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Notre quête

Telle est il me semble, la quête du voyageur. Redevenir disert avec lui-même, échapper au rouleau qui compresse ses jours, comprendre que le pire des labyrinthes n'est pas le circulaire quotidien sédentaire, perclus d'attentes et de feintes mais bien la cavale rectiligne du nomade solitaire, qu'il appelle pourtant à son secours.

À cheval entre deux vies, nous aiguisons notre tranchant sur la mappemonde dépliée à dos de chameau ou de métropolitain, toujours vers où l'horizon rougit il nous faut remuer les demains, chercher au fond des lacs assombris le peu de peine bleutée ou de plaisir délié, que pourront jamais retenir nos mains.

Ces deux vies ne sont que deux mais ont plusieurs formes aussi anciennes que toutes les dichotomies, aussi dogmatiques, ancrées et asservissantes c'est l'angoisse de rester, le moteur tonitruant du partir, les rêves de gosses qui dorment comme une envie panique de casser la limite - la folie puissante du fol appétit.

En d'autres termes: rester le cul posé, assis, et lire le monde par les livres dans de gros volumes cubiques, étagères chéries au reflet du tube cathodique ou user la gomme de ses souliers et lire, sans titre et sans reliure le monde épique au reflet de cuivre, au rebord d'abîme, au confort moindre des plaines arides.

Rester et s'établir, ou partir et traduire pour soi le monde que voit l'enfant que l'on reste ?

telle est l'équation que l'on croit nous être proposée quand, au moment où sonne une victoire nous partons abandonner ses traces, chargé de doute, d'espoir et de fausse sagesse pour nous heurter, de l'autre côté du miroir, aux sources fluctuantes de nouvelles promesses.

Alors nous partons tendre la main aux mirages, nous baigner dans des eaux plus froides nous partons chercher les façons de changer notre pire ennemi en allié chaleureux par faims et couvents, entre arènes et présages, au fond du bois, bien loin des ambassades

il nous faut combattre la haine, pour tuer le «tu dois» et en faire un «je veux».

Après il sera trop tard, oui, il nous faut partir ! Aussi certain que la nécessité d'écrire il faut que les voiles claquent, que le ciel tonitrue, que les éléments donnent à l'encre des raisons de couler, il faut sentir le corps, son art, l'user, croire aux pulsions, nier que le cerveau décide. Il faut en un mot faire de la raison ce qu'on aurait dû en faire au départ : un bel et sanglant homicide.

Alors il ne s'agit plus de fuir, comme dit Baudelaire, ni une patrie infâme ni de se mouvoir en lamantin déplorant la mémoire d'une femme - mausolée de l'amour ; mais bien de construire sous des cieux torturés ou des hivers lourds de laines au sein de son propre désert, l'échafaud autour duquel claqueront les tambours.

Telle est il me semble, la quête du voyageur. Redevenir disert avec lui-même, échapper au rouleau qui compresse ses jours, comprendre que le pire des labyrinthes n'est pas le circulaire quotidien sédentaire, perclus d'attentes et de feintes mais bien la cavale rectiligne du nomade solitaire, qu'il appelle pourtant à son secours.

Et cette errance n'a qu'un but, quoiqu'il en dise, quoiqu'il fasse, il dira un jour : «debout au balcon, où le vent soûle, j'ai su me défaire pour un séjour de tous les toits j'ai piétiné mes valeurs, peut-être redécouvert l'amour, j'ai pleuré cette route qui ne pouvait aboutir

au creux du vallon où la rivière coule, je serai, hier, sans repentir et pour toujours, chez moi.»

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