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14/01/2018 08:00 EST | Actualisé 14/01/2018 08:00 EST

Les enfants rohingyas ne devraient pas souffrir de l'inaction

L'échec de la communauté internationale pour négocier la paix est en train de coûter aux enfants rohingyas leur enfance, leur avenir et dans certains cas, leur vie.

Mariom Khatun, réfugiée rohingya âgée de 25 ans, tient dans ses bras son bébé, Firuz Ahmed, âgé de 5 mois, alors qu’ils se reposent sur les rives de la rivière Naf, dans le district de Cox’s Bazar, au Bangladesh, après un périple de six heures pour traverser la rivière sur une embarcation de fortune.
© UNICEF/UN0148154/Brown
Mariom Khatun, réfugiée rohingya âgée de 25 ans, tient dans ses bras son bébé, Firuz Ahmed, âgé de 5 mois, alors qu’ils se reposent sur les rives de la rivière Naf, dans le district de Cox’s Bazar, au Bangladesh, après un périple de six heures pour traverser la rivière sur une embarcation de fortune.

Combien vaut un enfant?

Avant de répondre « il n'a pas de prix », sans y penser à deux fois, posez-vous de nouveau la question en vous imaginant que vous êtes affamé et que vous n'avez pas mangé depuis des semaines. Vous êtes malade d'avoir bu la seule eau que vous avez pu trouver, car elle est contaminée. Vous êtes trempé après avoir dormi sous des arbres ou des bâches. Votre conjoint ou votre conjointe manque à l'appel et a probablement perdu la vie. Vous avez des flash-back de la violence qui vous a fait fuir votre foyer et tout abandonné, et vous marchez sans arrêt depuis 10 jours pour trouver de l'aide. Vous tenez dans vos bras trois enfants affamés qui vous regardent de leurs yeux traumatisés remplis de larmes, et qui ont désespérément besoin de sécurité, de protection et de réponses.

Les Rohingyas ont été forcés de laisser leur vie et leur moyen de subsistance derrière eux, au Myanmar. Pour ces réfugiés musulmans piégés dans ce que certains appellent un « exemple classique de nettoyage ethnique, » le désespoir peut devenir synonyme de danger pour beaucoup d'enfants. Les parents qui ne disposent que de minces sources de revenus peuvent être tentés de saisir diverses occasions qui s'offrent à eux, même quand elles peuvent se révéler dangereuses pour leurs enfants. Ils recherchent la sécurité et le moyen de survivre au Bangladesh.

Posez-vous désormais plutôt cette question : combien seriez-vous prêt à payer pour offrir une porte de sortie à votre enfant?

C'est le déchirant dilemme auquel sont confrontés les Rohingyas. J'ai été témoin de cette crise depuis trois mois. Comme Québécois, c'est très loin de la vie que j'ai toujours connue.

© UNICEF/UN0147322/Brown

Depuis le mois d'août 2017, plus de 655 000 réfugiés rohingyas sont arrivés au Bangladesh. Plus de la moitié d'entre eux sont des enfants. Les agences humanitaires comme l'UNICEF ont rapidement répondu aux besoins immédiats en nourriture, refuges et eau potable, mais la demande dépasse de loin l'aide fournie. Il s'agit de la situation d'urgence humanitaire qui s'intensifie le plus rapidement en ce moment dans le monde.

Dans le chaos créé par cette crise et dans l'ombre des problèmes que nous voyons et de ceux que nous ignorons se profile le risque de trafic d'enfants.

L'échec de la communauté internationale pour négocier la paix est en train de coûter aux enfants rohingyas leur enfance, leur avenir et dans certains cas, leur vie.

Mais même si la paix survient, cette forme d'exploitation que constitue le trafic d'enfants les place sur une pente dangereuse qui pourrait être difficile à remonter.

Un nouveau rapport de l'Organisation internationale pour les migrations confirme ce que nous, en première ligne, voyons depuis le début de la crise. Les réfugiés rohingyas vivent dans des conditions sordides de surpeuplement, sans chance de pouvoir trouver du travail, alors ils font ce qu'ils peuvent pour survivre. Malheureusement, cela peut les pousser à céder aux pressions des trafiquants d'êtres humains dans leur lutte pour la survie.

Le rapport révèle que de jeunes filles, attirées par la promesse d'un bon mariage, ont plutôt été forcées de se prostituer. Des parents qui croyaient que leur enfant obtiendrait un bon emploi ont été leurrés.

Il s'agit d'une tragédie humaine à laquelle nous sommes en mesure de mettre un terme. Nous pouvons sonner le glas du trafic d'enfants en fournissant aux familles les moyens dont ils ont besoin pour faire vivre leurs enfants. Il s'agit de combler leurs besoins de base et de s'assurer que leurs enfants puissent aller à l'école, recevoir des soins de santé et accéder à des mesures de protection dans la communauté. Les familles ne continueront pas de s'exposer au danger avec leurs enfants si elles n'en voient pas le besoin immédiat.

© UNICEF/UN0148012/Knowles-Cour

Le Canada a déjà pris des mesures importantes pour soutenir ces enfants vulnérables. En 2017, le Canada s'est engagé à fournir plus de 37,5 $ millions en assistance humanitaire au Bangladesh et au Myanmar. Ce montant inclut les 12,5 $ millions du Fonds de secours pour la crise au Myanmar, jumelant tout don individuel fait entre le 25 août et le 28 novembre 2017.

Un financement suffisant et un meilleur accès aux ressources sont nécessaires pour assurer la protection de chaque enfant rohingya en danger. Sinon, les enfants auront toujours une valeur marchande et demeureront exposés à l'exploitation et au trafic. Seule une solution à long terme pourra mettre fin à cette épouvantable violence, une solution qui permettra le retour sécuritaire, volontaire et digne des réfugiés rohingyas au Myanmar.

Parce que la réponse à la question sur la valeur d'un enfant devrait être « il n'a pas de prix ». Chaque fois.

Jean-Jacques Simon, originaire de Montréal, est chef des communications à UNICEF Bangladesh.