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26/12/2017 09:00 EST | Actualisé 26/12/2017 09:00 EST

Yémen: mille jours trop tard pour les enfants

Dans le pays, plus de 11,3 millions d'enfants ont actuellement un besoin urgent d'aide humanitaire.

Un jeune garçon est allongé dans une salle d'urgence en attente d'un traitement pour un cas présumé de choléra, à l'hôpital Al-Joumhouri, à Sana'a, au Yémen, en mai 2017.
© UNICEF/UN073966/Clarke for UN
Un jeune garçon est allongé dans une salle d'urgence en attente d'un traitement pour un cas présumé de choléra, à l'hôpital Al-Joumhouri, à Sana'a, au Yémen, en mai 2017.

Le 21 décembre a marqué le millième jour de conflit au Yémen. Mille jours pour les enfants qui souffrent le plus d'une guerre qui n'est pas de leur faute. Mille jours d'enfances dérobées. Mille jours d'avenirs volés.

Dans le pays, plus de 11,3 millions d'enfants ont actuellement un besoin urgent d'aide humanitaire.

Le Yémen est mon pays d'origine, et je l'aime profondément. Le peuple, l'histoire, la terre, la culture... tous sont gravés dans mon cœur. Je ferme les yeux et je me trouve transporté dans les rues animées de Sanaa – ses odeurs, ses couleurs, ses bruits et ses points de vue. Sanaa était autrefois une ville si vivante.

Le Yémen est le pays le plus pauvre du Moyen-Orient et il est aujourd'hui au bord de la famine, s'il n'y s'y trouve pas déjà, sans parler de l'effondrement total de ses systèmes de santé et d'éducation.

Près de 400 000 enfants âgés de moins de cinq ans sont gravement dénutris et risquent de ne pas survivre une semaine de plus, à moins de recevoir un traitement. Une épidémie de choléra continue de se propager, avec souvent près de 3 000 nouveaux cas par jour. Plus de 1 500 écoles ne peuvent plus être utilisées, car elles ont été détruites ou servent d'abri aux familles déplacées ou aux milices.

© UNICEF/UN073650/anonymous
Un mère est assise avec son enfant, traité pour malnutrition, à l'hôpital Alsabeen, à Sana'a au Yémen

Ces mille derniers jours ont fait des ravages chez les enfants comme Ahmed, un jeune âgé de 17 ans au passé horrible. Ahmed avait l'habitude de se réveiller et d'aller à l'école comme n'importe quel autre enfant, puis de prier et de passer du temps à jouer avec ses amis. Mais tout a changé en un seul jour.

« Des amis m'ont poussé à me battre. On m'a donné une arme, et je suis allé au combat. La plupart de mes amis ont été tués, certains dans des affrontements où nous combattions ensemble », dit-il.

Le meilleur ami d'Ahmed a été tué, et il en est tombé si malade qu'il a dû se faire soigner.

Tout cela me fait me questionner : est-il trop tard?

Des organismes comme l'UNICEF sont présents sur le terrain depuis le début de la crise et font de leur mieux pour protéger les enfants au Yémen. Au cours des mille derniers jours, l'UNICEF a traité près de 170 000 enfants souffrant de malnutrition sévère aiguë, a contribué à procurer de l'eau potable à près de cinq millions de personnes et a apporté un soutien psychosocial à plus de 520 000 enfants comme Ahmed.

© UNICEF/UN071656/Fuad
En juillet 2017, au centre de santé Alsonainah à Sana'a, au Yémen, des enfants souffrant de diarrhée sévère et de cas présumé de choléra sont traités avec des solutés de réhydratation orale. Une équipe de l'UNICEF visite le centre de santé afin de s'assurer qu'il y ait assez de fournitures.

J'ai vu de mes propres yeux l'énorme soutien apporté par un grand nombre de travailleuses et de travailleurs humanitaires. Cependant, malgré cela, la communauté internationale n'en a certainement pas fait assez.

En premier lieu, nous avons besoin d'une solution politique immédiate à cette guerre. Une solution négociée qui protège les droits de l'enfant doit être convenue par toutes les parties prenant part au conflit.

Deuxièmement, nous ne pouvons plus tolérer les violations des droits de l'enfant. Les enfants doivent être protégés en tout temps, à tout prix, où qu'ils soient.

Troisièmement, nous avons besoin d'une augmentation massive de l'aide humanitaire pour permettre aux organismes comme l'UNICEF d'aider les femmes et les enfants les plus vulnérables. Cela signifie également leur accorder un accès sans entrave partout où ils doivent aller.

Enfin, nous devons renforcer les mécanismes d'adaptation des familles en soutenant la prestation de services de base gratuits et de qualité. Chaque enfant devrait avoir accès à des services de base, comme les services de santé et d'éducation.

Le peuple yéménite est fort, mais même les plus forts d'entre nous ont parfois besoin d'aide. Nous devons leur tendre la main avant que la vie d'un trop grand nombre d'enfants ne soit perdue à jamais.

Zahra Al-Harazi est un ambassadeur d'Unicef Canada.

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