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04/09/2018 10:08 EDT | Actualisé 04/09/2018 10:08 EDT

Rentrée scolaire: nos enfants méritent mieux

Un autre phénomène de plus en plus fréquent mine encore davantage notre réseau public d'éducation: la pénurie de profs.

Québec solidaire
L’éducation, une priorité aux quatre ans, deux mois avant les élections, c’est ça qui nous a mené là où nous en sommes.

Toute la semaine dernière, j'ai rencontré des parents à l'entrée et à la sortie des écoles, question de me présenter et de discuter d'éducation en cette période de rentrée.

Je connais bien l'état déplorable de plusieurs écoles, la surpopulation dans les classes, le manque de ressources, mais un autre phénomène de plus en plus fréquent mine encore davantage notre réseau public d'éducation: la pénurie de profs. Devant une école de l'est de Rosemont, une grande fille de sixième année a les yeux tout rougis par les larmes. Sa mère m'explique qu'elle est très triste parce qu'elle n'a pas de... prof! Du moins pas de prof attitrée. Ce sera des remplaçants jusqu'à nouvel ordre, peut-être pour toute l'année, leur a-t-on expliqué.

Est-ce que je vais avoir une enseignante?

Depuis toujours, à la rentrée, les enfants se demandent quelle enseignante ils auront. Ça fait partie du petit trac de la rentrée. Maintenant, les élèves devront aussi se demander: est-ce que je vais avoir une enseignante? Absurde.

Pour une autre fillette, qui fait sa grande rentrée en maternelle, c'est encore pire: personne ce matin-là pour les accueillir en classe. «Ils nous ont dit qu'ils cherchent une remplaçante pour commencer l'année, au moins», m'a raconté sa mère, visiblement excédée.

Bienvenue dans le merveilleux monde de l'éducation en 2018, en cette époque où trouver des profs pour chaque classe constitue un exploit.

En route vers l'est de Rosemont, quelques minutes plus tôt, le directeur général de la commission scolaire de la Pointe de l'île expliquait à la radio sa fierté d'avoir pu trouver un prof pour chacune des classes dans les écoles de son territoire. On s'est regardé dans l'auto, un point d'interrogation dans le milieu du visage, ma gang et moi: un prof par classe, il me semble que c'est la norme, pas l'exception, a-t-on lancé en chœur.

Bienvenue dans le merveilleux monde de l'éducation en 2018, en cette époque où trouver des profs pour chaque classe constitue un exploit.

En cette époque où on se félicite d'avoir installé des dizaines de nouveaux «modulaires», qui sont, finalement, un moindre mal parce qu'ils sont neufs et climatisés.

En cette époque où le quart des jeunes enseignantes (je féminise à dessein) quittent la profession après seulement cinq ans de pratique. Je les comprends. Il faut vraiment avoir la foi pour se lancer et perdurer dans cette profession.

J'ai rencontré lors de ma tournée des écoles un jeune homme qui est en train de terminer sa formation en éducation physique. Il a réussi à trouver un peu de travail dans son domaine, mais on lui a aussi offert de prendre n'importe quelle autre classe, de façon temporaire, de la maternelle à la sixième année. «J'ai refusé, m'a-t-il expliqué. Je ne suis pas prêt à prendre une telle charge, je n'ai pas la formation pour ça.»

Nous avons appris récemment que le déficit d'entretien des écoles du Québec s'élève à 1,8 milliard$ et qu'il manque (et manquera) plusieurs milliers de profs au Québec. Ces constats sont alarmants. Personne ne va me faire croire que le gouvernement n'était pas au courant et qu'il n'avait pas vu venir.

L'éducation, une priorité aux quatre ans, deux mois avant les élections, c'est ça qui nous a menés là où nous en sommes.

Dans les circonstances, la nouvelle urgence des libéraux pour cette «priorité» qu'est l'éducation est d'autant plus scandaleuse. L'éducation, une priorité aux quatre ans, deux mois avant les élections, c'est ça qui nous a menés là où nous en sommes.

Il n'est pas normal que Rosemont n'ait obtenu AUCUNE nouvelle classe, aucune nouvelle école pour 2018-19, malgré les demandes pressantes exprimées et documentées par les professionnels du milieu.

L'attribution des nouvelles écoles doit reposer sur la démographie, pas sur la politique. À Québec solidaire, nous nous engageons à réinvestir massivement dans les écoles publiques et à revoir le processus d'attribution des nouvelles écoles, processus qui est entaché d'électoralisme et de partisanerie pour les comtés qui votent du bon bord.

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