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10/10/2018 17:23 EDT | Actualisé 10/10/2018 17:32 EDT

La façon dont les suicides sont rapportés dans les médias doit changer

La couverture médiatique de la maladie mentale s'est améliorée grâce à des articles axés sur le rétablissement. Il est temps de faire de même avec le suicide.

Les médias peuvent jouer un rôle tant positif que négatif dans la prévention du suicide. Ils peuvent contribuer à l’éducation et à l’information du public, mais ils peuvent aussi être sensationnalistes, ce qui peut mener à un effet de contagion.
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Les médias peuvent jouer un rôle tant positif que négatif dans la prévention du suicide. Ils peuvent contribuer à l’éducation et à l’information du public, mais ils peuvent aussi être sensationnalistes, ce qui peut mener à un effet de contagion.

Récemment, des défenseurs des malades mentaux, des experts en médias et des chercheurs ont réclamé une couverture médiatique plus positive de la maladie mentale. Cela implique la publication de contenus éducatifs et informatifs sur la maladie mentale, ainsi que sur le rétablissement et les réussites, pour inspirer l'espoir et la résilience chez les gens vulnérables du public.

La couverture médiatique du suicide fait l'objet de nombreuses discussions

Les médias peuvent jouer un rôle tant positif que négatif dans la prévention du suicide. Ils peuvent contribuer à l'éducation et à l'information du public, mais ils peuvent aussi être sensationnalistes, ce qui peut mener à un effet de contagion.

Il ne fait pas de doute que le suicide est une tragédie. Cependant, comme dans le cas de la maladie mentale, il y a un urgent besoin de publier davantage d'histoires positives entourant le suicide.

Cela peut être fait de trois manières

Premièrement, la couverture médiatique pourrait contribuer à un dialogue significatif sur le suicide et sa prévention, plutôt que de simplement rapporter des informations factuelles sur le décès par suicide d'une personnalité connue, par exemple.

Nous n'insinuons pas que les journalistes ne devraient pas rendre compte des décès par suicide. Au contraire, les journalistes sont encouragés à signaler ces décès conformément aux directives des médias pour le reportage du suicide, telles que «En Tête». Malheureusement, il n'est pas facile de mettre tout cela en pratique étant donné certaines pratiques ou habitudes journalistiques. Néanmoins, nous pensons que les reportages pourraient aller au-delà des faits du suicide, dans le but d'informer et de sensibiliser tant la communauté que le public aux différentes problématiques liées au suicide.

Deux exemples éloquents

Ces contributions à un dialogue pourraient, par exemple, passer par l'exploration des principaux problèmes sociaux liés au suicide. Une étude récente a révélé que les journalistes canadiens avaient tendance à adopter un point de vue critique, à juste titre, lorsqu'ils discutaient de la série Netflix 13 raisons, en se concentrant sur ses implications pour la santé mentale des jeunes et le suicide.

Des résultats similaires ont été rapportés par une étude à propos de la couverture médiatique du suicide du comédien Robin Williams, avec des articles traitant de questions essentielles telles que la dépression masculine, la nécessité d'améliorer les soins et la stigmatisation du suicide.

Deuxièmement, la couverture médiatique du suicide pourrait davantage diffuser les expériences vécues par les survivants au suicide. Une petite précision, ce terme de «survivant au suicide» désigne généralement les proches d'une personne décédée par suicide. Dans ce blogue, je veux plutôt parler de ceux qui ont survécu à une tentative de suicide ou qui ont finalement décidé de ne pas passer à l'acte.

Au Québec

Les données indiquent que plus de 1072 personnes sont décédées par suicide en 2013 (soit un taux d'environ 14 décès par 100 000 personnes) et qu'environ 24 000 tentatives de suicide ont lieu par année. Cela signifie que 20 fois plus de personnes tentent de se suicider, que celles qui en décèdent. Malheureusement, encore plus de gens envisagent sérieusement le suicide chaque année, sans nécessairement passer à l'acte.

Comme dans le cas de la maladie mentale, il est important de publier des contenus positifs sur le thème du suicide, axés sur le rétablissement, pour donner de l'espoir.

Les personnes ayant eu un comportement ou des idées suicidaires pourraient ainsi témoigner sur leurs grandes difficultés, les ressources qu'ils ont trouvées, ainsi que leur persévérance. Cela serait susceptible d'inspirer espoir et résilience à d'autres qui en ont besoin pour voir un peu de lumière.

Troisièmement et enfin, la couverture médiatique du suicide aurait avantage à devenir plus fréquente que sporadique. En effet, le nombre de contenus sur le suicide et sa prévention a tendance à augmenter après un décès notable; très peu d'articles sont publiés entre ces décès.

Le fait que les médias «attendent» un décès, par exemple, pour réagir et aborder le thème du suicide est problématique pour la prévention, car la recherche montre que la prise de conscience et la discussion sur le suicide peuvent réellement réduire les idées suicidaires et encourager les personnes à demander de l'aide. Il faut donc travailler davantage en amont.

Dans de nombreux cas, le silence peut perpétuer la stigmatisation, qui reste omniprésente. Une couverture média plus étendue et moins réactive pourrait ainsi contribuer aux efforts de prévention du suicide et à la réduction de la stigmatisation, si elle est effectuée de façon sensiblement et responsable.

La couverture médiatique de la maladie mentale au Canada s'est considérablement améliorée au cours de la dernière décennie, grâce à des articles axés sur le rétablissement. Il est temps de faire de même avec le suicide. En fin de compte, des milliers de vies humaines sont en jeu.

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