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16/12/2018 06:00 EST | Actualisé 16/12/2018 06:00 EST

Budgets d'aide internationale: les (in)capacités du Canada

Le Canada est à la traîne par rapport à ses pairs et s'avère moins généreux que les gouvernements conservateur et libéral précédents.

MARTIN OUELLET-DIOTTE via Getty Images
Nombreux sont ceux qui ont déploré le manque de générosité du Canada en matière d'aide au développement et ont demandé au gouvernement canadien d'augmenter son budget dédié à cette cause.

Ce billet du blogue Un seul monde, une initiative de l'AQOCI et du CIRDIS, a été écrit par Stephen Brown, professeur titulaire de science politique à l'Université d'Ottawa et codirecteur de l'ouvrage collectif Rethinking Canadian Aid.

Dernièrement, plusieurs commentateurs, d'humbles blogueurs aux plus respectables Toronto Star et Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), ont déploré le manque de générosité du Canada en matière d'aide au développement et ont demandé au gouvernement canadien d'augmenter son budget dédié à cette cause.

Qualité de l'aide

Le Canada est en effet à la traîne par rapport à ses pairs et le gouvernement Trudeau s'avère moins généreux que les gouvernements conservateur et libéral précédents. Toutefois, augmenter le niveau d'aide n'est qu'une partie de ce qui est nécessaire pour relever les défis du développement international.

Il est également essentiel d'améliorer la qualité de l'aide, ainsi que toute une gamme de politiques dans les pays riches autres que sur l'aide au développement. Donc, mis à part — ou plutôt en plus — d'augmenter le budget dédié à l'aide, que devrait faire le Canada pour promouvoir le bien-être de milliards de personnes dans les pays en voie de développement? Deux récents rapports nous aident à tracer la voie.

Le premier rapport est l'Examen par les pairs de l'OCDE qui examine les efforts du Canada en matière de coopération au développement. Treize de ses quatorze recommandations présentent des moyens grâce auxquels le gouvernement canadien pourrait améliorer la qualité de son aide au développement.

Parmi celles-ci, on retrouve: le renforcement de son engagement auprès des organisations de la société civile canadiennes, internationales et locales; l'élaboration d'une stratégie pour travailler avec les partenaires du secteur privé; la mise en place de directives et d'instruments sur la manière de mettre en œuvre la nouvelle politique d'aide féministe; et la réduction de la proportion de ressources préaffectées allouées aux organisations multilatérales, ce qui les empêche de dépenser des ressources là où elles sont les plus nécessaires.

Plusieurs recommandations concernent l'organisation interne d'Affaires mondiales Canada et la mise en œuvre de ses programmes d'aide, y compris: simplifier et harmoniser les procédures au sein du ministère, qui ne s'est pas encore adapté à l'intégration de l'Agence canadienne de développement international (ACDI) il y a cinq ans; alléger les formalités administratives, notamment en donnant aux fonctionnaires sur le terrain un pouvoir plus important pour approuver des programmes sans avoir à se soumettre à de lourds processus d'approbation à Ottawa; mieux soutenir son personnel; et être moins centré sur le Canada en s'alignant davantage sur les données et les résultats des pays bénéficiaires.

La dernière recommandation de l'OCDE concerne les mesures autres que l'aide au développement, plus particulièrement la nécessité de travailler de manière concertée au sein du gouvernement canadien pour identifier et remédier aux effets négatifs des politiques canadiennes sur les pays en développement. Cet objectif est connu sous le nom de la «cohérence des politiques pour le développement».

Le deuxième rapport porte justement sur ces politiques qui ne relèvent pas de l'aide au développement. L'Indice d'engagement en faveur du développement 2018 du Center for Global Development évalue et compare les résultats de 27 pays riches dans sept domaines qui touchent les pays en voie de développement. Le Canada se classe au 17e rang, une baisse par rapport à son 7e rang en 2005.

Le classement du Canada en matière d'aide au développement est supérieur à la moyenne et se maintient au même niveau depuis six ans. Sur deux des six indicateurs non liés à l'aide, le Canada se classe mieux que la moyenne: il se classe au sixième rang à la fois dans les secteurs des finances et de la migration.

Sécurité et environnement: le Canada à la traîne

Toutefois, en ce qui concerne les domaines de la sécurité et de l'environnement, le Canada se classe parmi les pires (au 23e rang dans les deux cas). Dans la section sur la sécurité, le rapport souligne les maigres contributions du pays au maintien de la paix et son niveau relativement élevé d'exportations d'armes. Le classement du Canada a considérablement chuté à ce niveau au cours des 15 dernières années: en 2003, le Canada figurait parmi les six premiers pays.

En revanche, les politiques environnementales du Canada ont toujours été parmi les pires. En particulier, le Canada affiche des résultats très médiocres en ce qui concerne les niveaux élevés d'émissions de gaz à effet de serre (et peu de progrès dans leur réduction) et la production de combustibles fossiles.

Fait intéressant, l'élection du gouvernement Trudeau en 2015 a eu peu d'impact sur l'indice de l'engagement en faveur du développement. En fait, le classement général du Canada est tombé du 14e au 17e rang entre 2015 et 2018.

Autant une plus grande quantité d'aide qu'une meilleure qualité sont indispensables. Au cours des dernières années, le Canada n'a fait aucun progrès significatif dans ce domaine, malgré de nombreuses initiatives très médiatisées.

Le gouvernement canadien continue de reformuler ses priorités en matière d'aide après quelques années, abandonnant ses anciennes priorités dans sa quête du prochain objet brillant, créant de l'instabilité et obligeant les organisations et les gouvernements partenaires à reformuler leurs propositions, afin de les faire correspondre à la dernière sensation du mois au Canada.

Le principal ingrédient manquant semble être la volonté politique de les mettre en œuvre, tout comme dans le cas du refus du gouvernement de devenir un pays donateur plus généreux.

De surcroît, le Canada est de plus en plus à la traîne en ce qui concerne les politiques autres que l'aide qui pourraient contribuer à promouvoir le développement international. Tout cela fournit une preuve supplémentaire que les changements effectués sous le gouvernement Trudeau en matière de développement se situent davantage au niveau de la rhétorique et de l'image de marque qu'au niveau de nouvelles politiques et pratiques réelles.

Les récents rapports de l'OCDE et du Center for Global Development offrent des pistes intéressantes sur la manière dont le Canada pourrait prendre des mesures concrètes pour améliorer la qualité de son aide et la cohérence des politiques pour le développement. Aucune de ces idées n'est nouvelle. Le principal ingrédient manquant semble être la volonté politique de les mettre en œuvre, tout comme dans le cas du refus du gouvernement de devenir un pays donateur plus généreux.

N'hésitez pas à contacter Ève Claudel Valade, pour en savoir davantage sur le blogue ou connaître le processus de soumission d'articles.

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