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13/02/2018 09:00 EST | Actualisé 28/02/2018 11:23 EST

Je ne vois pas la perspective d’un avenir meilleur pour le personnel infirmier

Au début de ma carrière, j’avais le feu sacré. Maintenant, je vous laisse deviner où il se trouve.

Getty Images/iStockphoto

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Je suis infirmière auxiliaire depuis quatre ans et demi.

J'ai décidé de faire ce métier pour pouvoir travailler en milieu hospitalier et toucher aux soins actifs. Malheureusement, je suis confinée à travailler en hébergement soins longue durée oùje fais face à une clientèle présentant de lourds problèmes cognitifs.

Les problèmes cognitifs, c'est une chose. Dans les CHSLD, la clientèle est en lourde perte d'autonomie. La plupart des résidents font de la démence, sont agressifs verbalement et physiquement, font de l'errance et présentent des troubles de comportement.

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D'ailleurs, plusieurs de ces résidents ne cadrent pas sur les unités d'hébergement et devraient se retrouver dans une unité de soins prothétiques. Les unités prothétiques sont sécuritaires et permettent d'éviter les problèmes d'errance et de comportement perturbateur associés aux stades plus avancés de la maladie d'Alzheimer. Malheureusement, il n'y a pas suffisamment d'unités prothétiques dans le réseau de la santé pour le nombre qui ne cesse de croître de cette clientèle spécifique.

Résultat: Les résidents ayant des troubles de comportements perturbent les autres résidents autour, font de l'errance invasive, donc entrent dans les chambres des autres résidents et parfois touchent ou partent avec des objets qui ne leur appartiennent pas, ce qui dérange le résident et souvent, la famille de celui-ci. La collaboration aux soins est souvent difficile, il n'est pas rare que le personnel soignant reçoive des coups de pieds, des coups de poing, se font entrer des ongles dans la peau et même cracher au visage. Sans parler de l'agressivité verbale.

En CHSLD, nous n'avons pas de formations spécifiques pour interagir avec ce genre de problématique et comble de malheur, nous travaillons quotidiennement à personnel réduit, ce qui est, semble-t-il, devenu normal.

Nous nous retrouvons donc avec des employés à bout de souffle, à bout de patience et épuisés.

Depuis l'été 2017, sur une base quotidienne, une infirmière doit effectuer des tâches d'infirmière auxiliaire, l'infirmière auxiliaire doit effectuer des tâches de préposés aux bénéficiaires...

Ironie du sort, nous sommes dans une ère oùnous sommes confrontés à retirer les contentions physiques et chimiques (diminution des sédatifs). Cette situation engendre une problématique incroyable quant aux soins que nous prodiguons à l'ensemble des patients. Ces patients nécessitant absolument ce genre de mesure ont besoin de beaucoup plus de surveillance étroite du personnel soignant. Du fait, les résidents ayant une perte d'autonomie moins sévère sont souvent laissés pour compte, car notre attention est rivée sur l'autre clientèle. La réforme de M. Barrette, notre super ministre de la Santé, nous laisse bien peu de marge de manœuvre, le ratio employé versus résidents est inconcevable. Depuis l'été 2017, sur une base quotidienne, une infirmière doit effectuer des tâches d'infirmière auxiliaire, l'infirmière auxiliaire doit effectuer des tâches de préposés aux bénéficiaires... j'ai même été témoin d,une ergothérapeute qui a effectué un quart de travail de préposé aux bénéficiaires.

Quant à moi, j'ai été embauchée avec une garantie d'emploi de 6/14.

Et pour le moment, il est bien rare que je fasse des semaines complètes. Je dois accepter des quarts de travail à la dernière minute, et ce, sur toutes les relèves.

Curieusement, selon les médias, un besoin flagrant de personnel infirmier est nécessaire dans le réseau de la santé...

C'est difficile d'avoir une qualité de vie et d'entrevoir l'avenir. Les postes à temps plein se font rares.

À ce jour, j'ai l'impression que ma vie est un éternel recommencement, et je ne vois pas la perspective d'un avenir meilleur pour le personnel infirmier.

Je dois combler mon horaire avec des agences de santé. Ce qui implique de nombreux déplacements. Même en étant une personne débrouillarde, accepter des mandats d'une agence de placement devient un irritant majeur toutes les fois, car je suis confrontée à une autre réalité. C'est-à-dire: de nouveaux collègues de travail, de nouveaux résidents, un nouvel établissement, et ce, sans avoir eu d'orientation. À ce jour, j'ai l'impression que ma vie est un éternel recommencement, et je ne vois pas la perspective d'un avenir meilleur pour le personnel infirmier.

Il fut un temps où j'envisageais de faire mon cours d'infirmière. Maintenant, à la lumière de ce que nous vivons, c'est plutôt à une réorientation de carrière que je pense.

Au début de ma carrière, j'avais le feu sacré. Maintenant, je vous laisse deviner où il se trouve.

Quelles solutions mettre en place? Engager du personnel et offrir de meilleures conditions de travail pour le personnel déjà en place. Le ministre Barrette aurait tout intérêt à réviser son plan de santé. Du coup, il pourrait donner une visibilité plus reluisante du métier et inciter les gens à vouloir diriger leur carrière vers le domaine de la santé.

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