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02/03/2019 06:00 EST | Actualisé 02/03/2019 06:00 EST

Québec ne doit pas abandonner ses responsabilités en logement social!

En choisissant délibérément pendant des années de ne pas indexer le programme AccèsLogis, le Québec a carrément abandonné les personnes mal-logées.

On a tous les indices d'un retour à une pénurie grave de logements, en particulier dans les régions de Gatineau et de Montréal, de même qu'en Montérégie et dans les Basses-Laurentides.
FRAPRU
On a tous les indices d'un retour à une pénurie grave de logements, en particulier dans les régions de Gatineau et de Montréal, de même qu'en Montérégie et dans les Basses-Laurentides.

Dans son premier budget du 21 mars, le gouvernement Legault doit relancer de manière ambitieuse le programme AccèsLogis et réinvestir dans le logement social, afin de contrer la pénurie de logements locatifs qui atteint déjà plusieurs villes.

Cette année, les conséquences du sous-financement dont souffre le programme AccèsLogis — le seul qui permette de réaliser des logements sociaux et communautaires au Québec —, ont atteint un sommet en empêchant la réalisation de milliers de logements coopératifs et sans but lucratif.

Seuls 731 nouveaux logements sociaux, soit moins du quart des 3000 unités annoncées lors du dernier budget québécois, sont effectivement sortis de terre.

Non seulement le nombre de logements sociaux budgétés annuellement depuis 10 ans est insuffisant, mais une proportion considérable des unités annoncées n'a même pas été réalisée. Il n'y en a pas moins de 15 000 qui ont fait l'objet d'annonces budgétaires au cours de la dernière décennie, mais qui n'ont pourtant jamais été réalisés.

En choisissant délibérément pendant des années de ne pas indexer le programme AccèsLogis, le Québec a abandonné carrément les personnes mal-logées.

Cela devrait nous scandaliser, surtout en sachant que 244 000 ménages locataires vivant dans un logement trop cher, insalubre ou trop petit ont des besoins impérieux de logement selon les données de Statistique Canada.

Lors de la campagne électorale de septembre dernier, la CAQ a promis de livrer pendant son premier mandat ces logements sociaux annoncés, mais pas encore construits. Mais récemment, la ministre des Affaires municipales et de l'Habitation, Andrée Laforest, indiquait que le gouvernement Legault est en attente de l'aide financière du fédéral pour aller de l'avant. Un tel scénario doit être rejeté.

Québec doit effectivement aller chercher sa juste part des fonds fédéraux prévus dans la Stratégie canadienne sur le logement, mais ces sommes doivent servir à planifier encore plus de logements sociaux, pas à délester le gouvernement québécois de ses responsabilités et à éponger la facture des négligences antérieures.

Si le gouvernement de François Legault tarde à livrer les logements attendus et n'utilise pas les fonds fédéraux pour en faire davantage, le FRAPRU craint une détérioration rapide de la situation du logement.

Les données les plus récentes du Rapport sur le marché locatif de l'automne 2018 de la Société canadienne d'hypothèques et de logement (SCHL) sont en effet alarmantes.

Dans plusieurs régions métropolitaines et villes québécoises, les taux d'inoccupation des logements locatifs dégringolent en dessous du seuil dit d'équilibre de 3%, voire sous la barre du 2%, et les loyers y augmentent beaucoup plus rapidement que l'inflation.

Dans plusieurs quartiers montréalais, le taux d'inoccupation pour les logements familiaux de trois chambres à coucher et plus avoisine carrément 0%.

On a tous les indices d'un retour à une pénurie grave de logements, en particulier dans les régions de Gatineau et de Montréal, de même qu'en Montérégie et dans les Basses-Laurentides.

La situation est pressante et cette nouvelle crise s'ajoute aux drames quotidiens vécus par des ménages parmi les plus mal pris, partout au Québec. Déjà, dans plusieurs secteurs, des locataires se font évincer de leur logement parce que des propriétaires y voient une occasion d'affaires. Sans scrupules, certains louent des taudis hors de prix.

Des personnes racisées, des Autochtones vivant en milieu urbain, des familles et des ménages à l'aide sociale se font discriminer. Des personnes aînées n'ont pas accès à un logement abordable qui leur permette de demeurer dans leurs milieux de vie et des personnes en situation de handicap doivent attendre des années pour un logement adapté.

Faute d'investissements significatifs dès les prochains mois dans le logement social, la pénurie risque de s'aggraver et des locataires, de se retrouver sans-logis ou dans des logements qui les ruinent, comme ce fût le cas au début des années 2000.

Déjà, à Gatineau, où on constate un taux d'inoccupation de 0,7%, des familles sont actuellement en grande difficulté, hébergées dans un motel ou en hébergement d'urgence. À Montréal, en pleine période de recherche de logements, plusieurs locataires, craignant de ne pas trouver un logement correspondant à leurs besoins et à leur capacité de payer, font appel aux comités logement.

S'il veut amorcer un «vrai changement» pour les personnes mal-logées, le gouvernement Legault doit faire les choix qui s'imposent. Il ne doit pas, par exemple, choisir d'accorder de nouvelles réductions d'impôts, lesquelles bénéficient surtout aux contribuables les plus fortunés et surtout pas aux personnes mal-logées.

Il peut et doit aussi utiliser une partie du surplus de l'année qui s'achève pour rattraper les retards de livraison accumulés dans le logement social. Et il doit en planifier des milliers d'autres, pour mettre fin aux nombreux dénis au droit au logement vécus par nos concitoyens parmi les plus vulnérables. Si on ne le fait pas maintenant, quand le fera-t-on?

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