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20/03/2013 08:01 EDT | Actualisé 20/05/2013 05:12 EDT

Libéralisons le transport par autobus

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Récemment, on apprenait qu'il y aurait une guerre de tarifs sur l'autoroute 20 pour les transports collectifs. Orléans Express, qui détient depuis plusieurs années des privilèges gouvernementaux, pourrait (finalement) faire face à la concurrence d'un service de transport par navette. Le nouveau concurrent proposera, si la commission des Transports du Québec veut bien lui accorder un permis, le déplacement entre Québec et Montréal pour moins de 20 $.

Il s'agit là d'une excellente nouvelle, surtout que ça fait des années que la concurrence dans le domaine des transports interurbains a fait ses preuves!

La réglementation des autobus au Canada

Depuis les années 1950, la réglementation du transport par autobus au Canada est laissée aux soins des gouvernements provinciaux. Il y a donc une multitude de régimes réglementaires différents. D'une part, il y a des provinces comme l'Alberta qui ont un régime peu réglementé dans lequel la concurrence est libre. D'autre part, il y a des provinces comme le Québec et l'Ontario qui réglementent lourdement l'industrie du transport interurbain. Lorsque les provinces mettent des réglementations en place, elles accordent généralement des licences monopolistiques sur des lignes très profitables (exemple : Montréal-Québec) en échange d'une promesse de service sur des lignes moins profitables. Ces grandes différences réglementaires ainsi que les pratiques monopolistiques sanctionnées légalement dans cette industrie nuisent considérablement aux consommateurs - dont la majorité sont des étudiants ou des personnes âgées moins nanties.

Les effets de la déréglementation

Il y a maintenant quelques années, j'ai publié un article dans le journal Economic Affairsqui comparait le Canada avec les régimes déréglementés de l'Angleterre et des États-Unis. Dans les années 1980, les gouvernements britanniques et américains ont procédé à la déréglementation de l'industrie du transport par autobus entre les grandes villes.

À la suite de ces déréglementations, l'industrie s'est consolidée et s'est mise à innover. Les compagnies de transports ont commencé à abandonner les projets de construction de débarcadère et ont plutôt choisi de développer des partenariats avec certains commerçants pour qu'ils agissent comme des stations d'autobus. Elles ont aussi commencé à investir dans une diversification de leurs services. Par exemple, au lieu d'offrir le transport par autocar entre deux villes moyennes, elles offrent des transports par navette moins coûteux à opérer et à assurer. Somme toute, le prix moyen du transport par autobus a diminué au cours des dernières années et l'éventail de services disponibles a grandement augmenté.

Lorsque l'on se compare avec ces pays, on remarque que les consommateurs canadiens sont très mal servis. Ils paient beaucoup plus cher que leurs compatriotes américains ou britanniques par minute de voyage. Ces derniers ont d'ailleurs une palette plus diversifiée de services puisqu'ils peuvent plus aisément choisir quel rapport qualité-prix leur convient le mieux.

Pourquoi ne pas déréglementer complètement?

Si la déréglementation réussit si bien, pourquoi ne pas aller de l'avant? Le gouvernement du Québec a exprimé dans le passé sa réticence par rapport à de telles réformes parce qu'il craignait que les services en région disparaissent. Pour appuyer leur position, ils ont mentionné le cas des États-Unis, où la déréglementation a poussé plusieurs compagnies à arrêter de desservir certaines régions plus éloignées.

Ce que le gouvernement du Québec oublie de mentionner, c'est que le problème du service aux régions provient directement de l'intervention gouvernementale. Par exemple, il est impossible dans plusieurs régions des États-Unis, comme le Texas, d'offrir un service de transport avec autre chose qu'un autocar. Pourquoi ne pas libéraliser complètement l'industrie du transport interurbain et permettre aux gens d'offrir du transport avec des moyens de transport très diversifié? Est-ce nécessaire d'avoir un autobus de 60 places pour desservir le trajet de Montréal à Rouyn-Noranda ou de Québec à Alma?

Si nous devons nous réjouir de l'arrivée d'un concurrent à Orléans Express sur l'autoroute 20, pourquoi ne pourrions-nous pas souhaiter l'ouverture à la concurrence (sous toutes ses formes) au Québec?

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