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11/05/2015 10:13 EDT | Actualisé 11/05/2016 05:12 EDT

Accord sur le nucléaire ou pas, l'avenir du Moyen-Orient s'annonce sombre

Ce billet fait partie d'une série de blogues célébrant les 10 ans du HuffPost, série pour laquelle nous avons invité des experts à réfléchir sur la prochaine décennie dans leurs domaines respectifs. Pour découvrir leurs blogues, visitez notre section Le monde en 2025.

L'accord entre les grandes puissances et l'Iran sur le programme nucléaire de Téhéran aura un impact significatif, c'est le moins qu'on puisse dire. Il marquera le début d'une nouvelle ère; une ère où les États-Unis et l'Iran ne chercheront plus à déstabiliser l'autre à chaque fois qu'ils en ont l'occasion. Dans ce contexte de trêve, les États-Unis et l'Iran peuvent entamer un dialogue sur les questions régionales plutôt que de voir le vide diplomatique exacerber les tensions existantes. Mais malgré cette percée historique à venir, c'est un avenir sombre qui attend le Moyen-Orient.

Tout remonte à la désastreuse décision de George W. Bush d'envahir l'Irak. Les répercussions de la guerre d'Irak se feront sentir plus fortement encore au cours de la décennie à venir que durant les 10 années qui ont suivi le conflit. Voici brièvement pourquoi: l'invasion de l'Irak a affaibli à tel point les États-Unis que l'ordre régional établi par l'Amérique a commencé à s'écrouler. L'instabilité que nous observons actuellement au Moyen-Orient s'explique en partie par le processus de recherche d'un nouvel équilibre; et ce genre de processus est quasiment toujours très meurtrier. C'est en quelque sorte la tempête avant le calme.

Mais cette tempête n'est pas une tempête comme les autres, car la guerre d'Irak n'a pas simplement détruit l'ordre régional, elle a lancé la destruction de la structure étatique même, sur laquelle tout ordre se construit. En fin de compte, l'administration Bush n'a pas simplement changé le régime de Bagdad, elle a détruit l'État irakien dans son ensemble. Conjugué avec les profonds problèmes sociétaux dont souffrent nombre de pays arabes - amplement dus à leurs systèmes politiques verrouillés et au pacte sécuritaire que les régimes arabes ont conclu avec Washington, qui donnait la prime à la stabilité de court terme plutôt qu'à un processus de libéralisation politique à long terme - le déchaînement de ces forces a répandu le chaos et a fait passer plusieurs États autoritaires de la région au rang de failed states (États en déliquescence).

Aussi difficile et douloureux que soit ce processus de mise en place d'un nouvel ordre régional en soi, il est pratiquement impossible de construire un équilibre durable sur les fondations d'États en situation d'échec.

Au cours des 10 prochaines années, ces deux problèmes indissociables apporteront encore plus de souffrances et de chaos au Moyen-Orient. La situation empirera -et de beaucoup- avant de pouvoir s'améliorer.

Rien de surprenant à ce que les États-Unis et l'Iran aient choisi ce moment pour surmonter leur inimitié historique, qui remonte à presque quarante ans. Leur environnement se dégrade en un chaos et des menaces tels que le coût que représente une poursuite de cette inimitié devient tout bonnement insupportable. Washington n'a plus les moyens de faire face à Al Qaeda, à l'EI, aux talibans et aux activités déstabilisatrices de ses propres alliés en plus de sa confrontation avec l'Iran. De la même manière, Téhéran n'a pas la capacité de contenir la propagation de mouvements sectaires et de gérer sa rivalité et sa guerre par procuration avec l'Arabie saoudite en plus du différend avec les États-Unis sur son programme nucléaire.

Autant les rivalités des grandes puissances ont déterminé les évolutions politiques du Moyen-Orient au cours des dernières décennies, autant les États forts - même s'ils ont été rivaux - doivent désormais faire face à une menace commune: les États en déliquescence et le chaos qu'ils engendrent. Nonobstant leur rivalité, l'Iran et les États-Unis ont besoin l'un de l'autre pour relever le double défi de stabilisation et de reconstruction de ces États faillis et établir une nouvelle architecture de sécurité régionale qui apporte un nouvel équilibre au Moyen-Orient. Les États-Unis et l'Iran ne peuvent bien entendu pas mener seuls ce projet à bien. Par définition, le processus doit être inclusif - aucune architecture de sécurité n'aboutira si elle ne recueille pas un large assentiment dans la région. Ceci nécessite l'implication de tous les acteurs de premier plan, dont font partie l'Arabie saoudite, la Turquie et Israël.

Grâce à la solidité de ses structures étatiques, l'Iran peut jouer un rôle stabilisateur crucial dans la région. La chef de la politique étrangère européenne, Federica Mogherini, l'a admis en déclarant que l'accord sur le nucléaire pouvait "ouvrir la voie à un rôle différent pour l'Iran dans la région " qui annoncerait sécurité et stabilité régionales. Comme l'a souligné Mogherini, l'Iran pourrait jouer un "rôle de premier plan, mais positif " dans les conflits qui agitent le Moyen-Orient, en particulier en Syrie.

La tâche est titanesque. Et les espérances doivent être tempérées. Il n'existe pas de solution rapide. Mais au moins, un obstacle majeur semble avoir été surmonté: les États-Unis et l'Iran peuvent désormais discuter, se consulter et même discrètement coordonner leurs actions alors que la région doit faire face au chaos qui embrase le Moyen-Orient. Ce n'est rien moins qu'un changement de paradigme.

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