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20/03/2018 09:00 EDT | Actualisé 20/03/2018 09:00 EDT

Une leçon de mathématiques pour Desjardins

Pour nous enlever notre guichet à Ripon, la caisse ne s’est fiée qu'à une seule opération, soit la soustraction.

Michael Heim / EyeEm via Getty Images

Depuis ma tendre enfance, j'ai toujours eu de la facilité en mathématiques. Cette habilité m'est apparue sans forcer et je n'ai jamais eu besoin de mettre d'efforts dans cette matière. Pourquoi le petit Vincent aux cheveux blonds bouclés était-il si doué en mathématiques alors que son père aux cheveux lisses et noirs avait échoué les siennes tout au long de son secondaire? Serait-ce un mystérieux laitier frisé qui aurait fait des siennes dans le petit village de Saint-André-Avellin ? L'histoire ne le dit pas, mais revenons-en à nos moutons...

Avoir de la facilité en mathématiques peut m'aider dans mon travail de prof de maths... mais cela peut également me nuire. Comprendre facilement une notion amène souvent les gens à avoir de la difficulté à la vulgariser. Dans le cadre de ce blogue et des prochains, je tenterai d'utiliser des notions de base en mathématiques pour vulgariser la réalité qui nous entoure.

Commençons la classe cette semaine par la division.

En mathématiques, la division consiste à répartir un tout en montants égaux. Si l'on divise 10 par 5, c'est qu'on sépare 10 en 5 montants équivalents. La réponse est donc 2.

Inconsciemment, les additions et les multiplications amènent des émotions positives parce qu'on a l'impression d'augmenter un nombre alors que les soustractions et les divisions nous donnent l'impression de diminuer un nombre, de subir une perte. En politique, on utilise par ailleurs le vieil adage « diviser pour mieux régner » et l'on associe alors la division à la discorde.

En politique, on utilise par ailleurs le vieil adage « diviser pour mieux régner » et l'on associe alors la division à la discorde.

Pourtant, la division pourrait et devrait être perçue comme une possibilité de partage. Prenons l'exemple d'une coopérative comme Desjardins qui distribue une partie de ces excédents sous forme de ristournes. Dans le cadre de notre caisse de 12 000 membres, on divise les 500 000$ de ristourne selon une certaine proportion. Personne ne gagne de montant faramineux, mais tout le monde gagne. Le slogan pourrait être alors « diviser pour mieux distribuer ». Non, les ristournes ne sont pas le fruit d'une simple division, mais ça sera pour une autre chronique...

Pour nous enlever notre guichet à Ripon, la caisse ne s'est fiée qu'à une seule opération, soit la soustraction. « Le guichet nous coûte 35 000$ » signifie que l'on nous soustrait 35 000$, et ça, c'est négatif. On ne se base que sur les dépenses... On aurait pu aussi faire intervenir l'addition pour savoir combien les gens de Ripon accumulent et évaluer ainsi les revenus totaux et le bénéfice net. Ne se fier qu'au 35 000$, c'est presque de dire que les gens de Ripon sont des suceux de profits égoïstes alors que nous sommes aussi des contributeurs à la cagnotte collective.

On nous dit alors que le guichet de Ripon qui représente maintenant le diable incarné fera descendre les ristournes de tout le monde et que c'est dans l'intérêt de tous les autres villages de le fermer afin d'augmenter les leurs... ici, on est dans le « diviser pour mieux régner ». Cette idée est calquée du modèle actionnaire-entreprise où un minimum de personnes se partage un maximum de gains. Qu'en est-il de nos ristournes ?

En se basant sur le modèle coopératif, on peut aussi évaluer que 35 000$ à 12 000 membres, c'est moins de 3$ par membre. Cela ne veut pas dire que les membres devront payer près de 3$ pour garder le guichet, mais bien accepter de ne pas le recevoir. Là est toute la force du mouvement coopératif, avec une grande division, les intérêts individuels passent après les intérêts personnels.

La division permet également de rendre accessibles des nombres qui autrement ne le seraient pas. Dans ce cas-ci, elle permet de digérer une information. Prenons l'exemple des très grands nombres...

Les hauts dirigeants de Desjardins touchent 8,23 millions de dollars en salaire et traitements...

Laissons les 0 juste pour marquer l'imaginaire... 8 230 000 $

En autodéfense intellectuelle, on apprend qu'après un certain nombre, ça devient tellement difficile à conceptualiser que l'on devrait exprimer le nombre en différentes unités pour mieux comprendre à ce que cela équivaut réellement :

Le salaire des hauts dirigeants de Desjardins en une année équivaut :

  • au coût de 275 guichets automatiques comme celui de Ripon (8 230 000$ ÷ 35 000$)
  • à l'équivalent de 283 employés au salaire médian au Québec contre seulement 7 hauts dirigeants (8 230 000$ ÷ 29 000$)
  • à l'équivalent de 8230 semaines dans le Sud soit 158 ans en semaine dans le Sud pour une personne (8 230 000$ ÷ 1000$)
  • 55 maisons comme la mienne (8 230 000$ ÷ 150 000$)

Maintenant, parlons des excédents de 2017 par Desjardins (record) avant les annonces de fermetures de guichet de cette année... 2,15 milliards soit 2 150 000 000 $

L'excédent (après les dépenses !) représente donc :

- 61 428 guichets automatiques comme celui de Ripon

On ne peut pas se payer les guichets comme les vôtres...

Hum...

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