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12/12/2014 04:32 EST | Actualisé 01/05/2015 11:53 EDT

Beauté fatale, beauté recherchée, beauté perdue

Beauté fatale, beauté recherchée, beauté perdue. On ne cesse de parler de la beauté, comme si tout devait nécessairement converger vers l'ultime quête d'un esthétisme parfait, moulé sur un modèle unique. Qu'on en fasse la promotion ou bien qu'on la condamne, la beauté s'inscrit, plus que jamais, comme une priorité classée de la plus haute importance.

Si le phénomène n'est en rien nouveau, il s'inscrit toutefois dans une mondialisation où la femme tente de se glisser dans la peau d'un personnage créé et manufacturé par quelques têtes dominantes, qui se prennent pour les Dieux tous puissants d'une industrie florissante.

Que ce soit au Québec, en Chine ou en Moldavie, l'idéal féminin emprunte la même forme de visage, les mêmes yeux, la même couleur de peau, la même taille et le même poids. Si l'on voit ici et là quelques tentatives de diversification, les critères de beauté qui nous sont le plus souvent proposés, voire imposés, sont en fait l'exemple d'UN seul type de beauté. Pas surprenant que la très grande majorité des femmes ne se reconnaissent pas dans ce modèle unique, puisque tous les autres sont systématiquement rayés, effacés d'un simple trait.

La beauté ou plutôt l'absence de beauté « normative » tourmente les femmes jusqu'à leur causer des souffrances parfois très profondes. Se sentir inadéquates ou insuffisantes détruit sournoisement leur estime d'elles-mêmes et souvent fait place à des troubles de santé physiques et psychologiques très destructeurs.

Afin de dénoncer ces images irréelles et leurs effets sur le regard que nous portons sur nous-mêmes ou que nous échangeons avec les autres, auteurs, blogueurs, réalisateurs et même quelques publicistes ont entrepris, solidairement, de diffuser la parole des femmes. Articles de presse, panels, discussions et documentaires se multiplient et dévoilent la misère que de nombreuses femmes camouflent au fond de leurs tripes.

« Beauté fatale » en est un exemple. Le documentaire nous révèle la bataille à la fois persistante et paradoxale de Léa Clermont-Dion contre les fantômes du paraître. Courageux, disent certains. Or, ce n'est pas ce que j'ai retenu des deux heures d'entrevues et de rencontres avec des femmes parfois très touchantes. Malgré quelques maladresses, ce documentaire a le mérite de mettre en lumière et de reconnaitre le fardeau secrètement porté par beaucoup de femmes. Fardeau composé des sentiments de culpabilité, d'inaptitude et d'incompétence face aux exigences de la beauté. Ce fameux : « Je ne suis pas assez » qui nous torture, déstabilise sérieusement notre estime de soi, occupe définitivement trop de notre temps et continue à vider notre porte -feuille.

Malheureusement, le propos s'arrête là. Nous assistons certes à une dénonciation nécessaire, à un vide-cœur salutaire, mais la question qu'il faudrait se poser, c'est pourquoi?

Pourquoi les femmes sont-elles si enclines à participer à cette quête narcissique de la beauté? Pourquoi succombent-elles à cette obsession?

Pour plaire bien sûr.... Plaire, mais à qui? À soi? Sans doute un peu, mais surtout pour plaire aux autres et aux hommes en particulier. Comme si notre valeur était proportionnelle à notre capacité à susciter le désir. Car c'est de ça qu'il s'agit. Attirer le regard de l'autre, se sentir approuver, aimer, désirer!

Dans le documentaire, Micheline Lanctôt disait que lorsqu'elle était jeune et que les hommes la sifflaient, ça l'énervait et maintenant qu'ils ne le font plus, ça l'énervait tout autant! Preuve que la beauté n'a qu'un visage. Celui de la jeunesse ... bandante! Alors, nous nous battons fatalement contre le temps, les rides, les poches, les bourrelets et les vergetures pour avoir une chance de plaire, d'être désirée, un peu ou ne serait-ce qu'un instant.

À l'époque de Facebook, Intagram et autre médias sociaux qui profitent et contribuent à cette psychose collective, je salue chaque femme qui ose rompre son silence et ose exprimer à quel point tout ce cirque autour de la beauté nous affecte en tant qu'individu, mais aussi en tant que société.

Mais dénoncer ne suffit pas. Il est essentiel que les femmes entament une véritable révolution afin de changer leur perception, leur attitude et leurs habitudes face à la beauté. Seulement alors pourrons-nous enfin redéfinir ce qu'est réellement la beauté. Viendra le moment, je l'espère, où chaque femme pourra célébrer sa féminité sans aucune retenue, car elle saura se trouver « belle » sans jamais devoir attendre l'approbation d'un regard.

Le corps d'une mère