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12/02/2016 07:04 EST | Actualisé 12/02/2017 05:12 EST

Réussir l'intégration

Pour réussir l'intégration, il faut miser sur l'emploi et sur la connaissance de la langue commune.

De l'avis du comité national des jeunes du Parti québécois, l'intégration détermine la réussite de l'immigration, tant pour l'immigrant que pour la société d'accueil. Or, pour réussir l'intégration, il faut miser sur l'emploi et sur la connaissance de la langue commune.

L'emploi est essentiel dans le processus d'intégration de l'immigrant. Il permet, notamment, de bâtir un réseau, d'acquérir les codes de la société d'accueil et de subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille, le cas échéant. Le taux de chômage de plus de 21% chez les immigrants au Québec depuis moins de 5 ans est donc particulièrement inquiétant.

Afin de faciliter l'intégration à l'emploi de l'immigration économique, la sélection des immigrants devrait être revue afin d'être plus efficace et plus en phase avec les besoins des entreprises. À ce titre, nous sommes d'avis que le traitement actuel des demandes des travailleurs qualifiés, selon la méthode «premier déposé, premier servi», est dépassé et ne sert plus les intérêts du Québec et ceux des candidats à l'immigration. Dans certaines régions du globe, le délai de traitement des demandes était de plus de cinq ans.

En date de février 2014, le ministère de l'Immigration du Québec avait plus de 80 000 dossiers de travailleurs qualifiés en attente de sélection. Nous sommes d'avis que la méthode de «déclaration d'intérêt», adoptée par la Nouvelle-Zélande et l'Australie, devrait être privilégiée. Selon une telle méthode, les candidats à l'immigration formulent une déclaration d'intérêt qui est versée dans une « banque de candidatures ». Le gouvernement peut ensuite trier et sélectionner les dossiers qui répondent le mieux aux impératifs et aux besoins actuels du marché du travail et aux autres exigences telles que la connaissance de la langue, l'âge et les qualifications. Cette réforme de la méthode de sélection a été avancée par Diane De Courcy et promise par le gouvernement Marois lors des élections de 2014. Nous saluons donc l'intention du gouvernement Couillard de reprendre cette réforme.

Également, les programmes d'accompagnement personnalisé en emploi devraient être étendus afin de faciliter l'acquisition d'une première expérience de travail québécoise. Nous pouvons citer à titre d'exemple le programme IPOP du gouvernement du Québec qui permet aux employeurs d'obtenir une subvention salariale lors de l'embauche d'un professionnel formé à l'étranger. La presque quasi-totalité des salariés ainsi embauchés sont toujours en emploi trois après la fin de la subvention. Il y a également le Programme de parrainage professionnel de la Ville de Montréal qui a permis de à 354 stagiaires d'acquérir une première expérience. Le taux de rétention à l'emploi a été de 60% et le taux de satisfaction des stagiaires et des parrains de 95% [1]! Toutefois, le programme a été suspendu, faute de financement.

Le Québec se doit également de faire de l'apprentissage et de la maîtrise de la langue commune une priorité. Partager une langue commune est primordial. Une langue est davantage qu'un mode d'expression ; elle est la marque que l'on vit et que l'on appartient au même monde. Elle permet de partager un réseau de signes communs qui permettent, à leur tour, la cohésion et le consensus. Une étude de cas, réalisée pour le conseil de la langue française, a conclu que «le sentiment d'appartenance à la communauté d'accueil se développe au rythme de l'apprentissage de la langue qui permet d'abord une intégration fonctionnelle, puis une intégration sociale plus large.»[2]

Nous considérons important de préciser que la notion de langue commune n'empêche pas les minorités de maintenir et d'entretenir leurs langues et leurs cultures. Au contraire, l'instauration du principe de langue commune est en total respect des minorités, de leur langue et de leur culture. C'est justement par la création de ce lien commun que les minorités culturelles pourront intégrer à la culture dominante des apports de leur culture minoritaire et s'assurer, de par le fait même, de la vitalité de leur culture. Camille Laurin, père de la Politique québécoise de la langue française, a rappelé à de multiples reprises que les inégalités économiques ne sont pas la seule source d'injustice sociale. Les inégalités culturelles sont aussi des sources d'inégalité.

En 1977, les travailleurs francophones du Québec étaient défavorisés de par leur statut linguistique. L'instauration d'une société commune française était une question de justice sociale. Il fallait fonder une société culturellement égalitaire. Aujourd'hui, Camille Laurin dirait sûrement que c'est aussi une question de justice sociale d'intégrer à notre société commune française les immigrants pour éviter que leur différence culturelle crée un isolement et fonde une source d'injustice pour eux et pour leurs descendants. La langue française ne doit pas seulement prédominer dans la société québécoise; la langue française doit réunir les citoyens québécois dans une même société en étant la langue des actes de la vie publique.

Pour réaliser cet objectif ambitieux, le gouvernement doit bonifier l'offre de cours de francisation. Tant les syndicats[3], les entreprises [4] que les intervenants[5] du milieu de l'immigration réclament davantage d'offre de cours, de disponibilités et de flexibilité dans la francisation des immigrants. Nous sommes d'avis que la responsabilité de ces cours pourrait être, notamment, dévolue aux syndicats de travailleurs accrédités. Également, des cours de soir et de fin de semaine devraient être offerts. Un rehaussement du financement de la francisation est aussi nécessaire afin de bonifier les allocations versées aux immigrations. Les immigrants ne devraient pas à avoir à choisir entre apprendre le français et subvenir aux besoins de leur famille. De plus, il est impératif de subventionner adéquatement les niveaux avancés de francisation, tant au niveau oral qu'écrit, afin, notamment, de mieux optimiser l'immigration économique spécialisée.

Nous estimons qu'une révision globale de la Charte de la langue française est également nécessaire. Cette réforme devra mettre l'accent sur les contextes favorisant un transfert linguistique, tel que le contact institutionnel (en limitant le bilinguisme institutionnel), l'éducation pré-universitaire, technique et aux adultes ainsi que les milieux de travail des entreprises de moins de cinquante employés, de la fonction publique fédérale et des entreprises de juridiction fédérale.

Enfin, le comité national des jeunes s'oppose vigoureusement à toute politique mettant œuvre le multiculturalisme. En ne reconnaissant pas de culture nationale ou majoritaire, le multiculturalisme favorise la fragmentation de la société, l'exclusion des communautés et le relativisme culturel. C'est tout le contraire de l'intégration. Afin d'être adapté aux besoins du Québec, notre modèle de gestion de la diversité doit prendre en compte le statut minoritaire de la société québécoise au sien du Canada et de l'Amérique du Nord. Par conséquent, notre modèle de gestion doit mettre l'accent sur les spécificités de la culture nationale du Québec (la langue, l'histoire, la culture et la mémoire collective) et favoriser la connaissance et le partage de ces spécificités.

[1] Mémoire de la Ville de Montréal présenté à la Commission des relations avec les citoyens de l'Assemblée nationale du Québec dans le cadre de la consultation portant sur le document «Vers une nouvelle politique québécoise en matière d'immigration, de diversité et d'inclusion», 9 février 2015.

[2] SYLVESTRE MARKETIN, «Le phénomène de transfert linguistique - Résultats de recherche qualitative», présenté au Conseil de la langue française, octobre 2000, p.7

[3]Mémoires de la Confédération des syndicats nationaux et de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec présentés à la Commission des relations avec les citoyens de l'Assemblée nationale du Québec dans le cadre de la consultation portant sur le document «Vers une nouvelle politique québécoise en matière d'immigration, de diversité et d'inclusion», janvier 2015.

[4] Mémoire de la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante présenté à la Commission des relations avec les citoyens de l'Assemblée nationale du Québec dans le cadre de la consultation portant sur le document «Vers une nouvelle politique québécoise en matière d'immigration, de diversité et d'inclusion», février 2015.

[5]LONGPRÉ, Tania. «Québec cherche Québécois pour relation à long terme et plus ; comprendre les enjeux de l'immigration», Édition Stanké, 2013, pages 89-101.

À LIRE AUSSI

>Un nouveau contrat social: réussir une immigration durable et positive au Québec - Yann Gobeil-Nadon

>Le marché de l'emploi au coeur de l'intégration - Nicolas Perrino

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