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18/05/2018 09:00 EDT | Actualisé 22/05/2018 14:10 EDT

Desjardins et le paradoxe du noyer noir

Chers administrateurs de Desjardins, n’oubliez jamais que vous ne vendez pas des services financiers.

La Presse canadienne

Connaissez-vous le noyer noir alias juglans nigra? Ce grand arbre à noix était bien implanté au Québec il y a un certain temps. Lorsque je parle de cet arbre à des personnes qui habitent la Petite-Nation et qui ont plus de 60 ans, ils se rappellent presque tous être « allés aux noix » comme certaines personnes vont aux champignons.

Tout le monde avait son « spot » et récoltait l'abondance au pied de cet arbre majestueux. La noix du noyer noir (qui est la cousine de la noix de Grenoble – juglans regia) est d'une qualité gastronomique incomparable avec une attaque en bouche de pomme verte et une finale étrange de fromage bleu. En plus, elle aurait encore plus de propriétés pour la santé que celle du noyer commun!

Où sont les noyers?

Le paradoxe du noyer noir est le fait que le bois de l'arbre est le plus précieux en Amérique du Nord... D'après vous, qu'a-t-on fait des noyers de la région? Pour se replanter, la gang des noyers fait appel à une équipe de choix composés des meilleurs écureuils du village, mais pour planter des noix, ça prend du bois...

Lorsque tu achètes une certaine quantité d'arbres, ce que tu mets en terre, ça ressemble bien plus à une branche qu'à un arbre.

« J'ai planté un chêne au bout de mon champ, perdrerai-je mon temps? » Comme le chantait si bien Vigneault. Pour planifier son avenir, il faut investir. L'investissement dont je suis le plus fier est sans contredit la panoplie d'arbres que j'ai plantés sur mon terrain. Après avoir planté un arbre, on comprend bien la ritournelle de Vigneault. Lorsque tu achètes une certaine quantité d'arbres, ce que tu mets en terre, ça ressemble bien plus à une branche qu'à un arbre. Perdrerai-je mon temps ?

Le paradis est à Ripon

Un jour, un ami m'a amené à la ferme La Défriche sur le chemin du Lac Grosleau. L'effet a été immédiat, on m'avait secrètement scié les jambes. En marchant sur le terrain de ce milieu de vie incroyable, vous serez émerveillé sur 360 degrés (c'est le paradis du hibou). Vous regardez d'un côté et verrez un immense paon en liberté faire sa parade. De l'autre, une poule rustique de toutes les couleurs se promène avec ses 12 poussins qui piaillent et qui la suivent. Un coq chante sous les pommiers et des fleurs de toutes sortent vous enivrent dans un tourbillon d'odeurs et de couleurs. En y allant pour la première fois, je me suis dit que j'étais probablement le plus prêt du paradis que je pouvais y être. Diane, une des propriétaires m'a montré une photo prise par hélicoptère lorsqu'ils ont acheté la ferme il y a 30 ans de cela et ce que j'y ai vu m'a profondément sidéré. En fait, je n'y ai rien vu et je n'y ai rien vu parce qu'il n'y avait rien à voir. La photo montrait tout simplement une maison de ferme située sur un champ... Pourtant, je suis certain que si j'avais pu agrandir cette photo, je les aurais vus. J'aurais vu les branches qui étaient chargées de l'espoir d'un meilleur lendemain.

L'an dernier, au marché public de la Petite-Nation, j'ai croisé le père de mon ami qui habite à Ripon depuis belle lurette. Il avait dans ses mains un drôle de fruit qui ressemblait à un agrume vert et qui sentait la citronnelle. C'était une noix de noyer noir. Je me suis rappelé qu'il y a plus de vingt ans, il en avait fait une plantation. Vingt ans, c'est le temps que ça prend pour un noyer pour produire de façon régulière. Il produira par la suite pour les cent ans qui suivront... Dans notre conversation, je lui ai expliqué que j'en avais planté à la maison et il m'a invité à aller chercher des noix chez lui. Il m'a dit que je pouvais en prendre autant que j'en voulais parce qu'il partait en voyage et qu'il ne voulait pas les gaspiller. Je me suis armé d'un sac et j'ai pris la direction des deux immenses noyers qui surplombait son entrée. Cric. Crac. Cric. À chaque pas que je faisais, j'écrasais avec mes pieds une, deux ou trois noix. Il y en avait tout simplement partout. J'ai dû en ramasser plus d'une centaine en cinq minutes. Lorsque j'ai pris mon sac qui était chargé à en rompre, j'ai pleuré... Non Vigneault, je ne perdrerai-je pas mon temps!

Et Desjardins dans tout ça?

Le 6 décembre 1900, Desjardins a mis une branche en terre. Une idée folle, marginale et utopique. 130 citoyens ont fait partie de cette première caisse. Cette idée a grandi tel un noyer et a su porter ses fruits et en faire nourrir la collectivité. Maintenant que l'arbre est grand et autonome, certains ont été alléchés par le prix de son bois. Comme l'adage le dit si bien, on ne peut pas avoir les noix et le bois des noix... C'est pourtant ce que le mouvement essaie de faire en muselant ses membres (qui sont ses racines) et en coupant l'arbre branche par branche. On ne peut pas avoir les noix et le bois des noix...

Chers administrateurs de Desjardins, n'oubliez jamais que vous ne vendez pas des services financiers. Contrairement aux autres banques, votre produit à vous c'est l'espoir et c'est tout un produit d'appel. En finançant Kinder Morgan et en coupant les services petits à petits dans les municipalités les plus nécessiteuses, vous perdez votre produit d'appel et c'est lorsque la population ne trouvera plus cet espoir si précieux qu'elle sautera sur l'occasion de valider si le taux n'est pas meilleur de l'autre côté de la rue...

J'ai un petit conseil Cormier... ne scie pas trop de branches...

Parce que l'arbre va crever.