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14/03/2018 06:00 EDT | Actualisé 14/03/2018 06:00 EDT

Je suis médecin spécialiste obstétricienne-gynécologue et j'en suis fière

Il est temps de nous concentrer sur des solutions concrètes, et non sur le dénigrement de tout un corps professionnel sans relâche pour quelques individus.

Ivan-balvan via Getty Images

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Depuis l'arrivée de Gaétan Barette comme ministre, il m'a été donné de lire d'innombrables articles dégradants sur les médecins. Ici et là au début, puis un à deux par semaine – chiffre ayant littéralement explosé dans les dernières semaines à 4 ou 5 par jour dans les différents quotidiens. Lettres d'opinion, journalistes, personnalités connues ou moins connues; chacun a son mot à dire. Sur notre rémunération bien sûr, mais aussi sur nos qualités en tant qu'individus : «paresseux», «insensibles à nos collègues dans les différents milieux de la santé», «malades de l'argent» et plus récemment «adorateurs du veau d'or public».

On parle beaucoup du harcèlement dans l'actualité, et je me demande si la limite n'a pas été franchie. Beaucoup d'encre versée à souligner nos nombreux défauts, à nous critiquer sur nos valeurs en tant qu'un seul et unique groupe d'individus – trop peu de solutions concrètes proposées toutefois. Et dans quel but? Parce que franchement j'aimerais bien le savoir. Fragiliser le lien que j'entretiens avec mes patientes? Me démotiver comme jeune spécialiste? Que j'aie honte de ma profession? Ou améliorer notre système de santé? Parce qu'à lire les différents articles je doute de cette dernière motivation.

Ce qui me frappe dernièrement, c'est le nombre de collègues de plus en plus élevé qui partagent leur désarroi face à la situation, qui entrent chaque matin la mine basse, qui se font invectiver par certains patients au quotidien, qui admettent du bout des lèvres qu'ils sont médecins.

Et bien à 32 ans, alors que j'ai passé plus de la moitié de ma vie à travailler chaque jour avec acharnement et discipline pour devenir le médecin que je suis aujourd'hui je peux vous dire une chose : je suis incroyablement fière d'être médecin. Pour tout le travail fait, pour les vies sauvées, pour chaque patiente aidée. Et personne ne devrait subir le traitement qui nous est réservé actuellement, quotidiennement, sans répit depuis beaucoup trop longtemps.

Personne ne devrait subir le traitement qui nous est réservé actuellement, quotidiennement, sans répit depuis beaucoup trop longtemps.

Je l'avoue sans détour : j'ai choisi la médecine à l'âge de 15 ans pour le salaire, la sécurité d'emploi et parce que j'étais particulièrement douée à l'école. J'ai développé en cours de chemin une passion pour le travail d'obstétricienne-gynécologue, au point où j'ai travaillé comme serveuse pendant un an malgré mon diplôme de médecine en poche afin de compléter une maîtrise et entrer dans le programme de résidence. J'ai ensuite complété le cursus en étant évaluée chaque jour de ma formation, sans avoir droit à l'erreur. Après 14 ans d'université, j'ai enfin gradué en 2017 : un des plus beaux jours de ma vie!

J'ai passé les 16 dernières années de ma vie à me préparer pour le jour où votre femme, votre fille ou votre mère aura besoin de mon expertise. Le jour où sa vie ou celle de votre enfant à naître reposera entre mes mains. Ce jour-là, je serai là pour elle, pour vous, sans attendre de remerciement en retour. Parce que j'aurai fait mon travail, celui qui me passionne et celui pour lequel j'ai fait tant de sacrifices.

Faites bien attention, je n'essaie aucunement de justifier mon salaire dans ces lignes. En vous racontant mon histoire, je revendique toutefois le droit d'être fière, fière d'avoir travaillé si fort, fière de contribuer à votre santé – même si je ne suis pas parfaite. Nous ne devons plus accepter d'être réduits à notre salaire, nous sommes bien plus que ça.

J'espère sincèrement que tout ce battage médiatique fera avancer les choses et que nous ferons partie de la solution.

Nous savons qu'il existe des problèmes importants dans le système de santé, nous en sommes plus que conscients puisque nos conditions de travail se sont grandement détériorées, tout comme celles des collègues qui nous entourent. J'espère sincèrement que tout ce battage médiatique fera avancer les choses et que nous ferons partie de la solution. Il est temps toutefois de nous concentrer sur des solutions concrètes, et non sur le dénigrement de tout un corps professionnel sans relâche pour quelques individus. Je suis entourée de médecins avec le cœur à la bonne place, passionnés par leur travail et je leur dis ceci : marchez la tête haute, continuez à sauver des vies avec la même passion. Soyez fiers.

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