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24/03/2015 11:50 EDT | Actualisé 24/05/2015 05:12 EDT

De l'aide ou des bombes? Le combat du Canada contre l'extrémisme

Alors que le Parlement se rapproche du vote concernant le prolongement de la mission du Canada en Irak, les Canadiens devraient se demander s'ils entrevoient une fin positive - ou ne serait-ce qu'une fin - à notre mission là-bas, et si le Canada peut s'engager dans une politique plus productive au Moyen-Orient.

Les hivers peuvent être rudes au Moyen-Orient. La région montagnarde d'Akkar, près de la frontière nord du Liban avec la Syrie est un exemple parfait. Couverte de neige, où la température tombe souvent sous zéro, la région abrite selon les estimations 109 000 réfugiés syriens.

Des 198 000 résidents permanents d'Akkar, 67 % vivent sous le seuil de la pauvreté. Un tel flux de réfugiés crée des problèmes si sévères que le président libanais parle d'une « crise existentielle ». En effet, plus de la moitié des résidents d'Akkar sont des réfugiés. Plusieurs doivent habiter des bâtiments abandonnés ou vivre dans la rue.

Les conditions des camps de réfugiés où d'autres s'abritent, sont déplorables. Le gouvernement libanais a évité de donner le droit au Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) de mettre en place ses propres camps de réfugiés, car la dernière fois que cela s'est produit 375 000 sont restés de façon permanente.

Les prix de la nourriture et de l'électricité ont explosé à travers le Liban, les pannes de courant sont communes, l'itinérance et le crime augmentent. Il en va de même pour le désespoir, le cynisme et les tensions sociales.

Le résultat est un terreau fertile pour les activités extrémistes.

« Il y a une propagation du terrorisme au Liban en raison de la présence de centaines de milliers de sans-abris désespérés et affamés dont personne ne s'occupe », a déclaré le ministre des Affaires sociales libanais Rashid Derbas dans une entrevue avec l'agence de nouvelle Al-Markaziyah l'an dernier.

Des pays, tel que l'Allemagne, ont fait de la réponse aux conditions de ces réfugiés - et la sécurité et les préoccupations humanitaires reliées - une priorité de leur politique étrangère. Mais comment se positionne le Canada?

Le Canada appuie le bombardement de l'État Non-Islamique en Irak et au Levant (pourquoi les appeler comme ils le veulent alors qu'il s'agit de quelque chose qu'ils ne sont certainement pas?). Bien que je salue le Canada pour sa tentative d'agir pour dégrader la force de l'État non-islamique en Irak, la stratégie (ou l'absence de stratégie) sous sa forme actuelle est inutile pour dégrader véritablement les capacités de l'État terroriste.

Les bombardements ne dégradent que marginalement un groupe comme l'État Non-Islamique qui tire ses tactiques des manuels du Hezbollah et du Hamas : créer de l'équipement hautement mobile et le positionner profondément sous le niveau du sol ou parmi les aires résidentielles. Quand les premières périodes de bombardements ont commencé, un membre de l'État non-islamique s'est moqué de la prévisibilité des gouvernements occidentaux, déclarant que la majorité des combattants Non-Islamiques et leurs équipements avaient quitté les lieux.

Une stratégie cohérente doit également répondre à la situation en Syrie. Stephen Harper ne tente d'éteindre un feu que lorsqu'il traverse vers un autre terrain, alors que la source du feu est l'emplacement voisin, et que de le bombarder s'avère tout autant futile.

Alors vous vous demandez : pourquoi le Canada et ses alliés n'arment-ils pas les rebelles modérés en Syrie? Les États-Unis essaient en ce moment et échouent lamentablement. Non seulement est-il trop peu trop tard, mais des craintes existent quant à la possibilité que des rebelles modérés changent de camp pour l'État Non-Islamique et emportent avec eux leurs armes - signifiant que les États-Unis pourraient indirectement armer leurs ennemis.

Renoncer aux bombardements et armer les rebelles en tant que moyen approprié pour accomplir les buts du Canada, qui sont de dégrader l'État non-islamique, qu'en est-il des bottes canadiennes sur le sol? Il n'y a aucun appétit pour cela en Occident, et l'histoire nous informe que cela causerait plus de tort que de bien.

D'entrainer et d'équiper un État, ou des acteurs se rapprochant d'un État, tel que l'armée irakienne et les peshmergas pourrait être utile pour arrêter l'État non-islamique en Irak, mais aucune de ces forces n'auraient la capacité, même si bien entraînée et équipée, de les battre en Syrie. La participation des peshmergas limite aussi la participation d'un autre allié puissant - la Turquie - qui a des relations tendues avec ses habitants et voisins kurdes.

Cela semble complexe? C'est le cas. Le Canada peut-il vraiment accomplir son but de dégradation de l'État non-islamique avec les limites politiques et financières imposées? Non, il ne le peut pas.

Devrait-il au moins essayer? Pour la différence marginale que fait le petit contingent canadien parmi la coalition par rapport à son coût aux contribuables canadiens, je soutiens que nous pourrions mieux nous servir de cet argent en faisant une différence directe dans la vie de millions de réfugiés.

De manière plus crue, de combattre l'ÉIIL est moins efficace que d'aborder la crise humanitaire de laquelle beaucoup de cet extrémisme tient son origine.

Le Canada peut aider à financer les efforts de l'HCR, augmenter l'admission de réfugiés et tenter de convaincre des États comme le Liban et la Turquie de coopérer afin d'assurer que des écoles, des emplois, et d'autres programmes éducatifs soient disponibles aux réfugiés - évitant ainsi que l'abandon des réfugiés ne les mène à l'extrémisme, et assurant de ce fait une sécurité et une prospérité à long terme dans la région et de par le monde.

Voilà une initiative de politique étrangère avec laquelle le Canada peut connaître du succès.

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