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30/01/2019 06:00 EST | Actualisé 30/01/2019 06:00 EST

Maladie mentale: stigmatisation et sensibilisation, parlons-en

Les stigmates à l'endroit de la maladie mentale persistent tant au niveau de la société que des professionnels de la santé.

fzant via Getty Images
En tant que chercheuse et défenseuse de la santé mentale, j'espère un avenir où nous n'aurons plus besoin de campagnes de sensibilisation comme Bell Cause pour la cause. Mais, pour l'instant, des journées comme celle d'aujourd'hui sont un bon moyen de poursuivre un dialogue indispensable sur la santé mentale.

Chaque année, Bell Canada organise sa Journée Bell Cause pour la cause dans le cadre d'une campagne plus vaste pour sensibiliser les Canadiens à la santé mentale. Cette journée a pour objectif de lancer une conversation nationale sur la maladie mentale via les médias sociaux et les SMS, Bell s'engageant à faire un don de cinq cents aux programmes de santé mentale pour chaque message de soutien; un hommage approprié au fait qu'un sur cinq aura un problème de santé mentale au cours de sa vie, au Québec et au Canada.

Depuis le début de la campagne il y a près de 10 ans, Bell aurait engagé environ 100 millions de dollars en financement de programmes de santé mentale. Au-delà de l'argent, Bell Cause pour la cause marque une étape importante dans la sensibilisation à la santé mentale et dans la lutte contre la stigmatisation. En effet, la santé mentale publique est devenue un sujet de conversation majeur ces dernières années.

Certaines données montrent que Bell Cause pour la cause a eu un impact positif sur la sensibilisation, les attitudes et la stigmatisation du public. Un rapport publié en 2017 par Bell indique que, selon un sondage téléphonique mené auprès d'environ 1800 Canadiens, 87% se disent maintenant plus sensibilisés aux questions de santé mentale que par le passé, 85% estiment aussi que les attitudes à cet égard se sont améliorées et 75% croient que les préjugés au sujet de la maladie mentale ont diminué.

D'autres enquêtes montrent des résultats similaires, avec les personnes indiquant qu'elles se sentent plus à l'aise pour discuter de la santé mentale que les années précédentes, tant personnellement qu'en général. Ce sont de bonnes nouvelles parce que cela signifie que nous commençons à voir une modification positive des attitudes envers maladie mentale.

Bien que la participation ait fortement augmenté au cours des années — l'an dernier, près de 140 millions de messages en soutien à la santé mentale ont été envoyés, contre 66 millions au cours de la première année — il reste encore beaucoup de travail à faire en matière de sensibilisation à la santé mentale et de réduction de la stigmatisation. En effet, (1) la stigmatisation reste un problème omniprésent et (2) les conversations et le dialogue ouvrent la voie à l'action.

La stigmatisation reste un problème omniprésent

Malgré les perceptions mentionnées ci-dessus selon lesquelles la stigmatisation a diminué, des preuves suggèrent qu'en réalité, la maladie mentale fait toujours l'objet d'une stigmatisation à travers le monde, notamment au Royaume-Uni, au Japon, aux États-Unis et même au Canada. C'est particulièrement le cas des maladies mentales graves telles que la schizophrénie, qui touche environ 1% des Canadiens.

Ici au Canada, les recherches montrent que les personnes sont plus susceptibles d'avoir des attitudes de stigmatisation envers les personnes atteintes de schizophrénie que les personnes souffrant de dépression. Plus généralement, les recherches suggèrent que de nombreux Canadiens ont des opinions inexactes et négatives à l'égard des personnes atteintes d'une maladie mentale.

Les stigmates à l'endroit de la maladie mentale persistent tant au niveau de la société que des professionnels de la santé.

Notamment, ces attitudes stigmatisantes persistent dans différentes populations, tels que des médecins de famille et les psychiatres aussi bien que le grand public. Par conséquent, les stigmates à l'endroit de la maladie mentale persistent tant au niveau de la société que des professionnels de la santé.

Ces croyances négatives et inexactes sont reflétées dans les médias. Des recherches récentes ont révélé que les journalistes canadiens avaient tendance à être davantage axés sur la violence et le crime et moins sur le rétablissement et les problèmes sociaux.

Quelques améliorations sont nécessaires, notamment en ce qui concerne l'amélioration des attitudes et la réduction des idées fausses et des préjugés à l'égard d'une maladie mentale grave. En effet, la lutte est loin d'être terminée.

Les conversations ouvrent la voie à l'action

Étant donné les niveaux élevés et persistants tant de stigmatisation que de préjugés au Canada, il est important de continuer à sensibiliser la population aux problèmes et aux sujets liés à la maladie mentale. En effet, les connaissances, la sensibilisation et l'éducation sont des ingrédients importants de la réduction de la stigmatisation.

Nous ne pouvons pas nier que la journéeBell Cause pour la cause a contribué à sortir la maladie mentale de sa tanière et a rendu possible une conversation nationale, en particulier chez les millennials; cela est évident par le grand nombre de messages significatifs envoyés chaque année — près d'un milliard depuis 2011. Cet engagement a son importance dans la sensibilisation et la réduction de la stigmatisation parce que des actions et des changements significatifs ne peuvent se produire que lorsque ces thèmes deviennent des sujets de discussion réguliers.

Certains soutiennent qu'une brève focalisation de 24 heures sur la maladie mentale ne suffit pas (et j'ai tendance à être d'accord avec ce point de vue: nous ne pourrons vaincre la stigmatisation que par un dialogue soutenu). Mais au moins, la journée fait parler les gens. Et c'est un bon début. Après tout, Rome ne s'est pas construite en un jour.

En tant que chercheuse et défenseuse de la santé mentale, j'espère un avenir où nous n'aurons plus besoin de campagnes de sensibilisation comme Bell Cause pour la cause. Mais, pour l'instant, des journées comme celle d'aujourd'hui sont un bon moyen de poursuivre un dialogue indispensable sur la santé mentale.

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