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17/01/2014 12:26 EST | Actualisé 18/03/2014 05:12 EDT

Toilettes dans le monde: dénoncer la merde

Cette chronique ne sent ni la Rose de Noël, ni les effluves des sapins, abandonnés sur les trottoirs en ce début d'année. Si je prends mon clavier, pour écrire sur le sujet qui nous préoccupe tous, tous les jours, puisque nous y allons tous (c'est préférable), c'est que j'aime aborder des sujets dont on parle peu ou jamais, voire tabous.

Ne soyons pas constipés. Sans vouloir être scatologique, je dois vous avouer que je vais l'être.

Après cette chronique, vous verrez, vous ne regarderez plus le petit coin du même œil.

C'est que les toilettes, les W.-C, les chiottes, la salle de bain (pour nous les Québécois), les latrines, les vespasiennes, les sanisettes, le trône, la cour, appelez cela comme vous voulez, c'est primordial pas seulement pour notre rythme biologique, notre bien-être et notre confort, mais c'est aussi un enjeu sanitaire mondial.

Depuis que l'empereur Vespasien, au trait de génie, imposa les vespasiennes à Rome, j'ai découvert qu'aujourd'hui, deux mille ans plus tard, 2,5 milliards de personnes n'ont toujours pas accès à des toilettes dont 1 milliard pratiquent la défécation à l'air libre.

C'est en attendant mon tour, dans l'avion, que j'ai découvert une infographie édifiante (dans Courrier International). Je me suis penché sur le sujet. Je vous vois esquisser un sourire en coin.

Si 100% des personnes ont accès à des toilettes en France, au Canada ou à Andorre (pour ne citer que ces pays), elles ne sont que 10 à 30 % dans des pays comme le Soudan du Sud, le Mali, Haïti, le Bénin, le Ghana, le Libéria. Il est dans l'objectif du millénaire de l'ONU de « réduire de moitié d'ici 2015 le pourcentage de la population qui n'a pas accès de façon durable à un système d'assainissement de base », nous dit le site de l'OMS.

Une des premières fois où j'ai été sensibilisé à la cause, il y a un mois à peine, c'est en collaborant avec une ONG canadienne, Suco, qui m'expliquait le programme « Assainissement Total Piloté par la Communauté (ATPC) » à Haïti.

Le projet s'inscrit dans une démarche visant à améliorer en faisant prendre conscience des conditions sanitaires de la population des 25 localités de la commune de Marigot dans le département du sud-est d'Haïti, et ce afin de prévenir et diminuer les cas de choléra et de maladies diarrhéiques. L'intervention a permis de dispenser aux femmes de la formation pratique sur les règles d'hygiène de base, la prévention des maladies tel le choléra, la préparation sécuritaire des aliments, ainsi que de fournir aux collectivités un appui technique pour la construction d'infrastructures sanitaires... 25 plans d'actions élaborés avec les populations de trois sections communales de Macary pour mettre fin à la défécation à l'air libre.

Résultat ?

2 139 familles des 25 localités des sections communales de Marigot ont adopté des pratiques en matière d'hygiène et d'assainissement.

1676 fosses septiques et latrines ont été construites.

12 834 personnes, à raison de six personnes par famille en moyenne, sont sensibilisées en matière d'hygiène et d'assainissement. Ce projet financé par l'UNICEF avec une contribution du programme de coopération volontaire du MAECD (Ministère des Affaires étrangères, Commerce et Développement Canada), est devenu un projet à long terme, m'ont-ils expliqué.

Et encore là, j'avoue ne pas m'être rendu compte de l'ampleur du problème. Des fesses nues en vacances, nous les avons eues, un jour ou l'autre, pour offrir notre petit cadeau à la nature. Si ce cadeau n'a que peu d'incidence ici, il en est tout autrement ailleurs.

On estime que 375 000 tonnes de matières fécales sont directement déposées chaque jour dans la nature. Rares sont les petits cacas proprement déposés comme nos petits chats dans une litière, écrit non sans humour la journaliste Cécile Cazenave de Terra Eco.

La plupart des étrons gisent derrière des buissons, le long des terrains de football, des plaines de jeux ou encore le long des rails de chemins de fer, puis rincés par les pluies, les eaux ruissellent, contaminent les rivières et les eaux qui servent à se laver et à la cuisine, aussi.

Un gramme de matière fécale humaine peut contenir jusqu'à 100 œufs de parasites, 1000 kystes de protozoaires, jusqu'à 10 000 virus (polio, hépatite)...

À l'air libre, il sera dégradé en 24 heures. C'est aussi le temps nécessaire pour que les agents pathogènes, comme le vibrion du choléra, puissent se propager.

En 2010, à Haïti, après le séisme, une épidémie de choléra s'est répandue à vitesse grand V. Les excréments des soldats népalais infectés de la bactérie Vibrio Cholerae, se sont propagés dans le fleuve Artibinite.

Puis, il y a les mouches, ces véritables hélicoptères vivant, volant par milliers, insaisissables, transportant des armes biologiques meurtrières. Si nous, nous pouvons nous armer de médicaments contre la tourista, les habitants à quelques kilomètres de là, n'en ont pas et en meurent.

On évalue à deux milliards d'hommes et de femmes, soit près d'un tiers de la population mondiale, ayant des parasites intestinaux. Si l'on ne meurt pas nécessairement des parasites, la diarrhée, elle fait plus de morts, 1,8 million de personnes en meurent chaque année.

Tout comme chaque année, 2,2 millions de décès sont directement liés aux transmissions féco-orales, s'alarme encore le magazine Terra Eco.

Et la merde (pardonnez-moi l'expression), c'est que cela ne s'arrête pas là. À l'échelle mondiale, l'Unicef (fonds des Nations Unies pour l'Enfance) impute quelques 272 journées d'école manquées chaque année à cause du manque de toilettes.

Le coût mondial des mauvaises conditions d'assainissement représente 189 milliards d'euros ou 278 milliards de dollars. En 2008, 32 pays africains s'étaient engagés par la déclaration d'eThewini, à consacrer 0,5 % de leur PIB à l'assainissement, « on en est loin » témoigne Jean Marc Leblanc, expert en eau, hygiène et assainissement chez Solidarité Internationale.

Il n'en coûterait pas plus de 1€ par Français, nous écrit encore dans la foulée la journaliste pour en finir au niveau planétaire.

Une bonne résolution pour 2014 ? Une vraie, acheter une toilette, pour toute ONG qui œuvre à l'assainissement et qui lutte contre la pauvreté. Une latrine et une fosse septique, après vérification auprès de Richard Veenstra, directeur général de Suco : « C'est seulement 44 $ par latrine et pour la fosse sceptique inclue, 1676 latrines furent installées dans le cadre du projet. » précise-t-il.

Question communication, j'en conviens, l'eau, c'est plus rafraichissant.

Promis, pour ma prochaine chronique, je vous emmène sur l'eau.

Et puis, sans sarcasme aucun, bonne m... pour 2014, que je vous souhaite sincèrement heureuse.

Il paraît que c'est l'expression consacrée pour porter chance.

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