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04/10/2018 13:10 EDT | Actualisé 04/10/2018 13:14 EDT

ALENA: où est le libre-échange, dans les Accords de libre-échange?

À travers ces traités de centaines de pages, remplis d'exceptions, d'exceptions aux exceptions, il faut se demander si ce sont des traités de libre-échange ou des traités anti-échange.

Ce sont des lobbys particulièrement bien organisés, qui influencent les politiciens à travers différents canaux, qu'ils soient financiers ou électoraux, ou les deux.
PATRICK DOYLE / GETTY IMAGES
Ce sont des lobbys particulièrement bien organisés, qui influencent les politiciens à travers différents canaux, qu'ils soient financiers ou électoraux, ou les deux.

À la suite de la récente annonce de l'entente pour un nouvel Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA), nous sommes en droit de nous poser beaucoup de questions, et la première qui me vient est certainement celle de la définition même du libre-échange dans ce genre d'accord.

Le Canada protège ses producteurs de lait, de volaille et d'œufs contre la libre-circulation et le libre-échange des biens dans ce secteur. Le marché de la culture est également protégé contre la concurrence étrangère. Le commerce de détail par internet n'y fait pas exception, avec des limitations très fortes et des droits de douane sur les produits que les Canadiens peuvent acheter en ligne sur des sites américains, passé un certain seuil. Au compte-goutte, peut-être que finalement le marché du lait va réellement s'ouvrir, à force de signer des traités à l'international qui le permettent de manière marginale. Mais la résistance est forte.

Au sud de la frontière, ce n'est pas plus reluisant. Les États-Unis refusent que les entreprises automobiles délocalisent leurs activités au Mexique. L'aluminium, l'acier et le bois d'œuvre sont également toujours frappés de tarifs qui désavantagent principalement les consommateurs américains, qui voient les prix augmenter comme résultat de ces politiques.

Pourquoi est-ce que les leaders politiques s'entêtent à vouloir, encore et encore, contre ce que disent tous les experts économiques sérieux, protéger certains secteurs plutôt que d'autres de la concurrence étrangère à travers des mécanismes comme des quotas, des tarifs et des barrières à l'entrée?

Il est difficile de trouver où est le libre-échange à travers tous ces secteurs où il y a de grandes limitations sur la circulation des biens et services. Pourtant, les avantages économiques du libre-échange sont sans conteste. C'est même, chez les économistes, l'un des sujets qui fait le plus consensus, avec plus de 90% des experts en la matière qui considèrent que les tarifs, les quotas et les barrières au commerce réduisent le bien-être général. Une statistique qui est loin d'être banale, pour une profession dont la nature même est d'être en désaccord.

L'idée est que lorsqu'il y a un échange plus libre entre les différentes nations, que ce soit en termes de biens, de capitaux, ou de personne, cela permet une plus grande spécialisation et une augmentation de la productivité, ce qui augmente la croissance économique et le revenu par habitant.

Le fait est que les effets bénéfiques de la libéralisation du commerce sont à long terme. À court terme, certains groupes peuvent souffrir plus que d'autres, et ne veulent pas être ceux qui payent le prix. C'est tout à fait compréhensible et légitime, et il faut toujours considérer les gens qui souffrent réellement de ces changements, même si ce n'est souvent que temporaire, et orienter certaines politiques publiques pour limiter les effets négatifs que cela a sur eux.

À quand un traité de libre-échange qui tient sur une seule page?

Mais bien souvent, il s'agit d'une tout autre chose. Il s'agit, comme pour les producteurs de lait, de personnes qui bénéficient indûment d'un système et qui sont réfractaires à le changer, parce qu'ils perdraient alors les bénéfices énormes qu'ils ont accumulés pendant des années.

Et les politiciens, prompts à acheter cyniquement quelques votes, d'un côté ou de l'autre de la frontière, décident d'avantager ceux qui profitent du système, plutôt que de se concentrer sur les bénéfices à long terme pour l'ensemble de la population.

Ce sont des lobbys particulièrement bien organisés, qui influencent les politiciens à travers différents canaux, qu'ils soient financiers ou électoraux, ou les deux.

Et ceux-ci nuisent à l'économie du pays, à la croissance à long terme, au bien-être du reste de la population, pour défendre leurs acquis et leurs privilèges dont ils profitent depuis trop longtemps, avec l'aide des politiciens en place.

Donc à travers ces traités de centaines de pages, remplis d'exceptions, d'exceptions aux exceptions, de barrières à la compétition internationale pour ceci et cela, de tarifs sur certains biens, mais pas d'autres, de secteurs protégés, il faut se demander si ce sont des traités de libre-échange ou des traités anti-échange. Alors à quand un traité de libre-échange qui tient sur une seule page?

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