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14/06/2015 08:46 EDT | Actualisé 14/06/2016 05:12 EDT

Chant d'espoir pour une Haïti meurtrie

Aux seuls véritables hommes et femmes d'Haïti...

Aux seuls véritables hommes

et femmes d'Haïti...

Toi qui te dresses comme un mur devant la vague.

Ayiti Toma Terre interdite,

Ayiti Toma Terre d'une absence

Ayiti Toma Terre de contrastes

et déjà sans achèvement

- essence d'une mère.

Dans ton ventre tiède se cache pourtant la Vie,

l'immanente Vie à l'affût,

rôdant autour d'une autonomie inconsciente.

Et comme elle perd son tranchant,

comme elle devient lisse

et chaude et ronde

la Vie dans le tunnel de ton ventre

Comme il transcende en eau profonde

l'eau de tes yeux,

et comme il ride

à fleur de lèvre ton sourire,

un souffle vital, pour l'emporter

hors de ces dents étranges et entrouvertes

Ton sourire est un vol de cendres

Des cendres de ce jour qui nous rappelle un devenir.

Le flèche décochée dans la Savane-Désolée,

La flèche sans combat,

sans cible et sans destin,

ne traverse pas l'air

comme toi tu le fends,

Terre sans pesanteur,

corps dressé

vers le haut, tantôt vers le bas

L'air bleu n'a pas cette pureté que le tien possède.

Tu t'avances au long d'un chemin, non tracé

Comme une flèche qui sous le soleil passe

sans rayonnement

Qu'aucune main de vivant ne happe,

qu'aucune œil humain ne suit

du regard,

Et vers qui ne s'ouvre aucune poitrine.

Tu es la flèche seule dans l'espace

Ton chemin qui tremble

se meut devant toi,

et par ce chemin tu iras tout droit.

Rien ne viendra de toi.

Comme rien n'est venu

de la Montagne,

et la Montagne est belle.

Tu ne seras pas le chemin d'un instant

qui apporte au monde un peu plus de tristesse ;

et tu ne poseras pas ta main

pour sur un monde

qui ne t'aimes pas.

Tu laisseras la fange de l'étoile, l'étoile

l'Unité parfaite

qui n'a nul besoin

de se reproduire,

à l'instar

du ciel

du vent

ou de la mer.

Parfois une ombre,

un rêve

agitent la tendresse

restée stagnante

- sans lit - dans le sous-sol

de ton âme.

Le sédiment remué,

brassé,

de cette sourde tendresse

qui passe

alors comme vague

de sang sur ton visage et que vire soudain

pour remonter le fleuve

de ton sang jusqu'à la racine de ce fleuve.

Et qui est poudre de soleil tamisée

par la masse

des nerfs

de sang

Une aurore intime et fugitive

Un feu du dedans qui illumine

scelle ta chair inaccessible.

Contre l'instinct qui se cramponne,

obstiné à ton flanc,

Contre l'instinct aveugle,

muet,

manchot,

cherchant des bras,

des yeux,

des dents,

Toi contre l'ardente, nébuleuse des âmes,

contre l'obscur, misérable

désir d'être forme,

corps vivant, endurant

des règles faites

pour l'obéissance du viol - Toi, rien que toi.

Terre qui ne pourrait même pas se taire,

Mais n'es-tu pas toi-même

l'étoile qui replie ses branches ?

La rose qui ne va plus loin que son parfum ?

(Une étoile qui dans l'étoile se consume,

une fleur qui demeure dans la fleur...)

Mère d'un rêve qui toujours étend ses bras.

Terre fragile, toute soie,

L'amour te brûle mais ne réchauffe

tes mains froides

Lente, la vie, lentement

te brûle mais sans que tu flambes

Tu marches mais tes pas te portent nulle part

Tu marches mais restes clouée

à ta croix,

Terre délicate et meurtrie,

Mère aux yeux obliques

par où fuit

l'Éternel éternellement.

Terre-Mère des hommes, Terre de personne

Quel prisme inversé te projette là-dedans ?

Quel fleuve flue et afflue en toi ?

Quelle lune te dissocie de ta mer pour

te replonger dans la mer ?

En toi commence

et se résout la spirale

tragique du rêve

Rien n'a pu sortir de toi: ni le Bien,

ni le Mal, ni l'Amour,

ni les mots d'amour, ni l'amertume

versée en toi siècle après siècle

L'amertume qui t'a remplie jusqu'au plus haut

sans se déborder,

Car ce qui est tombé en toi est tombé dans un puits.

Il n'est de hache pour t'ouvrir un soleil dans l'obscurité de la forêt

Ni de miroir qui te copie sans se briser

- avec toi dans sa glace -

où tu te verrais morte en te penchant sur elle

Tu es onde au repos : une eau transie d'étang,

gélatine sensible,

talc blessé de lumière fugace où

dort un paysage vague et inconnu :

un paysage de 27 750 km2 qu'il ne faut pas réveiller.

Et Dieu pourrisse la langue de qui l'animera

contre toi, qu'à un mur, inexorablement,

il cloue les bras de qui osera te signaler ;

la main obscure de caverne

qui versera un peu plus de vinaigre sur ta soif !

Ceux qui te veulent le perpétuel, l'asservissement

à quoi servent

les autres Mères

ne savent pas que tu es

Ève

Ève douloureuse

Sans la malédiction,

Tes tresses cousent les déboires de l'humanité

Dans ta perle des tropiques, un bois de parfum

Ils ne savent pas que tu détiens la clef de la Vie.

Ils ne savent pas que tu es Mère

frémissante de l'enfant qui te hèle depuis le soleil

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