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21/02/2014 12:04 EST | Actualisé 22/04/2014 05:12 EDT

Quel printemps pour le développement international?

Ce billet a été écrit par Chantal Havard, agente de communication et de relations avec le gouvernement au Conseil canadien pour la coopération internationale (CCCI).

Ces dernières années, force est de constater que l'environnement de la coopération internationale canadienne a été largement teinté de gris.

Entre les coupes majeures dans le budget de l'aide internationale, la rupture abrupte des liens entre l'(ancienne) Agence canadienne de développement international (ACDI) et les organisations de la société civile canadienne, la fusion de l'ACDI et du ministère des Affaires étrangères et du Commerce international et le réalignement annoncé sur la promotion des entreprises canadiennes, on se serait cru dans une tempête qui ne finit plus!

Malgré ces conditions défavorables et des ressources de plus en plus limitées, nombre d'organisations ont continué de défendre une vision équitable et progressiste de la coopération internationale. Une vision fondée sur la défense des droits de la personne et du bien commun et sur la dénonciation de ce qui exacerbe les inégalités, ici comme ailleurs.

Au Conseil canadien pour la coopération internationale (CCCI), nous constatons chaque jour cette capacité de résilience des organisations de la société civile œuvrant en développement international, et leur souci de se renouveler pour demeurer pertinentes dans un contexte canadien et mondial en pleine ébullition.

Plusieurs explorent de nouvelles avenues de financement, afin de poursuivre leur travail auprès des partenaires dans les pays en développement et de cultiver une plus grande indépendance. Certaines évaluent la possibilité d'unir leur destinée avec une autre organisation qui partage la même vision, ou encore de se regrouper sous un même toit afin de mettre des services en commun.

Nombreuses sont les organisations qui travaillent de plus en plus en étroite collaboration afin de parler d'une même voix pour défendre certaines valeurs et approches en lien avec la coopération internationale. Elles peaufinent également leurs communications afin de partager des histoires qui résonnent auprès des Canadiens.

Car si nous voulons être entendus par le gouvernement fédéral et espérer influencer les choix qui se font au ministère des Affaires étrangères, du Commerce et du Développement (MAECD), nous devons démontrer que nos préoccupations sont partagées par un bon nombre de Canadiens et Canadiennes et donner à ces derniers des outils pour se faire entendre.

Sur ce plan, il y a eu beaucoup de fébrilité sur la colline parlementaire ces deux dernières semaines en lien avec le développement international, alors que des acteurs et supporteurs du milieu sont venus faire entendre leur voix auprès des élus. Ils demandaient notamment la poursuite du Programme de stages internationaux pour les jeunes, en vigueur depuis 1997, et la protection (de ce qui reste) du budget de l'aide internationale.

Le renouvellement du programme de stages au sein du nouveau super-ministère n'est pas assuré et des milliers de personnes et d'organisations se sont mobilisées depuis juillet dernier. Des témoignages d'anciens stagiaires ont été publiés et des lettres ont été envoyées aux ministres Baird et Paradis. Des centaines de personnes ont également signé une lettre d'appui au programme, qui a été remise à Mme Lois Brown, secrétaire parlementaire pour le développement international, à la suite d'une conférence de presse. Cette dernière a également pris le temps d'échanger avec d'anciens stagiaires.

La campagne Protégez le budget de l'aide a, quant à elle, recueilli plus de 21 000 signatures en un peu plus de deux semaines. À Montréal, la manifestation organisée par l'AQOCI, le 10 février dernier, sur le détournement de l'aide canadienne a rassemblé près de 250 personnes et a trouvé un écho dans les grands médias.

Pendant la Semaine du développement international (du 2 au 8 février 2014), des dizaines d'articles illustrant des succès de la coopération internationale canadienne ont été publiés partout au pays, dont plusieurs sur le blogue du Ottawa Citizen sur l'aide et le développement (en anglais) ainsi que sur le blogue du CCCI.

Ces histoires ont rejoint des milliers de Canadiens et Canadiennes et ont, en quelque sorte, fait contrepoids à un certain discours ambiant voulant que la coopération internationale n'ait pas produit de résultats significatifs, et qu'il aille de soi de s'en remettre au secteur privé canadien pour éliminer la pauvreté. Elles ont également démontré que les organisations canadiennes de développement, en étroite collaboration avec leurs partenaires sur le terrain, innovent sans cesse et identifient des solutions pour répondre aux grands défis de la lutte à la pauvreté.

Maintenant plus que jamais, les organisations de développement international doivent se serrer les coudes et se joindre à d'autres organisations et mouvements qui partagent des préoccupations communes.

Nous travaillons d'ailleurs sur un programme ambitieux pour mobiliser la population canadienne et le monde politique, dans le contexte de l'après-2015 (nouveau cadre qui remplacera les Objectifs du millénaire pour le développement) et de la prochaine campagne électorale fédérale, afin de promouvoir le réengagement positif du Canada dans le monde... À suivre dans un prochain article!

La créativité, l'innovation et la mise sur pied d'alliances autour d'enjeux communs ont toujours été des traits caractéristiques de la société civile! Malgré la grisaille, on peut rêver au printemps.

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