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06/05/2019 12:36 EDT | Actualisé 06/05/2019 12:39 EDT

Le choix du Sénat: miser sur la santé publique ou protéger le lobbyisme partisan?

Les choix qui se présentent au Sénat sont les suivants: protéger la santé de nos enfants en adoptant le projet de loi S-228 dans un délai convenable, ou protéger les intérêts lobbyistes de l’industrie alimentaire en procrastinant indéfiniment.

Jose Luis Pelaez Inc via Getty Images
Quand la désinformation et les pressions politiques de l’industrie pour restreindre la publicité d’aliments et de boissons à faible valeur nutritive ciblant les enfants favorisent l’industrie de la malbouffe plutôt que la santé de la population...

Ce texte est coécrit avec Yves Savoie, chef de la direction national de Cœur + AVC. La Coalition Arrêtons la pub destinée aux enfants (CAPE), fondée par Cœur + AVC en collaboration avec la Childhood Obesity Foundation, est soutenue par plus de 120 organismes et individus canadiens, incluant la Société canadienne du cancer et Diabète Canada.

Les agriculteurs canadiens produisent des récoltes et élèvent du bétail de qualité supérieure. Cependant, dans la plupart des cas, lorsque ces aliments sains sont transformés industriellement, des quantités nocives de sel, de sucre et de gras saturés y sont ajoutées.

La consommation excessive de ces éléments joue un rôle important dans le développement de l'hypertension artérielle, des maladies cardiovasculaires, du diabète de type 2 et de certains cancers. L'industrie alimentaire doit revoir ses pratiques.

Les régimes alimentaires élevés en sel, en sucre et en gras saturés sont la deuxième cause de mortalité (après la cigarette) au Canada, et coûtent à notre économie plus de 26 milliards de dollars par an. Tandis que les décès liés à l'alimentation se produisent principalement à l'âge adulte, les risques associés à des comportements alimentaires malsains prennent racine dès le jeune âge.

À ce jour, plus de 30% des enfants au pays sont en surpoids ou obèses — taux doublement élevé d'hypertension artérielle, taux élevé de lipides dans le sang et intolérance au glucose —, la cause première étant notre environnement alimentaire, majoritairement dominé par des aliments hautement transformés.

Comment expliquer cela?

L'efficacité de la publicité doit être mise en cause. L'industrie dépense 1,1 milliard de dollars en publicité chaque année, ciblant volontairement les enfants.

Une étude montre que, sur leurs dix sites internet préférés, les enfants (âgés de 2 à 11 ans) sont exposés à approximativement 25 millions de publicités par an sur les aliments et les boissons, et 90% des produits alimentaires publicisés auprès des enfants ont une teneur élevée en sel, en sucre ou en gras saturés.

Les parents — et presque tous les organismes canadiens du domaine de la santé — demandent un changement. Selon un récent sondage, 82% des adultes au Canada appuient une restriction de la publicité faite aux enfants de 12 ans et moins concernant des aliments et boissons à teneur élevée en sucre, en sodium ou en gras saturés. De plus, 71% des répondants croient que les parents sont démunis face à l'industrie lorsqu'il s'agit d'influencer les habitudes alimentaires des enfants.

Voilà qui justifie toute l'importance du projet de loi S-228, qui marque un tournant historique en termes de réglementation pour le Sénat en permettant de restreindre la publicité de ces produits auprès des enfants.

Ce projet est conforme au programme du gouvernement ainsi qu'à la lettre de mandat de la ministre de la Santé, laquelle souligne la nécessité d'introduire «de nouvelles restrictions [...] sur la publicité visant la consommation de boissons et d'aliments mauvais pour la santé destinée aux enfants».

Le projet de loi S-228 a été déposé sur une initiative parlementaire de la sénatrice conservatrice retraitée, Nancy Greene Raine. Il résulte d'une étude du Sénat, suivi du rapport «L'obésité au Canada». Il a été amendé par la Chambre des communes, avant de revenir devant le Sénat pour le vote définitif.

Le projet de loi est l'exemple parfait de la façon dont un Sénat libre de toutes influences peut utiliser ses ressources à son plein potentiel pour étudier un problème, proposer des solutions et présenter une réglementation solide qui soutienne le mandat du gouvernement. C'est le choix du rassemblement autour d'un projet de santé sociétal.

Sans aucune surprise, les lobbyistes de l'industrie alimentaire ont opposé une résistance féroce.

Ils ont menti et persuadé de nombreux sénateurs de retarder leur vote, voire d'enterrer le projet, arguant de la nécessité d'une étude plus approfondie par le comité ou d'une modification de la formulation. Au mépris du mandat du gouvernement, comme de la Chambre des communes, qui a adopté le projet de loi S-228 par une majorité écrasante, le projet semble maintenant reporté devant le Sénat pour une période indéfinie. C'est le choix du lobbyisme partisan qui agit à l'encontre des intérêts de la population.

Les choix qui se présentent au Sénat sont les suivants: protéger la santé de nos enfants en adoptant le projet de loi S-228 dans un délai convenable, ou protéger les intérêts lobbyistes de l'industrie alimentaire en procrastinant indéfiniment.

En optant pour ce second choix, les sénateurs ignoreront le souhait de la population, méprisant la volonté de la Chambre des communes et rejetant l'avis des experts en santé.

À la Coalition Arrêtons la pub destinée aux enfants, nous espérons très sincèrement qu'ils feront rapidement le bon choix.

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