des prochaines générations. Ce n'est pas pour vous empêcher d'avancer ; c'est pour qu'on puisse aller de l'avant.

Dans une ère marquée par le «Je-Me-Moi», j'aime respirer l'air du «Nous-Nous-Nous». J'ai l'impression qu'il est moins pollué, plus pur. Il est merveilleux de constater que le Centre Bell ne détient pas le monopole des rassemblements populaires ; qu'autre chose qu'une partie de hockey réussisse à soulever les passions au point de donner envie à des milliers de gens d'emprunter la rue.

Lorsqu'on marche seul, on avance plus rapidement, mais lorsqu'on est plusieurs, on avance plus loin.

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