LES BLOGUES
17/03/2014 12:29 EDT | Actualisé 16/05/2014 05:12 EDT

Comment on a malgré tout laissé tomber l'aide internationale canadienne

Ce billet a été écrit par Fraser Reilly-King, analyste des politiques (aide au développement et coopération internationale) au Conseil canadien pour la coopération internationale (CCCI). Il a d'abord été publié dans le blogue Aid and Development du Ottawa Citizen le 18 février 2014 sous le titre : Unprotected - How Canadian aid got dropped despite Budget 2014.

Il est difficile de décrire comment je me sens face au contenu du dernier budget fédéral.

Exalté? Surpris? Soulagé? Contrarié?

Comme ceux et celles qui ont consulté le plan budgétaire Sur la voie de l'équilibre : créer des emplois et des opportunités le savent, ou du moins ceux qui ont lu les pages 270 et 271 concernant l'aide internationale, le budget 2014 ne dit en fait pas grand-chose concernant l'aide canadienne. Et pour une fois, je ne peux que m'en réjouir.

L'aide canadienne et l'Agence canadienne de développement international (ACDI) ont connu dernièrement des années turbulentes.

Dans le budget 2010, le gouvernement fédéral a indiqué qu'il gèlerait dès 2011 l'enveloppe de l'aide internationale (EAI) - qui est à la base de l'aide canadienne - à 5 milliards de dollars.

Puis, un an plus tard en 2012, le gouvernement a annoncé une série de coupures successives devant s'appliquer d'ici 2014-2015, mettant ainsi en péril le montant de base de 5 milliards de dollars prévu pour l'EAI.

L'année dernière a été un tournant encore plus important pour le secteur du développement international au Canada. L'ACDI a été intégrée dans le nouveau méga ministère des Affaires étrangères, du Commerce et du Développement (MAECD) sur la base d'une plus grande cohérence des politiques.

Craignant que le gouvernement ne coupe davantage dans l'aide internationale dans le budget 2014, le Conseil canadien pour la coopération internationale (CCCI), l'organisation pour laquelle je travaille, a appuyé la campagne « Protégez le budget de l'aide » mise sur pied par Ingénieurs sans frontières - Canada et d'autres organisations.

La pétition a été lancée au début du mois de février et demandait essentiellement au gouvernement de ne pas faire de coupes supplémentaires dans le budget de l'aide canadienne. Elle a été signée par plus de 21 000 personnes entre son lancement et l'annonce du budget 2014 - soit environ deux semaines.

Bien qu'il soit difficile d'évaluer l'impact réel qu'a eu la pétition sur la décision du gouvernement de ne pas annoncer d'autres coupes (si nous sommes réalistes, je dirais « très peu » puisque le budget a probablement été approuvé des mois avant sa parution), il n'en demeure pas moins que, symboliquement, la pétition a signifié une forte prise de position de la part des organisations et du public et cette initiative d'Ingénieurs sans frontières a été très bien reçue.

Le mardi 11 février, Christian Paradis, ministre du Développement international et de la Francophonie, a saisi l'occasion (suite à la campagne et à l'absence de nouvelles dans le budget 2014), pour tweeter : « Tel que promis le budget de l'aide [internationale] est maintenu. Fier du rôle de premier plan que le Canada joue partout dans le monde ».

Mais jusqu'à quel point peut-on considérer cette affirmation comme étant véridique? Le budget a-t-il été maintenu? L'aide est-elle protégée?

En avril 2013, Lee Berthiaume, journaliste à Postmedia News, écrivait que près de 300 millions de dollars en aide publique au développement n'avaient pas été dépensés et que l'ancienne ACDI avait dû les retourner dans les coffres du Conseil du Trésor.

Cette tactique consistant à dépenser moins que ce qui était prévu dans le budget initial (une tendance que l'on constate également dans plusieurs autres ministères et qui fait partie des efforts des conservateurs pour réduire le déficit budgétaire) a accéléré, en toute discrétion, les coupes dans le budget de l'aide canadienne, tel qu'argumenté par d'autres.

En se référant aux chiffres du Rapport au Parlement sur l'aide au développement officielle du gouvernement du Canada 2012-2013, le Rapport statistique sur l'aide internationale 2011-2012, le budget 2012, et le budget supplémentaire des dépenses 2012-2013, le CCCI et AidWatch Canada ont déterminé que le gouvernement avait en fait réduit l'EAI en 2012-2013 de 370 millions de dollars, incluant 290 millions de dollars non dépensés et qui ont été retournés dans les coffres du Conseil du Trésor.

Cette coupe de 370 millions représente bien plus que la réduction de 180,7 millions de dollars prévue cette année-là dans le budget 2012, et dépasse même quasiment la réduction de 377,6 millions de dollars prévue d'ici 2014-2015!

Par ailleurs, tel que noté par Liam Swiss dans son blogue « Doing less with less » (Faire moins avec moins), au fur et à mesure que le budget de l'aide continue de chuter et que l'économie canadienne poursuit sa croissance, le pourcentage de l'aide canadienne par rapport à son revenu national brut (RNB) (faisant ici référence à l'objectif de 0,7 % fixé par la communauté internationale, incluant le Canada, et dont vous avez peut-être déjà entendu parler) chutera de façon draconienne et ce en dessous de son actuel 0,31 %.

Alors, qu'est-ce que cela signifie pour le développement international? Comme l'a affirmé Julia Sánchez, présidente-directrice générale du CCCI, en réponse au budget 2014, l'ampleur de ces réductions représente « la non-réalisation de programmes qui auraient pu aider des dizaines de milliers de personnes qui luttent pour se sortir de la pauvreté. ».

Voilà la réelle tragédie.

Malgré le fait que le budget fédéral 2014 ne fasse aucune mention de coupes supplémentaires, il semble que le mal soit déjà fait.

Un « rôle de premier plan » pour le Canada dans le monde? Le budget de l'aide internationale « maintenu »? À vous de juger.

VOIR AUSSI SUR LE HUFFPOST

Budget fédéral 2014 : les faits saillants

Retrouvez les articles du HuffPost sur notre page Facebook.



Comment connecter son compte HuffPost à Facebook pour pouvoir commenter?